PREMIERE PARTIE
AUGUSTE (31 av. J.-C, 14 ap. J.-C).
Cicéron écrivait à son ami Sulpitius : « Depuis que Tart, objet de mes études, ne trouve à s'exercer ni au sénat ni au Forum, je me suis adonné tout entier à la philosophie. » Et pourtant la défaite de Pharsale n'avait pas été suivie de vengeances : César, cœur corrompu mais humain, intelligence étendue plus encore que dominatrice, avait compris qu'on ne pouvait sur les ruines de la république élever un édifice durable, qu'à la condition de refaire, non d'étouffer l'esprit public ; il ne tenait pas à régner sur des cadavres. Octave, son fils adoptif et son héritier, qui n'avait ni son courage ni son génie, ne prit pas la même voie : « Il établit l'ordre, c'est-à-dire une servitude durable, » dit Montesquieu *. Rusé tyran, il se garda bien d'afficher, comme César, des prétentions à la royauté, nom odieux encore à tous les partis : il se contenta du titre plus modeste de princeps, le premier du sénat; puis, pour faire oublier le triumvir, l'homme des proscriptions, qui avait sacrifié ses amis mêmes à son habile mais cruelle ambition, il voulut être augustvSf et personne n'osa s'y opposer. Reconnaissons, toutefois, qu'il trouva dans son caractère souple et
* Grandeur et décadence des Romains, 13,
L'ÉLOQUENCfe SOUS LES CÉSARS,
divers, mais qui n'était pas sans grandeur, des qualités pour mériter un pareil titre et le transmettre aux héritiers de sa toute-puissance. L'épée du compagnon d'Antoine et de Lépidus une fois dans le fourreau, l'œuvre de l'adroit politique commença. <c Pour conduire doucement les Romains à la servitude *, » il essaya de réparer les maux des guerres civiles, d'abord en arrêtant l'esprit de conquêtes : s'il soumit quelques peuplades des Alpes ou des Pyrénées, ses guerres furent surtout défensives, tant sur le Rhin que sur le Danube et l'Euphrate. Il n'avait, du reste, pas les mérites qui font les héros ; et ses rivaux, Antoine et Sextus Pompée, étaient plus faits que lui pour le métier des armes. Mais il sut mettre à profit d'habiles lieuten'knts : Agrippa le délivra de ses* deux ennemis, et Tibère comme Drusus ne le servirent pas médiocrement dans les guerres difficiles de la Germanie. Quoique Idche par nature, il gagna l'affection des soldats par des libéralités que paya le parti républicain surtout. Depuis longtemps déjà les armées ne servaient que leur chef; l'État pour elles n'était rien, ou peu s'en faut; et, comme seules elles pouvaient donner et maintenir la puissance, Auguste ne négligea rien pour se les attacher et pour s'en réserver le commandement exclusif. Aussi, dans les provinces qu'il partagea avec le sénat, garda-t-il pour lui les plus belliqueuses, les plus exposées et, par conséquent, les plus importantes, puisqu'elles nécessitaient la présence continuelle des armées ; les légions y reçurent des établissements fixes avec de riches dotations pour les vétérans, sous l'autorité d'un lieutenant impérial. Le sénat fit administrer les siennes par des proconsuls inotîensifs, sans forces imposantes, de manière à ne pas inquiéter l'autorité ombrageuse du prince.
^ Montcsq., Granff.^ 13.