LES FLAVIENS
Les Flaviens, dont il nous reste àparler,nefurentpassans influeilce sur la littérature en général, sur l'art de la parole en particulier : ils n'arrêtèrent pas le mal causé par les Césars, mais introduisirent quelques réformes, dont un temps plus éclairé aurait pu tirer profit. Laissant de côté, suivant notre plan, leâ affaires extérieures déjà fort compliquées â la liiort de ViteUius, nous ne relaterons de Vespasien que ce qui a trait directement à notre sujet. Fils d'un publicain de Réate, Flavius Vespasien ne ressemble déjà plus aux premiers empereurs, dont l'éducation fut presque toujours sérieusement littéraire ; ce qui ne l'empêcha pas d*àrt'iver aux honneurs sous Claude et sous Néron , et de parlérplus tard comme empereur. Il avait, d'ailleurs, ce fonda d- instruction qui se remarquait alors chez tous les citoyens un peu mar^uant^ t le grec ne lui était pas inconnu, et souvent il montra Part dé citer à propos des vers éferits daïis cette laiigue. Tîdèle à la tradition impériale, * pius d'une fois, au i*apport de Dion, il fit l'office de juge sur la place publique *. » Doux, humain de nature, « il supporta fort bien la franchise de ses amis, les traitî^,
* Dion, Lxv, 10.
figuras, des avocats, Tinsolence des philosophes. Dans la défense d'un riche accusé, Salvius Libéralis avait osé dire : Que l'empereur a-t-il à voir à ce qu'Hipparque ait un million de sesterces? Vespasien fut de son avis *. » Cette insolence des philosophes, c'est-à-dire des stoïciens, dont Suétone est frappé et dont nous verrons ailleurs un exemple éclatant dans Démétrius le Cynique, ne prouverait-elle pas un retour vers la liberté ? Tout porte à le croire, et, n'était une avarice coupable, ces dix ans de règne (70-79) auraient plus d'un rapport avec les temps heureux d'Auguste. Mais cette passion de l'argent, que l'histoire a flétrie dans un prince de mérite, d'ailleurs, allait jusqu'à lui faire vendre l'acquittement des accusés, coupables ou non^. Oublions, s'il se peut, un pareil vice, pour rendre hommage à son amour éclairé des arts, à la protection qu'il accorda au génie ; n'omettons pas surtout que le premier des empereurs il institua sur le fisc aux rhéteurs latins et grecs un salaire de 100,000 sesterces par an, c'est-à-dire d'après l'estimation la plus rapprochée de 19,000 à 20,000 francs'. C'étaient, onle voit, de magnifiques honoraires, bien capables de tenter les maîtres habiles ; n'était-ce pas aussi un moyen efficace de régulariser un peu la marche des études oratoires, abandonnées jusqu'alors au caprice des différentes écoles ? Les professeurs publics étaient, en outre, exempts de toute charge civile ; ce qui, réduisant leurs dépenses, augmentait d'autant leurs revenus. Mais le fait avait son mauvais côté peut-être, en ce qu'il gênait la liberté de l'enseignement et manifestait un progrès de plus vers cette centralisation excessive qui devait ruiner peu à peu le colosse romain. Quoi qu'il en soit, le premier des Flaviens prouva par là l'intérêt qu'il portait à des études, qui faisaient encore l'une des gloires de son temps. Son règne,
» Suet., Vesp., 13. — « Ibid,, 16. — • Ibid., 18.