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a tioni immonturum dîxerat,' deinde, vîx paucis diebus « insumptis, re infecta, redierat : non exigo uti immoriaris « legalioni, immorare. » Le père de Quintilien était donc bien un déclamateur connu. Pourquoi, du reste, ne seraitil pas celui même dont parle Sénècpie ? Si Schott et Vossius le regardent comme l'aïeul et non comme le père du Rhéteur, qu'importe ? Ne peut-il pas y avoir eu trois Quintilien, comme il y a eu quatre Sénèque, fameux dans l'enseignement oratoire ? Est-on en droit d'en conclure pour cela qu'ils n'appartiennent pas à l'Espagne ? Contentonsnous donc du témoignage de saint Jérôme, et ne ravissons pas à la petite ville de Calahorra, sur le Cidacos, l'honneur d'avoir donné le jour à l'héritier consciencieux d'Aristote etdeCicéron.
Si la patrie de Quintilien semble incertaine, sa naissance est assez généralement fixée à l'an 42 après Jésus-Christ. On conjecture qu'il se rendit très-jeune à Rome sous le patronage de Galba, et qu'il y suivit les leçons de Domitius Afer et de Servilius Nonianus. Il raconte lui-même qu'il fit la connaissance du premier déjà vieux, et qu'il s'attacha à lui au double titre de disciple et d'ami. Il étudia avec le plus grand soin non-seulement ses discours, mais jusqu'à ses entretiens familiers ; Domitius n'était-il pas alors à la tête des orateurs? N'avait-il pas dans l'esprit un charme, une grâce étonnante? On a dit, mais sans preuve, que le commentateur fameux de Cicéron , Asconius Pédianus, avait aussi contribué par ses conseils à former Quintilien, qui ne le cite pas une fois dans ses douze livres, lui si reconnaissant envers ses maîtres avérés. A l'âge de dix -huit ans, son éducation finie, Quintilien repartit àvec Galba à qui Néron avait confié le gouvernement de l'Espagne, et fit ainsi dans son pays un séjour de huit ans. C'est sans doute à son retour à Rome, vers Tan 68 de notre ère, lorsque Galba eut succédé à Néron, qu'il dut à la bienveil-
166 LÈhOQVÏL^ACE S0U8 LE» CÉSAUS.
lance du nouvel empereur unachaire publique d'ékMiiieiMe, mai» tans i^moluments payés par TÉlat. Suétone ^ dit po«tivement que Vespasicn fut le premier à constituer mut le fisc aux rhéteurs grecs et latins une somm^ annuelle de 100,000 sesterces (19,000 à 20,000 francs). Ce que l'on peut afArmer, c'est que la faveur et la renommée de Quintiliea Hrent prendre cette mesure générale, et que lui-même es4 le premier qui ait parlé du publicui prœceptor *, Il est pro* bable aussi que la gloire du jeune avocat ne contribua pas médiocrement au succès du rhéteur. Jusqu'ici les notices» les préfaces, les notes de tout genre n'ont guère insisté que sur le mattre d'éloquence : l'orateur a été laissé dans l'ouv' brc et comme au second plan. Cependant un caractère éprouvé, un talent incontestable, une étude assidue mireni Quintilien, à Tâge de vingt^ix ans, au nombre des plus vantés avocats. Son mérite et sa probité lui valurent en peu de temps une telle réputation, que non-seulement on lui confiait les causes les plus importantes, nmis que, d'habitude, les jeunes orateurs louaient des scribes pour prendre note de ses plaidoiries. Plaidait-il avec d'autres avocats, comme c'était l'usage, ses collègues, d'un consentement unanime, lui déféraient l'honneur de parler le premier pour poser l'état de la question. Il nous a conservé lui-même le souvenir de la première cause qu'il eut à défendre : c'était le procès d'un certain Nuivius Aprunianus, dont la femme s'était tuée en tombant d'une fenêtre; il s'agissait de savoir si elle était tombée volontairement ou poussée par son mari. Quintilien eut encore la bonne fortune, mais }>eaucoup plus tard, sous le règne de Titus, de parler devant la reine Bérénice pour les intérêLs de cette princesse même, dont Racine nous a si tendrement chanté l'amour touchant et désintéressé. Juvénal, dont la jemiesse
* KmpmIS. — «Ouini,!, •:,
wmti vu les> beaax joui» de QuintiUen^.la cite mainte» fois^ eomme le type de ravocat habite :.
