‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 79 sur 106 · PART. VI. — XII. HATÉRIUS · texte numérisé non relu

PART. VI. — XII. HATÉRIUS

Il avait de l'esprit, mais en mettait partout avec excès et domiait dans la recherche ; la forme et le tour le préoccupaient plus que le fond, et c'est en cela précisément qu'il s'éloigne du grand siècle. Le souffle poétique, la facilité, ne compensaient pas suffisamment l'absence de mesure et de goût. Or, quel sera le principal défaut de la décadence, si ce n'est celui-là ? Quel sera le but des études oratoires, en particulier, si ce n'est l'éclat, la couleur, le vêtement de la pensée, plutôt que la pensée elle-même ? Ovide, on peut le dire, a devancé Sénèque, et, malgré ses mérites aimables, a ouvert le champ à cette littérature creuse dont la déclamation est le type. Ovide, toutefois, est encore de son siècle, c'est-à-dire du bon siècle, par la langue, par le choix et la position des mots, par la variété et l'élégance des tours, par quelques-unes des qualités les plus rares du style. Mais il commence d'enfreindre les lois et la sobriété du goût de son époque, et donne ainsi, répétons-le, le signal de la décadence.

HATÉRIUS.

Un esprit qui n'est pas sans rapports, dans Féloquence, avec Ovide, c'est Hatérius, qui appartient aux règnes d'Auguste et de Tibère, et qui n'a plus cette noblesse des orateurs témoins de l'ancien état des choses. Nous touchons au moment où l'orateur du sénat et de la basilique sera plus d'une fois tout simplement un délateur d'abord, puis un accusateur à gages.

« Hatérius, de famille sénatoriale, fut toute sa vie un orateur célèbre. Si les monuments de son génie n'ont pu lui survivre, c'est que l'inspiration chez lui l'emportait sur le soin ; l'étude, le travail, font seuls passer à la postérité,

tandis que la parole abondante et sonore d*Hatérius s'est éteinte avec lui *. » Sénèque le père, son contemporain, va compléter cette esquisse exacte de Tacite. « Hatérius promit et fut un orateur'. Ses déclamations publiques étaient improvisées. Seul de tous les Romains que j'ai connus, il transporta dans la langue latine la facilité et la souplesse du génie grec. Sa diction était rapide au point d'en être vicieuse. — D faut enrayer notre cher Hatérius, — disait Auguste avec raison ; tant il semblait, non courir, mais se précipiter. Ce n'étaient pas seulement les mots,- mais aussi les idées qui abondaient chez lui : il vous aurait traité le même sujet aussi souvent et aussi longtemps que vous l'auriez voulu, avec des figures et des développements tout différents. C'est ainsi qu'il ne pouvait ni se diriger ni s'épuiser, n avait un affranchi auquel il obéissait, et il allait suivant que l'affranchi le poussait oùle retenait. L'aflraneW lui disait-il de passer outre, quand il avait traité longtemps un passage ? Hatérius passait outre. Lui disait-il de s'arrêter ? Hatérius s'arrêtait à l'instant. Le talent seul était à la disposition d'Hatérius ; la mesure, à la disposition d'autnii. n n'avait d'ordre que celui de son élan 3. » N'est ce pas la phrase de Tacite : Impetu mtxgis quam cura vigebat ? « Hatérius ne se réglait pas sur les lois de la déclamation et ne s'embarrassait pas des mots. Les écoles évitent quelques expressions comme surannées et ne peuvent tolérer celles qui sont basses ou banales. Hatérius, en cela, se conformait à l'usage des écoles : il n'usait pas d'expressions battues ou tombées en désuétude. Mais il avait certaines locutions anciennes, employées par Cicéron, puis abandonnées par ses successeurs, que ne pouvait dissimuler la course précipitée de son discours. A cela près, personne n'était plus apte aux exercices de l'école, plus élevé que

' Tac, ilwi., IV, 27. — « Cont,, iv, 29. — * ConL^ iv, ppéf.

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