‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 67 sur 106 · PART. VI. — V · texte numérisé non relu

PART. VI. — V

orateur et comme une âme aussi droite que son père, il n'a pas obtenu les mêmes éloges de Tacite. Au cinquième livre d^s Annales, Tacite le range .parmi les gens qui, n'attendant rien de 1^ vertu, queis nul la ex hmesto spes S trouvent leur avantage personnel dans les malheurs publics* Il s'agissait dje la première Âgrippine, femme de G^rmanicus, dont Tibère venait de dénoncer au Sénat l'arrogance et la fierté ; pour iiaire sa cour au prince, Messalinus opina pour la dernière rigueur. Nous avons un autre jugement aussi sévère un peu plus loin : a Cotta Messalinus, qui opina toujours pour les plus cruels avis et qui était haï depuis longtemps, est mis lui-même en accusation*. » Il ne dut son salut qu'à l'amitié de Tibère , aux nombreux services qu'il lui avait rendus. Messala Corvinus se fût-il mis ainçi sous l'aile du tyran ? Pour jouer un rôle important avec de pareils princes, il fallait renoncer aux plus amples principes de la morale ; Messalinus y renonça et garda son rang au Sénat, dont il dirigea plus d'une fois iQft.délibérations. Voilà les hommes qui convenaient à Tibère, et quand il parle, plus haut, des services que lui a rf^us Cotta, il fait allusion sans doute à l'appui qu'il trouva toujours dans ce fils indigne d'un vieux et pur réptiblicain. Messalinus, en effet, ne fut pas autre chose en poKtiqijie qu'un flatteur éhonté, un de ces plats courtisans passés maîtres dans l'art si tortueux des cours. S'agit-il de sonder les intentions de Tibère, aussitôt après la mort d'Auguste ? Ouvrons le premier livre des Annales : « Valérius Messala était d'avis que les sénateurs devaient chaque année renouveler leur serment entre les mains du Prince. T'ai-je chargé d'émettre cette opinion, lui demanda Tibère ? Je l'ai émise de mon plein gré, répondit Valérius ; dans les affaires publiques je n'écouterai jamais que mon senti-

» V, 3. — *Ann , vi, 5.

ment, dussé-je môme te déplaire. C'était, ajoute Tacite, la la seule flatterie qui fût encore permise *. » Mais rhistorien rend hommage à l'éloquence de Messalinus, chez lequel il trouvait comme un reflet de l*éloquencepatemelle^ et qu'il met souvent en scène dans le drame saisissant qu'il déroule à nos yeux. Ovide, l'ami de la famille, ne se borne pas à le proclamer orateur, prasidium fort, il en fait encore un poète, Pieridum lumen •, et son éloge, vu les habitudes littéraires du temps, ne parait pas invraisemblable.

Ce Valérius eut un fils du môme nom, grand orateur aussi , si l'on peut décorer de ce titre les hommes qui manient la parole sous Tibère et sous Néron, mais pauvre, obligé d'accepter tous les ans 50,000 sesterces pour vivre dans une honnôte indigence . Et cependant il parvint au consultât sous Néron, l'an 58 après Jésus-Christ ^, Peut-ôtre Juvénal fait-il allusion à cette triste chute d'une ancienne famille, quand il nous représente un Corvinus gardant les troupeaux de son maître dans les champs de Laurentc * ? Comment donc s'était écroulée cette fortune des Valérius , à laquelle Corvinus avait encore ajouté ? Dans le luxe et la vie fastueuse du premier Messalinus probablement : s'il faut en croire Plin€, Messalinus aurait eu môme le vice de la gourmandise : « U est avéré, dit-il, que le fils de l'orateur Messala faisait griller des pattes d'oie, qu'il trouva le moyen d'assaisonner avec des crêtes ile coq * ». Quoi qu'il en soit, cette famille des Valérius, qui remontait à l'expulsion des Tarquins, disparaît après le dernier Messalinus; on ignore et la date et le genre de sa mort.

» I, 8. — 2 PonL, IV, IG. — » Am,, xiii, 34 . — * Sat, i, 120. — 5 Hist. nat,,\y 22.

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