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le Philosophe. Le Dialogue des orateurs^ qui pourrait, s'il n'est pas de lui, s'être inspiré, quoi qu'on en pense, de son esprit, lui prêta main-forte par la bouche de Messala. V Institution oratoire^ en effet, et le Dialogue, s'écartant de la routine des manuels en vogue, remontaient aux sources et rappelaient parfois avec bonheur les principes d'Aristote et de Cicéron. Les deux livres s'inquiètent, chacun à sa façon, du mal dont souffre la parole contempçraine et des remèdes qui peuvent le guérir. Mais aucun n'en indic[ue, selon nous, la plus forte raison, qui est l'absence de toute liberté sous le régime impérial, l'absence aussi de toute philosophie capable d'agir sur les masses. Quelques mots du Dialogue laissent bien entrevoir un soupçon de cette idée ; mais Maternus et Messala eux-mêmes sont trop timides ou trop peu clairvoyants, puisqu'ils confondent la liberté a,vec la licence, l'équité et la stabilité des lois avec les mouvements et les séditions révolutionnaires de l'antique Forum. QuintUien se fait une idée moins nette encore de la cause du mal : il développe les meilleures recettes oratoires; mais son livre n'est guère que l'institution de l'avocat, et l'éloquence politique semble ne pas exister pour lui. Enfin, parmi ses recettes, il oublie la meilleure, la liberté, que nous ne croyons pas incompatible avec l'ordre. La tribune était muette , et nul n'était capable de lui rendre la parole; d'accord; mais il y a une tribune à l'abri-de toutes les attaques, la tribune du cœur et de la conscience, de laquelle les orateurs chrétiens vont bientôt se faire entendre, et qui a permis à Sénèque d'être éloquent après Cicéron et Démosthènes, et par une voie nouvelle. Quintilien, de plus, n'a jamais devant les yeux cet idéal qui est la règle intérieure du beau, idéal que le premier dans l'antiquité Platon avait clairement entrevu. Pris un à un, sas préceptes sont la justesse et le goût mêmes ; considérés dans leur ensemble, ils n'offrent aucune de ces vues géné-
raies et profondes, qui raniment et rajeunissent un art même sur son déclin. Aussi a-t-il plutôt signalé la déca^ dence qu'il ne Ta véritablement arrêtée ; il y a miême cédé à son insu : son style, vif et incisif sous sa forme cicéronienne, son expression figurée, rappellent bien un peu Fécolc qu'il veut combattre, et, pour un œil e^^ercé, sa langue n'est guère plus à l'abri de la critique que celle dé TacitQ ou même de Sénèque. Toutes fondées que nous semblent ces observations, quels n'ont pas été les éloges qu'il a de tout temps obtenus ! Quels admirateurs n'a-t-î! pas eus et quelle école n'a retenti de ces précejptes ? Cela (levait être; et, de nos jours, certains critiques ont eu la singulière idée de ne voir dans Quintilien qu'un compila" teuvy un metteur en œuvre, dont la renaissance et les temps modernes ont surftiit le mérite. Quintilien est et restera Quintilien, nous voulons dire un artiste de premier ordre, inférieur à Platon, à Aristote et à Cicéron, à coup sûr, mais grandet majestueux encore parmi les artistes de l'antiquité. Faisons abstraction de son époque, et Quintilien sera toujours le meilleur maître à suivre; il exceUe à former l'esprit, le goût et le caractère de la jeunesse, à la portée de laquelle il sait mieux se mettre que l'auteur même du De Oratore. Il a le rare don d'échapper à l'aridité des préceptes et des détails par le charme et l'agrément de son exposition, toujours intéressante et claire, tandis qu'il faut une certaine pénétration, une certaine maturité de jugement pour estimer Cicéron à sa valeur. Bien plus : il y a tel livre dans Y/nstitutian oratoire, le dixième, par exemple, qui est un modèle d'histoire littéraire comme de fine et sûre critique, et qui soutient la comparaison avec le Bruiuê. On peut réviser quelques-uns de ses jugements; mais la plupart ont reçu la sanction et du goût et du temps. L'érudition aussi n*a-t-elle pas à remercier Quintilien de l'avoir initiée à la nature comme à la tenue des écoles ro-
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maines? Et la France, qui doit tant à la civilisation latine, a-t-elle tort d'accorder comme un culte domestique à l'auteur qui a servi de type à ses propres rhéteurs ? Même au point de vue où nous sommes placés, Quintilien aura toujours le mérite d'avoir réagi contre le ton déclamatoire de son siècle, contre la mollesse de l'éducation d'alors, contre l'ignorance des maîtres, en posant le code d'une bonne discipline, d'une simple et saine éloquence. Sa parole fut pas entendue ; mais à qui la faute, si ce n'est au temps, aux mœurs, à l'affadissement universel des $mes ?