‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 63 sur 106 · MUNATIUS PLANCUS · texte numérisé non relu

MUNATIUS PLANCUS

L. Munatius Plancus, son contemporain, joua un rôle plus important, surtout plus long, et laissa comme lui un grand renom d'orateur. Né à Tibur, sous la répubUque, d'une famille peu connue et à une date incertaine, mais que l'on pourrait placer entre l'an 70 et l'an 75 avant Jésus-Christ, il fut àla fois un homme d'action et un homme de tribune, comme on l'était de son temps. Il eut un frère, Plancus Bursa, ou Plancus Potius, suivant Velléius », qui

1 KXÎU.5CÎ, Ascensus. — « ii, 67.

ne resta pas non plus simple particulier : tribun du peuple, il mit le feu à la salle dif sénat, lors des funérailles de Clodius *; ce qui ne prouverait pas un bon citoyen, mais un ambitieux sans scrupule, comme Munatrus, comme tant d'autres à cette époque. Il n'était cependant pas tout à fait sans mérite ni vertu, puisqu'il fut proscrit par le second triumvirat, l'an 43, et que, dans le noble désir de sauver ses esclaves mis à la torture pour révéler sa retraite, il se livra lui-môme à ses bourreaux. C'est à la haine de Munatius lui-môme, haine dont les causes nous sont inconnues, qu'il dut d'ôtre porté sur les tables de proscription : « Entre autres plaisanteries militaires qui suivaient le char triomphal de Lépidus et de Plancus, parmi les imprécations delà foule, on entendait : C'est de leurs frères et non des Gaulois que triomphent les consuls 2. » Encore notre langue ne peut-elle rendre le jeu de mots, de Germanis^ qui se trouve dans la phrase latine. Quant à son frère, il eut un meilleur sort ou plus d'habileté. De bonne heure il étudia l'éloquence sous les yeux môniesde Cicéron, son maître et son ami ' ; cette étude, il la poursuivit toute sa vie dans les positions les plus diverses. A l'ûge du service militaire, il suivit César dans les Gaules, passa plus tard à Pompée, pour revenir encore à César, mais à César dictateur et maître absolu. Dans la première campagne de César en Espagne, vers Tan 49, il figure sous ses drapeaux : il commande deux légions sous les ordres de Fabiits, le lieutenant en chef du Dictateur, et combat avec assez de fermeté, sur les bords de la Sègre, les forces réunies de Pétréius et d'Afranius *. C'était, comme on le voit, une adresse merveilleuse à louvoyer au milieu des partis, adresse qui explique sa longue et bril-

* A^con, in Mil, — « Volléius, ii, 07. — » Eusèhe. — '♦ César^ B. C, , 40.

FAUT. VI. — III. MDNATIUS PLANCUS. 2^13 v

lante carrière; adresse utile, puisqu'elle lui procura toujours des honneurs et des places importantes. Bien que Cicéron eût embrassé la cause du patriciat, il n'en conserva pas moins jusqu'à sa fin une sorte d'attachement et de prédilection pour un disciple qui les méritait si peu. Le disciple avait conscience de son triste rôle, et, malgré les dons considérables qu'il reçut du Dictateur, il n'était, dans cette situation, ni bien riche ni bien heureux, ainsi que Cœlius l'écrit à Cicéron, nec beatus nec bene instructus. » Après les ides de Mars, lorsque Brutus et Cassius eurent relevé le drapeau du sénat et de la république, Plancus s'attacha aux triumvirs, dont il prévoyait le succès. C'est dans de pareilles circonstances que Cicéron lui adresse le X* livre de ses Lettres, et que sou caractère apparaît sous son vrai jour. Plancus commandait alors dans la Gaule Cisalpine. Nous lisons dans la T* lettre : a C'était le marque de l'affection que j'ai eue pour toi depuis ton enfance, affection qui s'est non-seulement conservée, mais accrue en moi. » Plancus, au reste, n'eût été sa duplicité politique, n'était pas, à beaucoup près, sans mérite. Furnius, son lieutenant, fait à Cicéron l'éloge de ses talents militaires, de la justice avec laquelle il administrait sa province et, en général, de ses lumières *. Aussi fut-il alors npmmé consul désigné, dans la force de Tàge, dans l'épanouissement de son éloquence, summa éloquent ia. Mais Cicéron s'aveugle en ajoutant que la républiquç est pauvre en hommes de son espèce : elle n'en était que trop riche et c'est ce qui la perdit. La lettre IV* du môme livre est de Plancus lui-môme à Cicéron, pour lequel il professe eu termes simples et élégants la plus grande amitié et le plus grand respect, comme aussi le plus grand amour pour la république. Nous nous permettrons de révoquer en doute ce

» Lett, X. 3.

dernier attachement. Bientôt après éclata la guerre de Modène, où Plancus joua clairement un rôle odieux. II écrivit au sénat pour lui conseiller la paix avec Antoine, bien que Décimus Brutus, assiégé dans cette ville, fût son collègue et consul désigné comme lui. Dans la lettre VHP il tâche de colorer sa conduite aux yeux de Cicéron* qui le pressait de se joindre à l'armée sénatoriale. Dans la XV' il va plus loin, il affirme au vieil orateur trop crédule qu'il s'est entendu avec Lépidus pour accabler Antoine vaincu sous les murs de Modène par les consuls Hirtius et Pansa. Velléius Paterculus a bien jugé ses menées d'alors : « On douta longtemps, dit-il, de quel parti était Plancus; il fut en désaccord avec lui-même, aujourd'hui partisan de D. Brutus pour se faire valoir auprès du sénat, demain traître, proditor^ au môme Brutus *. » Tel doit être aussi le jugement de l'histoire. Lorsque Octave, mécontent du sénat, se fut entendu avec Antoine et Lépidus, Plancus n'en conserva pas moins sa place. Après la bataille de Philippes, l'an 42, il parvint au consulat avec M. Cilm. Lépidus, le plus méchant citoyen qui fût dam la république y au dire de Montesquieu. Son consulat se distingue par des faits remarquables, la naissance de Tibère sur le mont Palatin et les proscriptions du second triumvirat, auxquelles il ne prit part, comme nous l'avons vu, que pour perdre son propre frère. Octave et Antoine n'avaient pas besoin de lui. Il faut même lui savoir gré d'avoir par un édit et par sa puissante intercession sauvé la vie à Varron, caché dans la maison de Calénus, et à Messala Corvinus. Au sortir de sa charge, il obtint le gouvernement de la Gaule Chevelue, gouvernement qu'il illustra par la fondation ou l'agrandissement de Lyon, l'aii 41 . Quelque temps après, il

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