‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 30 sur 106 · APION · texte numérisé non relu

APION

Le charlatan, c'est un étranger, un Grec d'Alexandrie ; car, depuis Caméade, les Grecs n'ont plus lâché leur proie. A défaut de Suétone, qui n'en parte point, nous avons Plîne l'Ancien, Sénèque et Josèphe pour apprécier Apion. Cet Apion, déjà fort goûté en Egypte, vint à Rome sous Caligula, à l'occasion suivante : « Une querelle était survenue

* Gramm,^ 17.

à Alexandrie entre les Juifs qui y résident et les Grecs ; chaque parti choisit trois députés qui furent envoyés à Caïus.Apion, l'un des trois députés alexandrins, accumula les calomnies sur les Juifs, disant, entre autres choses, qu'ils négligeaient de rendre à César les honneurs qui lui étaient dus *. » Inutile de peser ici le témoignage de Josèphe ; ce qu'il nous importe de savoir, c'est qu'Apion se produisit alors pour la première fois sur la scène de Rome, la seule qui consacrât les gloires provinciales. Il y ouvrit une école et les élèves affluèrent, grâce à la réputation du maître, ou, du moins, au bruit qu'il avait su faire autour de son nom. CarApion n'est, à vrai dire, que le premier de ces grammairiens charlatans qui mettaient au service des grands et de la foule une érudition superficielle et souvent menteuse. C'était, de plus, un de ces déclamateurs ambulants, circulatores sophistœ, comme les appelle Sénèque, qui abondaient en Grèce et qui commençaient à prendre racine à Rome. Les Grecs leur avaient déjà donné le nom de 7ceptoSiuta(, et, plus tard, Ausone qualifiera leur métier de vagantem operam. Quoi qu'il en soit, Apion jeta, qu'on nous passe le mot, de la poudre aux yeux, amassa de la fortune et eutlachanced'avoir dans son écoleFun des premiers savants de la Rome impériale, Pline l'Ancien, qui le cite dans son Histoire naturelle, Ilreçutde ses compatriotes le surnom de Plistonices^ probablement à cause des nombreuses victoires qu'il remporta dans les vaines joutes oratoires ou savantes de l'époque ^. Sous Caïus, il voyagea, circulatus est^ dans la Grèce entière, et toutes les villes l'adoptèrent en l'honneur d'Homère, sur lequel Apion semble avoir fait de singulières recherches. Il prétend que le poëte, après avoir terminé VllliadeeiVOdi/ssée, mit en tête de son œuvre un préambule où il embrassait toute la guerre de Troie ; et la preuve.

* Joseph., i4n/., xviii, 10. — « Pline, xxxvii, 5.

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