‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 42 sur 106 · PART. IIK — XIII. PORCIUS LATRO. U · texte numérisé non relu

PART. IIK — XIII. PORCIUS LATRO. U

placer parmi les trois ou quatre rhéteurs qui ont laissé uik nom. De ce qu'on n'écrit que pour les écoles, s'ensuit-il qu'il ne faille pas reculer devant les jugements les plus hasardés ? Tel n'est pas notre avis : Albutius, Porcins Latro, Sénèque le Père, pour ne parler que de ceux-là, sont d'autres hommes que Rutilius Lupus. Toutefois et malgré nos réserves, sachons gré à Rhunkénius d'avoir édité pour la première fois un livre aussi pauvre, où nous pouvons toucher du doigt la faiblesse générale des théoriciens d'alors.

A côté de Rutilius Lupus il faut placer Aquila Romanus, dont les œuvres s'éditent d'ordinaire ensemble, et que ne citent presque jamais les historiens littéraires, quoique bien supérieur, à notre avis. Il serait malaisé de donner la date précise de sa naissance et de sa mort ; mais il appartient évidemment au règne si fécond d'Auguste.

n nous reste de lui un traité sur les figures qui vaut mieux que celui de Rutilius, bien qu'il ne nous paraisse pas fort précieux non plus ; on y voit la définition de quarante figures, au lieu dé trente-neuf, mais quelquefois avec d'autres noms : ainsi la première du recueil, la prodiorthosis , qui consisté à présenter d'abord sous une couleur favorable une chose qui pourrait être mal prise, ne se trouve point dans la nomenclature de Rutilius. La Renaissance s'est occupée de ce livre, puisque Pierre Pithou critiqua comme incomplète la définition de cette dernière figure : « Deest hic quippiam. » L'auteur avaitune érudition plutôt latine que grecque , mais plus étendue , ce semble, que celle de Rutilius ; il cite Hermagoras à propos de la métastase, et, quand il en vient à la répétition^ il invoque l'autorité d'Aristote, dont l'œuvre oratoire était si peu connue, si peu suivie du moins, dans les écoles de son temps. Outre son érudition, son goût aussi n'était pas sans rectitude. Les préceptes qu'il donne sur le style, ne

Ud l'éloquence sous les césars.

manquent pas d'une certaine justesse et sont accompagnés de réflexions généralement sensées. Il prétend que les grands orateurs n'ont pas besoin de l'école pour trouver et pour employer à propos les figures de pensée : Omnia ferCj dit-il, quœprœceptis continentur^ ab ingentosis homini" bus et in dicendo se exercentibus fiunt, sed casu quodam magis quàm scientiâ. C'est faire la part un peu trop belle à la nature ; mais c'est prouver que l'on a, tout au moins, envisagé les grandes questions. Il a raison, lorsque, dans un autre passage, il dit : « La période continue fatigue et l'auditeur et l'orateur. » Il blâme en passant les imitateurs maladroits d'Isocrate, qui ne s'exprimaient pas d'autre manière : Optimam^ ajoute-t-il, et efficacissimam prœdixerimus orationem futuram, si et hos ambitus habuerit et nonnunquam cœsis interrupta fuerit. Pourquoi l'école de l'Empire n'a-t-elle pas observé ce principe ! Sans reproduire la phrase, un peu longue parfois, de Cicéron, elle ne serait pas tombée dans les incises et les hachures de Sénèque. C'est dans le même esprit de mesure et de sobriété que Romanus recommande l'emploi sage et modéré des figures, dont il attribue l'invention à Gorgias de Léontium, oubliant que les figures étaient en usage bien avant les rhétoriques. En résumé, l'ouvrage, quoique médiocre, de Romanus n'est pas sans portée : on y trouve comme un sentiment de l'art, une certaine originalité, qui ne se traîne pas à la remorque des Grecs, et ne craint pas de recourir presque toujours à des citations latines ; on y trouve, enfin, autant d'impartialité que d'indépendance, puisque Démosthène y est mis au-dessus de Qcéron : Demosthenis phrasim M. Tullius, nedum copiant, imiiatur.

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