‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 76 sur 106 · OVIDE · texte numérisé non relu

OVIDE

A côté de Gassius Sévérus et de Labiénus, pour mieux montrer que le pouvoir d'Auguste inclinait de jour en jour davantage à l'absolutisme, nous sommes obligé de mentionner Ovide qui n'est connu que comme poète, bien qu'il ait été orateur et déclamateur tout ensemble. L'unité du monde romain aida singulièrement au despotisme impérial ; le moyen de rester libre et digne, en un temps où l'exil même ne mçt pas à l'abri du Pouvoir ? Ovide nous en offre une affligeante preuve.

Ovide nous donne d'assez nombreux détails sur sa famille et sur sa personne ; voilà pourquoi sa biographie n'offre que peu d'obscurité. Il naquit à Sulmone, petite ville du pays des Péligni (Abruzze Citérîeure) située, nous dit-il, à 9 milles de Rome, le 14 des kalendes d'avril, l'année même où moururent, sous les murs de Modène, les consuls Hirtius et Pansa. H appartenait à une ancienne maison de chevaliers, qui ne le cédait à aucune autre pour la noblesse ; maison ni riche ni pauvre, mais distinguée pour son instruction et ses lumières :

Turbaque doctorum N'asonum novit et audet Non fastiditis annumerare viris ^.

Il nous dit aussi qu'il n'était pas l'aîné de sa famille et qu'il avait un frère d'un an plus âgé. Mais ce frère, qui dès l'enfance montrait les plus heureuses dispositions pour l'éloquence du barreau, mourut à vingt ans. Son père, homme sérieux et sévère, à ce qu'il semble, fit donner

* Trist, II, 1.

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au seul fils qui lui restât, l'éducation brillante de Fépoque. Revêtu, à seize ans, du laticlaye, que portaient seuls les enfants des plus nobles chevaliers, le jeune Ovide se rendit à Athènes, qui était encore, malgré Marseille, le centre et comme le foyer des bonnes études :

Nec peto, quas quondam petii studipsus, Atbenas K

C'est là, sans doute, qu'il prit ce goût passionné pour ce que nous appellerions la poésie légère, pour ces petits lyriques grecs, d'où s'exhale un parfum suave de beauté simple et naturelle. Mais en laissant^ chez Ovide, le poète dans l'ombre, nous pouvons remarquer ici que tout son art qui est infini, toute sa facilité qui n'étonne pas moins, n'atteignirent jamais à cette candeur, à ce charme qui n'appartiennent qu'aux littératures originales. L'étude de la poésie n'était pas, d'ailleurs, le but de son voyage : son père ne l'avait envoyé à Athènes qu'à la seule fin d*en faire, je ne dirai pas un orateur, on était après la bataille d'Actium, mais un avocat. Et il faut bien qu'il n'y ait pas perdu son temps pour que Sénèque ait rapporté qu'au dmlieu même de ses études il passait pour un bon déclamateur *. Il eut pour maître, à Rome, Arellius Fuscus, dont il ne prit heureusement aucune des mauvaises qualités. Ce rhéteur avait une amplification brillante, mais pénible, embarrassée, recherchée ; de plus, son élocution était molle et lâche, tantôt aride et maigre, tantôt vague et diffuse. Ses exordes, ses preuves, ses récits étaient secs. Rien chez lui de vif, de solide, d'austère. Sa parole avait de l'éclat, mais était surchargée plutôt que riche ^. Ovide assu rément ne trouvait là rien à imiter, si ce n'est un pe d'afléterie. Mais Arellius Fuscus traitait volontiers, e

1 Trist., I, 2. — « Contr.y u, 11. — 8 sén., CmLy ii, prôf.

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