RHÉTORIQUE
La grammaire menait droit à la rhétorique, et s'en passait même quelquefois, nous Vavons vu : ces deux arts cependant se prêtaient un mutuel secours, et il est difficile de les bien connaître l'un sans Vautre ; ce qui nous a décidé à jeter les yeux sur le premier avant d'aborder le second, qui nous intéresse d'une manière plus directe. Pour la rhétorique les documents sont plus nombreux, les sources plus abondantes encore ; il nous sera donc permis de nous étendre un peu plus sur un sujet aussi vaste.
a Comme la grammaire, la rhétorique fut acceptée tard dans notre pays, dit Suétone *, et un peu plus difficilement que la' grammaire, puisqu'il est certain que l'exercice en a quelquefois été interdit. t> Sans nul doute, il n'y eut pas d'école de rhétorique à Rome avant le milieu du second siècle qui a précédé notre ère : en effet, le sénatus-consulte que Suétone va rapporter, et que nous retrouvons dans Aulu-Gelle, est de l'année 164 avant Jésus-Christ ^. Le voici tel qu'il nous a été conservé :
« C. Fannio Strabone, M. Valerio Messala coss., senatusconsultum de philosophis et de rhetoribus latinis factum est: M. Pomponius prœtor senatum* consuluit. Quod verba facta sunt de philosophis et de rhetoribus, de ea re ita cen-
« Bhet. , I. — • Egger, Rel., 256.
suerunt : uti M. Pomponius prœtor animadverteret curarelque uti ei e republica fideque sua videretur, uti Romae ne essent. »
Cette mesure fut prise contre les rhéteurs et contre les philosophes, parce que, dans ces temps reculés, le môme maître professait d'ordinaire les deux sciences à la fois. Carnéade, en effet, et les deux députés qui raccompagnaient, philosophaient et discouraient tour à tour, et probablement les rhéteurs qui les suivirent immédiatement marchèrent sur leurs traces; c'étaient des Grecs, et les Go^iatai, que le mot rhetor traduit assez imparfaitement, avaient l'habitude d'enseigner la rhétorique en même temps que la philosophie. Il ne sera peut-être pas hors de propos de donner ici la nomenclature des appellations diverses qu'ils reçurent dans l'antiquité. Platon, dans sou Phèdre, les appelle XoYooafSaXot ; Thémistius, Philostrate et Libanius, fiOTopixol SiSatjxaXoi; Julius PoUux (ppovTtffxal,
Te/vtTai Xoywv, 7uai8suTa{ OU apcptcTat. Les Latins disaient /}n>fessoreSy declamandi magistri, declamatores, prœceptores eloquentUBy dicendi prœceptores, scholastici. Lorsque l'État, sous Vespasien et depuis, s'immisça dans les écoles pour les réglementer ou les payer, la loi ne réserva, d'après Ulpien, le nom de professores qu'aux maîtres des arts libéraux, à la tête desquels l'estime publique plaçait les rhéteurs. Quant aux maîtres de philosophie, dont le métier ne devait pas, dès le principe, être lucratif, les légistes leur refusèrent ce titre, seulement ils oubliaient que les maîtres de philosophie vivaient, eux aussi, communément du produit de leurs écoles. Enfin, à l'époque de Sénèque et de Quintilien, lorsque la rhétorique eut perdu de son éclat primitif, le nom de «cAo/a«nVt prévalut, et témoigna du discrédit dans lequel était tombé le métier.
Pour en revenir au sénatus-consulte précité, Aulu-Gelle a tort d'ajouter au mot rhetoribus celui de latinis, puisqu'ils