PABT. I. IX. LES FLA VIENS
ticus et de Sénécion, il faut ajouter le sort de Dlogène de Tarse, que le tyrau fit périr pour quelques figures, figuras^ qu'il avait hasardées dans son histoire, dont les copistes mêmes furent mis en croix *. Qu'est-il besoin, après cela, de parler du silence imposé au barreau, la seule tribune d*où Ton pût encore entendre un mot généreux ? La liberté venait de recevoir le dernier coup, et les rares bons princes que le malheur des temps, les dangers d'une situation de plus en plus critique vont susciter encore, auront assez de se défendre contre les barbares, dont le cercle va se rétrécissant de plus en plus autour de l'empire : les réformes intérieures leur deviendront à peu près impossibles:
Voilà donc où nous en sommes arrivés après 127 ans de principat : au dehors, des nations soumises ou vaincues, mais frémissantes et prêtes à fondre sur l'empire ; au dedans, le pouvoir tout entier dans les mains d'un maître, auquel la toute-puissance fait le plus souvent tourner la tête ; une administration forte, mais qui tue toute institution locale; en sorte que, du Rhin à l'Atlas, des montagnes d'Ecosse à l'Euphrate, un pays immense va bientôt fonctionner comme un automate, dont le moindre choc extérieur démontera à jamais le rouage impuissant; une tribune muette, un sénat esclave et des caractères abâtardis, désormais incapables de mettre un frein aux foHes des Césars ! Donc, plus de liberté nulle part, et, partant, plus d'éloquence, plus de forte et saine littérature : à la place, un verbiage creux et sonore qui va nous mener bientôt aux abréviateurs et aux panégyristes.
» Suet., Domiï., 10.