Sèd jàcet in servi complexibus aut equitis, dic^ Dicdiquem, sodes^ die, Qtxintilhufie; oolhremi.
Dans une autre satire % il ne craint pas de lui décerner, le titre de grand orateur, orator maximus. Après de siJongs et si nombreux succès au barreau,, succès qui lui valuirent ayec la richesse le droit de cité et tous les privilèges de la noblesse, Quintilien, déjà moins jeune,, se réservai tout entier pour, sa chaire d'éloquence..
E était là sur son vrai théâtre,, et les vingt années qu'il y passa, dé L'an 68 à Tan 88„ont été comme L'incubation lente mais féconde du livre qui devait le recommander à la postérité. C'était, en effet, le premier professeur de rhétorique de son siècle, si fertile en maîtres de tout genre : une nature forte et fine, un goût presque à l'abri de la corruption environnante; une* érudition profonde, une mémoire heureuse au' point de lui permettre de répéter mot à mot jusqu'à ses improvisations, devaient faire de son cours une école comme celle d'Isocrate, avec lequel il avait plus d'une ressemblance. Comme Isocrate aussi, Quintilien forma des élèves fameux, et ce n'est' pas sans raison que Les érudits de la Renaissance ont comparé sa classe au Cheval de Troie : MuUi ex ejus ludo quasi' ex equo Trojano litteratorum proceres exstiterunt ^. En première ligne il faut citer Pline le Jeune qui reconnaît avec orgueil avoir beaucoup profilé des leçons d'un teL maître ♦. Dans^ une autre lettre *, il parle d'un Julius Nason, qu'il appelle son compagnon d'études et qui fréquenta, comme lui, l'école de Quintilien et celle de Nicétès. L'àutieur anonyme de la vie de notre rhéteur fait aussi mention d'un Caïus
^ VI, 279. — « VII. — 8 Politien, préf. de Quint. — * Lett. ii, 14. — ' VI, 6.
Cœlius, qui tint avec Pline le sceptre de l'éloquence. A ces noms plus ou moins connus ne faut-il pas ajouter celui de Tacite, qui les efface tous comme orateur et comme historien? Le fait est probable, sinon avéré, et son intimité célèbre avec Pline le Jeune qui resta toujours Tami de Quintilien, le donne suffisamment à penser. Quoi qu'il en soit, il est constant que c'est à Quintilien surtout qu'est due l'espèce de renaissance qui se remarque dans les lettres latines vers la fin du premier siècle. Outre les œuvres de Pline, si riches en renseignements littéraires sur cette époque, nous avons les 5af«r6« de Juvénal qui nous représentent Quintilien comme le modèle et le type des maîtres excellents. De plus, Martial n'a-t-ilpas dit :
Quiotiliane, vagœ moderator, samne, juventœ, Gloria Romanœ, Quiotiliane, togse ^?
On ne saurait donc contester aujourd'hui que les leçons de Quintilien n'aient entretenu pendant vingt ans le goût des études solides, et retardé d'autant la décadence de l'art oratoire et des lettres, commencée dès le temps d'Auguste.
