PART. I. — I. AUGUSTE
conduite forcée de César, son héritier fut avare du droit de cité et « empêcha qu'on n'affranchît trop d'esclaves *. » Du moment, en effet, qu'on voulait clore l'ère des conquêtes, quel besoin avait Rome de nouveaux citoyens, avec l'immense population qu'elle renfermait déjà? Le nombre des bouches, à nourrir n'était déjà que trop considérable. U valait mieux remédier à la dépopulation croissante de Tltalie, que les latifundia^ dit Pline, avaient perdue, depuis que des bras mercenaires ne la cultivaient plus que pour quelques privilégiés du patriciat. Et comment y remédier, sans retenir, autant que faire se pouvait, dans les provinces les étrangers, qui n'étaient qu'un embarras à Rome? sans favoriser l'agriculture dans le labou>reur, qui jadis savait à lui seul nourrir et défendre la patrie? Mais ce n'était là qu'un remède matériel ; il en fallait un plus efficace et d'une autre nature, qui essayât tout au moins d'arrêter les progrès du mal : il fallait régénérer les mœurs, les ramener à l'ancienne pureté. S'il n'y réussit pas, Auguste, il faut le reconnaître, eut le mérite d'y apporter tous ses efforts, bien que lui-même, sous le masque de la simplicité primitive, cachât des mœurs au moins équivoques. Pour resserrer les liens du mariage que les troubles avaient sensiblement relâchés, il porta des lois rigoureuses contre l'adultère, lois que sa fille et sa petitefille devaient enfreindre les premières avec une triste impudence, et ce fut d'après ses maximes que ises successeurs allèrent jusqu'à mettre un impôt sur le célibat ; tant la plaie restait incurable et béante! Sans doute, Horace fait office de courtisan quand il dit que « l'adultère ne souille plus la chasteté de la famille.*; » mais les apparences furent respectées, tant que vécut le réformateur. Les autres délitsiurent tout aussi sévèrement réprimés. La religion,
< Montesq., Grand., 13. — * Od, iv, 4.
s l'éloquence sous les césars.
dont Auguste était le chef au titre de souverain pontife, attira aussi ses regards et sa vigilance : des temples magnifiques s'élevèrent sur tous les points de l'empire comme à Rome ; d'autres furent richement restaurés, et les choses saintes remises en honneur. Mais cette recrudescence religieuse, loin d'influer heureusement sur une civilisation déjà vieillie, allait bientôt aboutir à l'apothéose des plus mauvais princes . Du vivant même d'Auguste, des poëtes, et des meilleurs, ne craignent pas de mettre le prince au rang des dieux : Deus nobis hœc otia fecity s'écrie Virgile. Serus in cœlum redeas, dit à son tour Horace * : croientils, par de telles adulations, ramener la foi dans les âmes et chasser des esprits le scepticisme qui les ronge?