‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 74 sur 106 · LABIÉNUS · texte numérisé non relu

LABIÉNUS

Le parti répubUcain avait déjà produit Messàla Corvinus et Cassius Sévérus ; il produisit encore un orateur qui mérite de se placer à côté de ces deux hommes de talent, du dernier surtout, dont il fut l'intime ami ; ce fut Labiénus. Il y a eu trois personnages de ce nom à peu près à la même époque : 1° le lieutenant de César dans les Gaules, qui, lors de la guerre civile, passa dans le camp de Pompée et commanda sa cavalerie ; c'était un de ces pompéiens dévoués, mais dont la confiance était au moins excessive. « Se fondant un jour sur des prophéties, il prétendait que la victoire devait nécessairement être de leur côté. — C'est pour cela sans doute, dit Cicéron, que nous avons déjà perdu notre camp *. » Après Pharsale, il alla périr

* Plut., Cic, 50.

dans la guerre d'Espagne. Outre le mérite d'avoir été le premier lieutenant de César, il avait encore eu la gloire de fonder dans le Picénum, et de ses propres deniers ^ la petite ville de Cingulum; Silius même, sans motif toutefois, l'en fait natif, et le cite dans son poëme comme la plus grande illustration du pays 2. 2* Le second Labiénus est le fils du précédent, et Dion a eu tort de les confondre l'un avec l'autre; ce qui a pu motiver son erreur, c'est qu'après la grande défaite du parti, il se réfugia chez les Parthes, puis vint s'unir, comme son père, aux fils de Pompée, pour recommencer en Espagne la guerre contre le vainqueur. Après la bataille de Munda, il se réfugia de nouveau chez les Parthes, et poussa leur roi Orodès à se déclarer contre les césariens. Orodès lui confia son fils Pacorus et une armée. Maîtres de la Syrie, moins Tyr et la Palestine, ils s'emparèrent dç presque toutes les yilles de l'Asie Mineure bâties sur le continent. Mais ce Labiénus fut bientôt pris et les Parthes repousses par Ventidius, lieutenant d'Antoine ^. 3** Le troisième enfin, c'est l'orateur et l'historien dont parle Suétone * ; il appartenait à la même famille que les deux dont nous venons de faire mention, et leur survécut,' puisqu'il se distingua surtout après la victoire définitive d'Auguste. Comme Cassius Sévérus, dont il avait et le caractère et l'énergie, Labiénus s'attira des inimitiés profondes, qui finirent par étouffer sa parole trop mordante et trop aggressive. Les critiques de l'empire, quoique imbus d'autres idées, n'ont pu s'empêcher de louer sa grandeur d'âme et son courage à toute épreuve. Laissons parler Sénèque le Rhéteur qui l'a connu et entendu, a Labiénus déclama d'une manière remarquable, mais non en public; il n'admettait pas le public, et parce que ce n'était pas encore l'habitude, et parce qu'il voyait

* Cœs.y Bel. civ,^ i, 15.— « x, 34. — 3 Dion., Aug. — * Calig.^ 16.

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