‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 38 sur 106 · PART. III. — VIII. QUINTUS GORNIFIGIUS · texte numérisé non relu

PART. III. — VIII. QUINTUS GORNIFIGIUS

jeune ; comment accorder cette opinion avec la phrase suivante : Tullius hœres meuSy Tet^enticBy uxori meœ^ xxx pondo vasorum argenteorum dato quœ volet ^ ? Le traité n^est pas de Cicéron, ou, s'il en est, Cicéron n'était plus jeune quand il le composa ; comment expliquer alors la sécheresse et la pâleur du style?

3® Il est une figure appelée traduction qui consiste à répéter un mot plusieurs fois, en lui faisant subir quelques légers changements : Comificius hanc traductionem vocaty dit Quintilien, et l'auteur de la Rhétorique interprète, en effet, le.mot dans le même sens.

A moins d'admettre, ce qui nous semble difficile, que cette rhétorique à Hérennius était comme un cahier de classe que Cicéron aurait rédigé sur les bancs de l'école, nous ne pouvons donc pas y reconnaître la main qui a produit tant de belles œuvres en ce genre. Comificius, au contraire, que nous avons déjà vu pénétrer dans les détails de la grammaire, a bien pu s'appliquer à des recherches semblables sur la rhétorique. Quoi qu'il en soit, l'œuvre est médiocre : c'est un de ces mille manuels, de ces ^Yx^ipt- S^wv, comme chaque rhéteur en rédigeait probablement pour son usage, et, si nous nous sommes étendu sur un livre aussi secondaire, c'est qu'il caractérise déjà l'enseignement dont nous avons parlé, enseignement minutieux, terre à terre, qu'on nous passe l'expression, qui va bientôt ravaler au métier un art qui avait été l'une des gloires de la république. Mais Comificius se distingue des rhéteurs que nous allons examiner, en ce que, du moins, il est resté homme d[action, comme Cicéron, comme les lettrés d'autrefois, pour lesquels les études n'étaient encore qu'un noble passe-temps, et non une profession.

' IX CAIUS ALBUTIUS.

Corniflcius, qui appartient encore à la République, nous sert de transition naturelle pour arrlter ailx vrais rhéteurs de l'Empire. Ici les rôles changent : les professeur^ dôà^érvent bien quelques rapports avec la vîè publique ; iW plaident parfois en descendant de leur chaire*, mais ils 'plaident rarement, le moins possible ; la vie civiie et les affairée ne sont pas leur fait; l'ombre de l'école leur est trop chère.

Caïus Albutîùs de Notarè inaugure donc une èrètiduvelie, quoiqu'il soit resté plus fidèle que ses successeurs aux anciennes coutumeè. Ainsi, nous le voyons remplirles fonctions d'édile dans sa patrie, où il fit ses débuts. Mais, comme c'était un homme d'utie haute probité, qui tie savait liî commettre ni souffrir une injustice *, il n'était pas né pour obtenir un long succès à une pareille époque. Il ne fut d'ailleurs pas heureux; comme on peut en juger, ou, du moins; il n'eut pas la souplesse nécessaire pour mai- '- ttîserles circonstances. « ANovare, il était un jour occupé à rendre la justice comme édile, lorsque les plaideurs contre lesquels il prononçait le tirèï-ent de son tribunal par les pieds. Indigtié de cet affront, il se dirigea aussitôt vers la porte et gagna Rome. Reçu dans l'amitié dePliancus qui, avant'de di^clamer, avait l'habitude dé faire d'abord parler quelqu'un, Albutius se chargea de ce rôle, et s'en acquitta si bien, qu'il imposa silence à l'orateur 2. » Ge succès rengagea à ouvrir lui-même une école, et ausst à composer sur la rhétorique ; deux choses qui lui valurent une certaine réputation, au dire de Quintilien, qui le qua-

* Sé^,, Cont,, iii,préf. — « Suét., DeRhei,^ 6.

Page 1