‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 41 sur 106 · RUTILIUS LUPUS ET AQUILA ROMANUS · texte numérisé non relu

RUTILIUS LUPUS ET AQUILA ROMANUS

Voici deux rhéteurs qui ont joui de leur vivant comme après leur mort d'une grande réputation. Bieti quil nous répugne de souscrire à cette réputation peu méritée, ' à celle surtout de Rutilius Lupus, nous en parlerons tout d'àbôrd pai*ce qu'ils ont laissé chacun un manuel de rhéton4ùè fort mince, à la vérité, fort incomplet même, mais que nous possédons encore. Il suffira du plus rapide examen pour se faire ùné idée de ce que devenait de plus en plus et communément renseignement de la parole après Cicéron.

S'il faut en croire Rhunkenius^ le premier de ces deiix rhéteurs, Rutilius Lupus *, d'origine latine comme son nom ritidiqùè, « aurait vu dans sa jeunesse Cicéron déjà vieux, » c'est-à-dire serait né entre l'an 60 et l'an 80 avant Jésiis-Christ ; il semble difficile de rien préciser à cet égard; même Incertitude, plus grande peut-ôtre encore, sur l'époque de sa mort que l'on pourrait fixer, mais saris preutes, au règne de Tibère. Qu'il nous suffise de savoir qtie Rutilius appartient à la période qui nous occupe.

Il a laissé un Traité des Figures en deux livres, emprunté à un rhéteur grec du temps, un certain Gorgias qui professait à Rome sous Auguste, et qu'il ne faut pas confondre avec le fameux Gorgias de Léontiutn qui figure dans un dialogue de Platon. C'était, au reste, un maître d'assez peu de valeur , si Ton en juge par les quelques passages où Sénèque le père le met en scène : « Gorgias inepto colore sed dulci ^, 5) pour ne citer que celui-là. Les deux livres de Ru-

1 I, p. 27. — « Cont. IV.

lilius ne parlent absolument que des figures d'élocûtion et de pensée, telles qu'il les concevait ; les voici dans Tordre qu'il les développe et avec les titres qu'il leur donne, a ProsapodosiSy synathroisrnui^ parmomasia^ paradiastole^ anaclasiSj epibole^ epiphora^ cœnotes^ polyptotum^ epanale^ psiSy diaphora, epiploce^polysyntheton^ dialysis^metanoÎQy par renthesiSj merismuSy paromologia^ anancœon^ ethologia^ me" tabasiSf alloœsis^ dicœologia^prolepsis^ horismos, prosopopœiOj characterismus^ brachyepia^ suscenasis, aporia^ parasiopœiU^ paromœon, homœoptotorij isocolon^ antithetoriy epitrope^ par^ rhesiûy œtiologia^ taxis. » Outre la forme toute grecque de ces figures, les exemples qu'en cite Rutilius sont uniquement empruntés aux auteurs grecs ; preuve suffisante, s'il ne l'avouait pas lui-môme, que son livre n'est qu'une traduction abrégée de Gorgias; à propps de la figure iiapofAoïov : Multo diligentius, dit-il, en effet, ex grœco Gorgiœ libro^ ubi pluribus uniuscujusqve ratio redditur ^.T> Il est fâcheux qu'il n'ait pas reproduit simplement le manuel qu'il avait pris pour modèle, peut-être aurionsnous alors trouvé dans son œuvre ce qu'on y chercherait en vain, une vue d'ensemble, un effort tout au moins vers la recherche de l'art, sinon de l'idéal. Quintilien, bon juge en pareille matière cependant, n'est pas aussi sévère que nous : a Un homme de notre siècle, dit-il ^, a écrit sur la rhétorique avec assez de soin, non nihil accurate. » Gaspard de Barth, au dix-septième siècle, a reproduit en d'autres termes la phrase de Quintilien : a Au nombre des rhéteurs se trouve un écrivain qui n'est pas à dédaigner, Rutilius Lupus, qui nous a ouvert en quelques pages le trésor de toutes les figures ^. » De Barth, à coup sûr, n'était pas difficile. Des critiques de nos jours, sans avoir peut-être lu l'auteur en question, ne craignent pas de le

« II. - « m, U — « Adv.^ p. 726.

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