PART. II. — VI. RHEMNIUS PALÉMON
c'est qu'Homère avait à dessein, selon lui, placé dans sou premier vers deux lettres qui indiquaient le nombre de ses livres *. Dans un travail sur TÉgypte, ou plutôt dans une histoire naturelle qu'il paraît avoir composée, mais dont le temps a fait justice, le charlatan se montre plus audacieux encore dans ses affirmations : d'après lui, « l'herbe appelée tôte-de-chien, Tosirite des Égyptiens, avait une vertu prophétique et était souveraine contre les sortilèges ; mais Thomme qui l'arrachait mourait à l'instant même. C'est avec cette herbe qu'il disait avoir évoqué les ombres pour interroger Homère sur ses parents et sur sa patrie; il n'osa pourtant pas, ajoute malicieusement Pline, déclarer la réponse qu'il avait obtenue 2. » Pline cependant le cite trop souvent pour ne pas l'avoir en une certaine estime ; il a beau l'appeler un tambourin, comme Tibère l'appelait un tambour, cymbalum, il accueille volontiers ses assertions, toutes hasardées qu'elles lui semblent. Il dit même quelque part un mot flatteur pour lui, en traitant ses recherches de soigneuses, curiosâ interpretatione ^, On sent, en un mot, que le philosophe naturaliste avait conservé pour le maître de ses jeunes années un respect que le siècle partageait du reste. Tibère seul devina l'homme sous le masque, et par celte appellation de tambour il peignit avec justesse cette science pompeuse, emphatique et fausse, la seule qui plaise aux époques malades et usées.
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RHEMNIUS PALÉMON.
Après le grammairien thaumaturge s'offre le grammairien débauché, mais excellent homme d'affaires, qui ma-
» Sén., ad Ittc, 88. — « xxx, 2.-8 xxx, IJ.
88 l'ÉU)QUENCE sous LES CÉSARS.
nie la parole et la plume de manière à se faire pardonner ses vices. Rhemnius Fannius Palémon, de Vicence, né esclave dans la maison d'une femme, apprit d*abord le métier de tisserand, s'il faut en croire un bruit rapporté par Suétone * ; il apprit ensuite les lettres en accompagnant aux écoles le fils de son maître. Affranchi depuis, il vint prcvfesser à Rome, et se plaça au premier rang des grammai*riens, bien que perdu de mœurs ; Tibère et Claude, après lui, disaient publiquement qu& personne ne méritait moins d'instruire l'enfance ou la jeunesse. Mais, si ce mépris atteste les vices dont il était infecté, il n'atteste pas moins le talent qui les faisait oublier. Palémon captivait son audi^ toire par une rare facilité de parole et par une mémoire prodigieuse ; il avait même le don d'improviser en poésie : c'était un versificateur habile qui s'exerçait à peu près dans tous les genres, vartis metris. Il poussait l'arrogance et la prétention jusqu'à traiter Varron de pourceau, et jus«qu'à dire que les lettres étaient nées et mourraient avec lui ; par lettres, Palémon entendait la grammaire, dont il s'occupait plus spécialement. Il laissa, mais le temps a détruit, une grammaire qui ne passa pas inaperçue sous les premiers Césars, et que les femme» niiêmes, d'après Juvénal, lisaient et feuilletaient sans cesse:
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Hanc ego, quœ repetit yolvitque Palœmonîs artem *.-
On lui attribue, de plus, mais à tort, dit Funck *, un poëme sur les poids et les mesures, écrit en hexamètres, que l'on accorde plus généralementà Prtscîeo, et qui fut imprimé à Leyde, en 1587. Si Palémon avait une vertu, ce n'était assurément pas la modestie. « Un jour, disait-il, des brigands m'ont laissé la vie à cause de ma célébrité, et ce n'est pas
1 Gramm., ?3. — « vi, 453. — > y, 17.