Vers l'an 88 de notre ère, quand l'âge et la fatigue l'engagèrent à quitter et l'école et le barreau, Domitien lui confia le soin de ses petits-neveux, fils d'une nièce mariée à Flavius Clémens, au moment où le maître émérite commençait à rédiger pour son fils et pour le fils de son ami, Marcel] us Victor, ces immortelles Institutions qu'illui dédie. C'est probablement à la recommandation du père de ses jeunes élèves qu'il dut d'être nommé consul subrogé. Mais Ausone ^ suppose avec assez de vraisemblance que Quintilien, en obtenant les ornements consulaires, eut le nom plutôt que le pouvoir effectif d'un consul. Il n'en porta pas
* i:, 90. — « i4c/. de grâce à Graiien,
PART. lil. — XVI. 169
moins les emblèmes et la robe de sénateur. Ainsi, comblé de gloire et de faveurs, riche de ses émoluments de rhéteur et de ses honoraires d'avocat, Quintilien méritait le bonheur du foyer domestique. Né, nous Tavons vu, d'un père avocat et déclamateur, il épousa, jeune encore, une femme de naissance, fille d'un ancien préteur, qu'il perdit âgée de dix-neuf ans à peine, après en avoir eu deux fils, désormais son unique consolation. Le plus jeune, dont il nous vante lui-même * la grâce, le charme et l'esprit, mourut à l'âge de cinq ans. Le second qui portait le nom de son père, orné de toutes les qualités physiques et morales que comporte l'enfance, qu'un personnage consulaire . venait d'adopter, qu'un préteur, son oncle maternel, se destinait pour gendre, qui pouvait enfin prétendre aux honneurs comme à l'éloquence, après une maladie de huit mois, suivit son frère dans la tombe. Frappé de celte triple perte, Quintilien, qui ne rédigeait son ouvrage qu'en vue de ce dernier enfant, l'interrompit quelque temps pour être entièrement à sa douleur. Bientôt cependant, cherchant un soulagement à cette douleur même, il reprit la plume, mais cette fois pour sa gloire et pour le bien de la postérité. n ne tarda pas non plus à choisir pour seconde femme la fille d'un chevalier romain, de Tutilius, dont il eut une fille distinguée tout ensemble et par sa vertu et par sa beauté. Cette fille épousa dans la suite un homme dans les honneurs, Nonius Celer, gouverneur d'Espagne. On trouve, à ce propos, dans Pline le Jeune, une lettre que l'abbé Gédoyn, traducteur estimé des Institutions, prétend ne pas être adressée à notre rhéteur, proposant de lire, au lieu de : Plinius Quintiliano, que donnent les éditions connues , Plinius Quintiano , Pline à Quintianus , dont Pline parle dans une autre lettre. Il semble, en outre, con-
* Inst, VI, prœm.
iTO l'éloquence sous les césars.
tester Texistence de cette fille, en se Axidani sur ce de Quiotiiiea: a Tel est mon malheuv, que mes biais, mesécrits, le fruit d'une vie longue et pénible, tout ser&povr des étrangers. » Ce passage ne doit pas être un embarras pour la critique, si Ton se rappelle que le célèbre professeur avait mis la main à son ouvrage avant même la mort de son dernier enfant, et qu'il a pu, par conséquent, aTw écrit avant son deuxième mariage cette phrase qu'ili n'aurai point ensuite eflacée. De plus, et le savant traducteur n'aurait pas dû Toublier, QuintiHen appelle quelque part cette fille neptem rtt^it/cequïdéto-uit la conjectare de Tabbé Gédoyn. Mais le rhéteur était riche, comme nous l'attestent Suétone, qui lui donne l'épilhète derfi/iwti»t»S et Juvénal qui nous* dit :
Unde igitur. toi Quintilianus habet saltus < ?
et Ton ne voit pas alors pourquoi Pline le Jeune lui aurait offert 50,000 sesterces pour rétablissement de sa flllie. Pline se charge de lever ce nouveau doute : « Les emplois et les charges de Nonius Celer lui imposent une certaine nécessité de vivre dans l'éclat, et il faut que ta fille règle son train et sa mise sur le rang de son mari. » Il ajoute, il est vrai, que le pé're est modicus facultatibus ; ce qui ne contredit pas Taffirmation de Suétone, si' Ton songe que la richesse est relative et que Quinlîlien, quoique aisé, pouvait paraître pauvre à Pline comblé par Trajkn de biens et d'honneurs, riche d'ailleurs du côté de sa femme et de son onclte le Naturaliste qui l'avait adopté", et, die plus, sans enfants. Faut-il alors s'étonner qu'il ait voulu donner à son vieux maître une preuve de sa munificence et de son attachement?' Quant à la mort de
* Suét., Domit. — « vu, 188.
