PART. VJ. .-^ XI. OVIIXB
leur intimité, aurait d'abord été le témoin involontaire de leurs amours, et en serait ensuite par faiblesse devenu le fauteur et le complice. Cette hypothèse paraîtrait plus plausible, puisqu'Ovide et la seconde Julie furent exilés en même temps. Auguste, nous l'avons dit, avait des mçeurs plus que suspectes ; mais il tenait trop à la décence qu'il voulait ramener dans la vie privée, à sa réputation qu'il ménageait, pour s'abandonner à l'infamie que lui prête Voltaire. La première Julie fut, du reste, exilée comme la seconde, et Ton sait avec quelle liberté le prince s'exprimait sur le compte de l'ui^e et de l'autre. L'opinion du savant Italien nous semblerait donc plus acceptable, s'il fallait se prononcer. Sans doute, les poésies licencieusesd'Ovide auraient pu servir de prétexte à la sévérité momentanée d'Auguste, mais non à cette haine que rien ne put jamais adoucir. Le poëte lui-même se reconnaît coupable d'avoir trop bien vu ce qui se passait autour de lui, sans dire quoi. Pourquoi ne seraient-ce pas aussi bien les déportements de la seconde Jujiie? Enfin^ il est une quatrième hypothèse plus sérieuse peut-être que les deux huîtres : c'est celle qui consiste à ne voir dans Ovide qu'une victime de l'ambition de Tibère et de Livie. Ovide aurait surpris un secret d'État : U se serait aperçu qu'Auguste, à son déclin, regrettait d'avoir associé à l'empire un étranger, et il aurait eu la maladresse de parler , maladresse que Livie lui aurait fait payer par l'exil. Le vieil empereur, dominé par une femme astucieuse, l'aurait alors livré à la haine deTimpératrice. On sait, en effet, jpar Tacite, qu'Auguste eut un retour d'équité, sinon d'affection, pour Agrippa Posthumus. Accompagné du seul Fabius Maximus, son ami de confiance, ilalla visiter dans l'île de Planasie le malheureux proscrit, avec lequel il pleura, pour le dédommager par ses tendresses de cet empire dont il l'avait frustré. La scène parvint aux oreilles de Livie par la femme dé Maxime, qui, pour échap-
per à Tibère, se- donna la mort. Ovide, intime de Maxime, instruit par lui des larmes et du remords d'Auguste, aurait en ce cas expié par la relégation une simple confidence. Quelque obscure que soit la question, ce que nous tenions à constater avant tout, c'est que l'empereur en cette circonstance n'agit pas autrement que les maîtres absolus; pour Cassius Sévérus,pour Labiénus, le sénat est intervenu au moins quant à la forme ; pour Ovide, un mot du prince a suffi pour le priver à jamais de sa liberté. S'il fallait en croire le proscrit lui-même, Auguste se serait adouci sur sa fin :
Cœperat Augustns dcceptœ ignoscore culp»^.
Mais, selon nous, il s'est faitillusion ; s'il en avait été ainsi, rien n'aurait mis obstacle à son rappel. Auguste meurt, ^u contraire, sans songer à lui, et Tibère, on le comprend, se garde d'aller contre sa décision . Ovide s'éteint à Tomes, chez lesGètes, à l'âge de soixante-deux ans, malgré les amitiés puissantes qu'il avait à la cour, celle entre autres de l'Espagnol Hygin, que le prince avait affranchi et mis à la tête d'une bibliothèque publique 2, 20 ans après Jésus-Christ. Ovide, disons-le, ne montra pas, malheureusement pour sa mémoire, cette dignité qui sied à la disgrâce-: innocent ou coupable, il ne sut pas ennoblir son infortune par la seule attitude digne des belles âmes, parle silence et la résignation; il oublia trop que, comme la noblesse, le génie oblige, et l'histoire doit lui être sévère à ce sujet.
Ovide, quoique pôëte, a-t-il été sans influence sur les études oratoires dont nous nous occupons? Nous ne le pensons pas. S'il a des idées, s'il a l'inspiration de la Muse, il revient trop sur sa pensée et tombe ainsi dans la diffusion.
1 Pont.t IV, C. — 2 Suet., Gramm*, 22.