PART. VI. — II. CAIUS LICINIUS CALVUS
pièces. En éloquence, il marcha sur les pas des orateurs attiques, mais avec moins de bonheur, comme nous allons voir. « Calvus, avec de l'instruction, mettait du soin et de la recherche dans son style ; malgré son élégance et son savoir, il était trop minutieux pour lui-môme, il s'observait, il se défiait trop de lui pour ne pas toml)er dçins Texcès contraire, et pour ne pas perdre ce qui fait comme l'embonpoint de Téloquence. Aussi sa -parole, trop scrupuleusement travaillée, pouvait-elle briller aux yeux d'auditeurs instruits et attentifs, mais passmt inaperçue de la multitude et du Forum, pour lequel est née l'éloquence *. » Cicéron adresse ici à Calvus un reproche de sécheresse et de timidité que nous retrouvons dans d'autres critiques, il parle encore de lui dans une de ses lettres. « Calvus avait de la finesse dans ses mouvements oratoires. Son goût, l'une de ses premières qualités, lui fit adopter \in genre où il a obtenu le succès qu'il désirait. Mais il manquait de nerf; il excellait, en revanche, à soulever, à irrHer les passions *. p C'est bien à peu près l'idée qu'il faut se ï^ire de Calvus , orateur savant , , consciencieux , pathétique même, mais sans véhémence, sans cette ampleur qui caractérise la grande éloquence. Calvus tenait à passer pour attique, mérite que lui conteste Cicéron, s'il faut entendre par auicisme l'ensemble des heureuses qualités qui distinguaient Hypéride, Eschine ou Démosthènes, Écrivain correct, châtié jusqu'à l'excès, modèle parfait dans le genre simple, il dut plaire aux écoles, et Quintilien l'affirme. Jlais, si ses œuvres avaient échappé à l'oubli comme son nom, peut-être ne trouverions-nous en lui qu'un de ces orateurs secs et nus plutôt que simples, comme il y en avait tant à Rome, au dire de Cicéron. Il possédait pourtant des qualités secondaires qui le rendaient encore redoutable. ïl
1 Cic, Brut,^ 82. — « Lett. à Trébonius^ xv, 21.
maniait la satire ai^ec habileté, ainsi que nous avons pu nous en apercevoir, à propos de ses vers. Ses jeux de mots étaient heureux : Talis Curius pereruditus , dit-il , au sujet d'un particulier fameux au titre de joueur *. « La composition de ses plaidoyers était tendue comme ceUe de Démosthônes; mais elle n'avait ni calme ni douceur. C'était de l'emportement et de l'agitation *. » Sénèque en rapporte des preures assez curieuses. « Il avait coutume, en plaidant, de sortir de sa place et de s'élancer de son banc sur le banc de ses adversaires. Telle était sa violence et sa fureur, qu'au milieu d'un de ses plaidoyers, l'accusé Vatinius se leva et s'écria : Juges, si Calvus est éloquent» faut-il pour cela, je vous le demande, que je sois condamné? Voyant une autre fois les clients de Caton entourer sur la place publique son accusateur Asinius Pollion, il se fit hisser sur une borne, et déclara que, si Caton faisait le moindre tort à Pollion, il le poursuivrait comme calomniateur Depuis lors ni Caton ni ses avocats n'osèrent s'attaqver à Pollion. » Cet emportement qui touchait au ridicule n'en atteignit pas moins plus d'une fois son but. Par malheur, Calvus confondait la colère avec la passion, la simplicité des Attiques avec la rudesse et la grossièreté des orateurs antérieurs à Cicéron, tels que S. Galba et Carbon, qu'Aper lui reproche d'avoir imités ', et dont il reproduisait jusqu'aux expressions surannées : il ne disait pas collurriy comme tout le monde, mais collus^ ainsi que le remarque Quintilien *. Il eut, de plus, le désavantage de parler à côté d'Hortensius et de Cicéron, contre lequel il plaidait presque toujours, et avec lequel il soutint longtemps une lutte inégale ; entre les deux la victoire ne pouvait pas être douteuse. Et l'on pourrait bien trouver comme
* Gaspard de Bartb., i4mmarf.,p. 829. — »Sén., Cont. m, 19. — 3 /)«/. 18. — * I, 16.