‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 2 sur 106 · VI H PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI H PRÉFACE

faitHJusc|u'ici reMé» clans l'ombre, malgré la liste déjà riche des travaux <|iie la critique a [irodiiits sur un pareil sujet.

Ces jours-ci encore, a |)aru une étude (|ui n'a de œmmun avec la nôtre, disons-le tout de suite, qu'une partie du titre. Il ne nous appartient pas de juger ici La poésie et Céloquence à Rome, au temps des Césars; l'auteur, que nous aimons et connaissons de longue date, n'a f)as suivi le même plan que nous, et nous échapperons ainsi à une comparaison trop à notre désavantage. Fantaisiste spirituel et dilettante sémillant, M. J. Janin a montré dans son œuvre les qualités aimables que nous apprécions tous les lundis dans le Journal des Débats. Que le public, s'il daigne s occuper de nous, ne ce méi)renne donc pas sur son œuvre et sur la nôtre : ces deux œuvres n'ont entre elles aucun point de contact. M. J. Janin s'adresse à tout le monde ; nous serions heureux, quant à nous, si les amateurs sérieux des belles-lettres, si la jeunesse méritante qui se voue à renseignement, et les rares es[)rits qui n'ont pas renoncé au commerce des anciens, consentaient à nous lire. Leur être utile et servir ainsi les hautes études littéraires : tel a été notre but:, puissions-nous l'avoir atteint!

Rm. amiel.

n Eloqueatiam, ticut omnia, pacavit Augustut. • {DiaL des orateurst 88.)

Quelle a été, à Rome, l'éloquence depuis la bataille d'Actium (31 av. J.-C.) jusqu'à Trajan (96 ap. J.-C.) ? Pouvait-elle devenir autre chose qu'une vaine et stérile déclamation ?

Voilà les deux questions que nous nous proposons de résoudre dans cette étude. Pour y parvenir, il semble nécessaire, au début, de jeter un coup-d'œil rapide sur les changements introduits par Auguste et ses successeurs immédiats, d'abord dans les institutions politiques, puis dans l'état des esprits. S'il est vrai que la liberté soit indispensable au développement régulier de l'éloquence, et que les premiers empereurs aient anéanti peu à peu à leur profit les droits du sénat et du peuple, l'histoire de la parole et des pâles orateurs de cette époque prouvera surabondamment que, sous un tel régime, l'art de Cicéron ne pouvait que sejgrostituer aux caprices du pouvoir, et s'atrophier dansTathmosphère impure de la décadence impériale. La corruption des mœurs, suite trop souvent inévitable de TespriJ exagéré de conquôtcs, et l'affaissement progressif des caractères, venaient naturellement en aide à l'œuvre d'Auguste. Quant aux causes secondaires mentionnées par les critiques du temps, et que nous examinerons en leur

î? l'éloquence sous les césars.

place, elles n'auraient pas été sans remède, si l'esprit public eût pu se retremper, comme le voulaient Sénèque et l'école stoïcienne, dans une morale plus pure et plus civilisatrice que le paganisme usé de la vieille cité de Romulus. Le plan de notre travail sera donc d'abord d'étudier rapidement le principat, d'Auguste à Trajan, et4'influence plus ou moins grande de chaque prince en particulier sur le noble métier de la parole ; en second lieu, de rechercher, dans la tenue des écoles et dans la vie des orateurs dont l'histoire nous a conservé le nom, la preuve que les Cicéron et les Hortensius étaient devenus impossibles dans un État où la liberté politique et la morale même avaient ait place au despotisme aveugle des Césars, et au sensualisme grossier du peuple-roi.

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