PART, I. — VIU. GÂI3A, OTHON, VITELLIUS
à 30,000 fantassins et à 1,000 cavaliers. ^ Quant au père même de celui qui plus tard devait succéder à Néron, l'histoire et la critique nous le font mieux connaître encore. « Il fut consul, et, bien que de petite taille, bossu même, et d*un médiocre talent oratoire, ce fut l'un des avocats les plus occupés de son temps*. » Cet orateur, ainsi disgracié de la nature, fut et devait être en butte aux quolibets des juges et des auditeurs. « Il plaidait un jour devant Auguste et ne cessait de répéter : Redresse-moi, prince, si tu me trouves dans Terreur. Je puis t'avertir, dit Auguste ; mais le redresser, impossible *. » Macrobe, à qui nous devons ce détail, n'est pas de l'avis de Suétone ; selon lui, ce Galba ne manquait pas d'éloquence, éloquent ia clarum. Mais Suétone nous semble plus digne de foi comme meilleur juge en cette matière, bien que Sénèque le père, lui aussi, cite Galba parmi les orateurs distingués de son temps. « On répétait le mot de M. LoUius : le génie de Galba est mal logé. La plaisanterie du grammairien Orbilius a quelque chose de plus amer. Orbilius était appelé en témoignage ; pour le troubler, Galba feint d'ignorer sa profession, et lui demande quel est son métier: De frotter les bosses au soleil, répond Orbilius. » C'est de cet orateur difforme que naquit Feinpereur Galba. Outre le talent de la parole, la famille à laquelle il appartenait était d'une ancienne noblesse, puisqu'elle tenait à la maison de Livie d'assez près pour que Livie laissât au jeune Sergius un legs considérable, que Tibère refusa d'acquitter ^. La fortune desServiens était grande, au dire de Tacite , et pouvait se passer de legs étrangers. Noble donc et riche tout à la fois, versé, de plus, dans la jurisprudence et dans la science delà guerre. Galba fit naître des espérances qu'il ne justifia point : « C'était une de ces âmes ordinaires, sans vices plutôt
» Suet., Gaîb.y 3. — « Satur.^ ii, 4.— » Plut., Galba,
S8 • l'éloquence sous les césars.
que vertueuses, qui tenait à la gloire, mais sans ostentation, respectant le bien d'autrui, économe du sien et avare du bien public ^; >» un de ces hommes nés pour briller au second rang, mais incapables du premier. Son début fut loin d'être heureux : empereur, il conserva sans doutela simplicité primitive de ses mœurs ; mais, la défiance aigrissant son caractère, le vieux soldat manqua d*habileté, de coup d'œil, alla même jusqu'à la cruauté, puisqu'il fit mourir sans jugement deux ou trois person* nages, dont l'un était innocent et les deux autres inotTen*sifs. L'économie chez lui devint de l'avarice, et la belle parole qu'on lui prête fait honneur à son caractère, mais non à sa perspicacité. L'armée, égoïste et avide depuis Auguste, corrompue par ses successeurs, essaya pour la première fois de sa force : a Deux simples soldats entreprirent de transférer Tempire, » et Othon fut proclamé sur le cadavre d'un vieillard de soixante-treize ans. L'esprit de réforme de ce vieillard ne s'était pas montré seulement à regard de l'armée ; la judicature s'en ressentit également : a on lui demandait d'ajouter une sixième chambre aux cinq déjà existantes des judices selecti; Galba n'y consentit point, refusa de plus les congés de l'hiver et dit commencement de l'année, privilège que Claude avait accordé à ce corps*. » Cette sévérité intempestive fut un motif nouveau d'impopularité. Mais ce vieillard avait mérité des lettres en amenant à Rome un critique éminent, un maître aimable, Quintilien enfin, dont la gloire éclaire encore les derniers jours de l'éloquence romaine.
Othon, l'ami complaisant et débauché de Néron, ne retira pas grand profit de son crime ; Vitellius, de mœurs et d'habitudes plus basses, plus décriées encore, venait d'être proclamé par les légions de Germanie, La bataille de Bé-
« Tac., //iW., I, 40. — « Soet, Gû/., 14.
PART, I. — IX. LES FLAVIENS. îi»
driac eut bientôt décidé qui des deux aurait l'empire : Othon vaincu finit noblement, et ViteUius n'eut qu'un moment pour assouvir sa passion favorite, la gourmandise ! Quel titre pour un succeéseur d'Auguste, pour un maître du monde ! Par bonheur, les armées. d'Orient vont agir à leiir tour, et la scène aura, du moins, des acteurs moins ignobles.'