PART. VI. VIII. MARGEURS ŒSERNINUS
et le reprenait de ses défauts. Ensuite il traitait le point contraire. Marcellus, tout jeune qu'il était, avait une si heureuse nature, que Pollion espérait lui laisser la succession de son éloquence *.» L'aïeul, on le voit, avait une prédilection marquée pour ce petit- tils. Lorsque CSlserninus se brisa la cuisse dans les jeux troyens qu'Auguste avait donnés, Pollion se plaignit fortement et amèrement au Sénat, pour que le Prince ne donnât plus de pareils jeux à l'avenir *. Marcellus Œseminus fleurit sous Tibère. C'est lui, d'après Tacite, qui fut l'avocat de Pison, en cela moins digne que son oncle Asinius GaUus, qui refusa l'appui de sa parole à l'empoisonneur d'un grand homme. Un peu plus loin 3, le même auteur parle de sa vie pure et de son éloquence qui le firent arriver très-haut et recueillir de riches héritages. Il dut être riche en effet pour avoir des affranchis très-riches eux-mêmes, dont l'un importa le platane en Italie et dans une de ses campagnes, sous le règne de Claude ; c'était un eunuque Thessalien, du nom de Denys, qui, pour mieux arriver à la puissance, s'était attaché aux affranchis de l'Empereur *. Cette branche des Marcellus, quoique plébéienne, remontait probablement à la seconde guerre Punique; l'un de ses membres lui avait attiré le surnom d'CEseminus, de la ville samnite d'Œsernie qu'il délivra en même temps que son père prisonnier. Le Marcellus dont il s'agit ici, grâce aux services de sa propre famille, grâce surtout à la haute influence de Pollion, arriva au consulat sous Tibère, l'an 21, et Dion, en constatant le fait, ajoute qu'il coïncide avec une forte inondation du Tibre qui Couvrit presque toute la ville*. C'est, à peu près, tout ce que nous savons d'(Eseminus, qui paraît avoir échappé è la tyrannie de Tibère. Mais sa
1 Conlr.^ IV, Excerp,^ préf. — « Suét., Aug., 44. — » Ann.^ xu — * Pline, XII, 2. ^ » Tiô., liv, 1.
race ne s'éteignit pas avec lui : nous trouvons encore un Marcellus sous le règne de Néron. Voici à quel propos, a Domitius Balbus, ancien préteur, était en butte aux captateurs de testament, tant à cause de son âge avancé, que de sa fortune ; il n'avait, en outre, ni femme ni enfants. Son parent Valérius Fabîanus, qui pouvait prétendre aux honneurs, lui supposa un testament de connivence avec deux chevaliers romains, qui s'étaient adjomt Antonius Primus et Asinius Marcellus. Le premier ne reculait devant aucun acte d'audace ; 3Iarcellus ne passait pas pour avoir mauvaise réputation; mais il regardait la pauvreté comme le dernier des malheurs. Fabianusleurlut donc son testament, à eux et à d'autres citoyens moins connus, comme il en fut convaincu devant le Sénat. La loi Cornélia fut appliquée à tous ces captateurs. Le souvenir de ses ancêtres et l'intervention de l'Empereur sauvèrent Marcellus de la peine, mais non du déshonneur Tan 61 *. » Œserninus aurait mieux fait de mourir tout entier !
Le second Asinius Gallus, de la même famille que Marcellus, était et plus honnête et plus riche; il put rendre son nom ridicule, mais jamais odieux, a Frère par sa mère de Drusus, fils de Tibère, il conspira contre Claude, qui ne le condamna pas à la mort, mais à l'exil, probablement parce qu'il n'avait réuni ni armée ni ressources ; sa sottise naturelle lui avait fait espérer que les Romains seraient heureux d*obéir à un homme de son sang. Mais ce qui surtout engagea Claude à ne pas sévir, c'étaient sa petitesse et sa laideur : il prêtait plus au rire qu'à la crainte 2.» La conspiration avait été pourtant plus sérieuse que le Prince ne sembla le penser : Asinius avait gagné beaucoup d'esclaves et d'affranchis dans le Palais même, qui auraient pu faire réussir le complot. De plus, il s'était associé un petit-
» Tac, Ann,^ xiv. 40. — * Dion, Claude.