PART- lU. JIVW 171
Quintiliân^novs sommes obligéSyYU laaUenee darhistoire, de rester dans le doute.. Ce %a'il y sude certain, G*est qyui'il attfiigait un âge fort avancé , et qu*iL ne mourut guère (g}B sur la. fin du règne de Trajan. L'anonyme qui nous a laissé sa biographie, recule sa. mort jusqu'à, l'aa 13Ô' après lésus-Cbvist, le troisièmie du.règne. d'Adriea; mais^ comme il ne fait pas autorité, nous nou& en tiendrons- à noire eonjecUne.
Quelle» soBt, maintenant,, les œuvres» véritaUe&de QuintUien ï Ici encore la division- est au camp des critiques. Personne ne lui conteste le livre qui a fait sa gloire, Vlnr^ stitutwH de. VQvaifur^ qu'il p^end au berceau, accompagne aux écoks,.au barreau^ voire mênie dans la retraite. Outre que l'œuvre est trop connue, il n'entre point dans notre plan de l'analyser. Nous aurons seulement à paarler de l'influence qu'elle put exercer sur les contemporains et du rôle que l'auteur joiia dans la littérature impériale. Mais ÛjaintilLena-t-il composé le recueil de Déclamations^ qui s'édite d'ordinaire avec V Institution de l'orateur^ et qui en renferme 163, 19 grandes et 144 petites? Il dit luimême ; ce Je n'ai publié jusqu'ici que mon plaidoyer pour Nasvius Aprunianus, poussé que j'étais par une puérile ambition de gloire. Pour les autres compositions qui courent sous mon nom et que^la négligence et l'avidité des copistes ont falsifiées, je n'y suis presque pour rien *. » Ainsi,, non-seulement les 19 premières déclamations, quoique les moins insipides,^ mais les 144 autres ne sont pasy ne peuvent pas être de Quintilien, qui en récuse la paternité, sous la forme toutaumoins^qu'eUes avaient déjà de son vivant. Qu'elles soient du père ou des élèves de Qiyntilien, d'un CalpurniusFlaccuSyd'unMarcus Florus, d'un Poslhumius le Jeune ou de tout autre aussi mince rhéteur, que nous im-
porte? Aussi bien, elles n'étaient pas dignes d'exercer à ce point la sagacité des commentateurs. Ces deux séries de déclamations, précieuses toutefois pour l'histoire littéraire à cause des éclaircissements qu'elles fournissent sur l'enseignement des écoles, et qui ne sont ni l'une ni l'autre de Quintilien, n'appartiennent pas évidemment au même auteur. S'il fallait en croire un compilateur du Bas-Empire, Trébellius Pollion, qui vécut à l'époque de Constantin, les 19 grandes déclamations seraient l'œuvre de Posthumius, l'un des trente tyrans : « Posthumius, dit-il, et c'est le seul côté par où il mérite d'être cité, était un déclamateur si disert, que ses controverses passent pour avoir été mises sous le nom de Quintilien. » Le style de ces déclamations pourrait être, en effet, plus mauvais. Quoi qu'il en soit, la tradition ou plutôt Thabitude les a mises jusqu'ici sous le nom de Quintilien, et nous voyons Montaigne lui-même, qui ne manquait certes pas d'érudition classique, en citer le passage suivant : Quidquid principes faciunt, prœcipere videntur *.
Mais il existe dans l'histoire littéraire un second point litigieux, qu'il serait autrement utile de vider, si la chose n'était pas à peu près impossible : nous faisons allusion au Dialogue des Orateurs, qu'on a l'usage d'imprimer avec les œuvres de Tacite. Quintilien 2, à^ropos de l'hyperbole, dit en propres termes : Sed de hoc satis, quia eumdem locum plenius ih eo libro, quo causas corruptœ eloquentiœ reddeba^ mus, (ractavimus. Or, dans l'ouvrage qui nous reste, il n'est pas plus question de l'hyperbole que de toute autre figure ; mais nous ne l'avons pas en entier, tant s'en faut, et ce ne serait pas une raison suffisante pour en dénier la paternité à Quintilien. Bon nombre de savants, d'ailleurs, Schott, Ryckius, éditeur de Tacite, Spalding, Juste-
Ess. I, 43. — «VIII. G.