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K>8 l'éloquence sous LES CÉSARS.
que la grammaire, la rhétorique, la logique, Tâ>v èyxxàxUm fxaÔYif/LotTOJv, D comme dit Théon; ce qui justifie le mot de la Harpe sur les déclamateurs, qu*il traite de pédagogues vulgaires ^ Les anciens rhéteurs, au contraire, ceux qui^ d'après Théon 2, avaient brillé le plus, oî eùSoxipTjxoTiç, n'avaient pas cru devoir se passer d'uçe certaine dose de philosophie, et en cela ils étaient restés attachés aux principes. d'Aristote et de Cicéron. Si les nouveaux ne surent pas former un orateur, et s'il ne sortit d'entre leurs mains que des jeunes gens à la parole abondante, mais creuse, à Tesprit impuissant et vide, c'est qu'insensiblement à la simplicité grecquç on préféra ce que nous appelons la phrase, et que toute cette érudition superficielle, dont on faisait montre dans les écoles, était incapable de s'élever jusqu'au plus petit mouvement oratoire de Cicéron ou de Démosthène. Mais, avant d'expliquer en quoi une pareille éducation devait, au lieu de l'arrêter, précipiter la décadence, entrons encore dans quelques détails nécessaires.
Nous avons établi, d'après Quintilien, que ces exercices oratoires se rapportaient ou au genre démonstratif ou au genre judiciaire. Au genre démonstratif appartenaient surtout les suasoriae, par où débutaient les jeunes gens, trop inexpérimentés pour se tirer à leur avantage des difficultés de la controverse. Ces apprentis orateurs n'avaient guère, en effet, plus de quinze ans, lorsqu'ils échangeaient leurs précepteurs, custodes, contre des accompagnateurs, qu'on nous passe le mot, comités, qui les suivaient chez le rhéteur, lorsqu'ils abordaient les écoles d'éloquence. Il leur fallait un sujet facile, un conseil à donner, par exemple :
* Ex. de Quinf, — * 1.
Alexandre s'arrêtera-t-il aux bords de Tocéan Indien, ou poursuivra-t-il ses conquêtes au delà ? Annibal, après la bataille de Cannes, marchera-t-il sur Rome, ou s'abstiendra-t-il d'entrer dans la Ville Éternelle ? Sylla, après les horreurs de sa dictature, fera-t-il bien ou non de rentrer dans la vie privée? On connaît les vers de Juvénal :
Sapvas cuire per Alpes, Ut'pueris placeas et dcclamatio fias >.
Ck>nsiliuaide<limu8 SuUœ, privatus ut altum Dormiret *.
Telle était la nature de ces suasoriœ, pour lesquelles, d'ailleurs, nous renvoyons au recueil de Sénèque le père. De la suasoria l'écolier passait à la controverse, à celle d'aboi'd dont le maître dictait le sujet et les principales dispositions, à peu près comme nos professeurs de rhétorique donnent, au commencement de l'année scolaire, des matières plus étendues, où les points importants sont au moins indiqués. Puis, il abordait la controverse colorée, celle où le sujet comme le plan était de lui, pour laquelle par conséquent il fallait et plus de force et plus d'expérience. Ces exercices auraient eu sans doute leur utilité, si les rhéteurs avaient tenu moins à plaire, à se faire un nom et une fortune, qu'à former de bonne foi les jeunes esprits à l'art si difficile de l'éloquence. Mais, pour un maître émînent et honnête, que de faquins ! et cela, du temps même d'Épiciire, qui infligeait déjà à la rhétorique de son temps l'épithète injurieuse de xaxoTe^^viav. Non moins sévère fut plus tard l'opinion des Pères de l'Église : à leurs yeux une chaire de rhétorique n'était « qu'un marché de paroles et de bavardage, de folie et de mensonge •. » Peu importait le succès véritable, celui qui ne s'acquiert que par un labeur assidu, par un apprentissage long et pénible.
« X, 167. — « I, 15. — 8 s. Aug., Confes., ix, 2 et 5.
i\o l'éloquence sous les CÉSXRS.
Pour avoir une nombreuse clientèle et se faire de beaux revenus, on voulait avant tout captiver l'esprit du père, du parent, de Tami qui accompagnait le disciple aux écoles. Afin de donner plus de retentissement à leurs déclamations, qui n'étaient le plus souvent qu'une parade, liciSïtitç, ostentatio declamatoria^ pour parler comme Quintilien, les rhéteurs ne se contentèrent bientôt plus de l'étroite enceinte de leur école : il fallut à leur vanité un plus vaste ^ théâtre. Avant Adrien, qui bâtit l'Athénée pour cet usage, quand ils avaient pâli sur une de leurs rapsodies, ils louaient ou se faisaient construire une salle exprès, avec des sièges au milieu et des bancs tout autour. L'estrade, orchestra^ où s'élevait la chaire du maître, renfermait en outre des sièges d'honneur pour les auditeurs de choix; mais ces sièges étaient bien inférieurs à la chaire, à ce ihrône, comme disaient les Grecs, d'où le rhéteur dominait l'assemblée. Au jour fixé d'avance, d'habitude il déclamait assis, à moins d'un de ces passages^ à effet qui le forçaient à se lever pour se livrer plus à son aise au feu de son enthousiasme. Mais cette dignité, ce sérieux qui siéent aux gens d'étude, s'accommodaient mieux de la première position. Une fois établis dans leur chaire, les maîtres saluaient tout d'abord, et avant de prendre la parole, le personnage le plus considéré de l'assistance. Ensuite le rhéteur, drapé dans un manteau de pourpre, orné de ses plus beaux habits, de sa voix la plus harmonieuse, se présentait avec une déclamation de son cru, bien préparée, bien apprise, surtout émaillée d'antithèses, de petites pensées brillantes et faites pour la circonstance. Le père était ravi. Venait après le tour de son fils qui débitait, en enchérissant sur les défauts du maître, une déclamation dictée d'avance et apprise par cœur. Le moyen pour un père de ne pas admirer un pareil prodige, surtout s*il arrivait que le discours fût l'œuvré de son fils, comme cela se voyait vers la fin des études ?