‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 80 sur 106 · PART. VI. — XII. HATÉRIUS · texte numérisé non relu

PART. VI. — XII. HATÉRIUS

lui ; mais, en voulant tout orner, il donnait souvent dans le ridicule. Je me souviens que,- défendant un affranchi, accusé d'être le complaisant de son patron, il dit : — L'impudicité est un crime dans un homme libre, une nécessité dans un esclave, un devoir dans un affranchi. — La chose dégénéra en plaisanteries, et la controverse fournit ample matière aux quolibets d'Asinius PoUion et de Cassius Sévérus. Il y avait donc chez lui beaucoup à reprendre, beaucoup à louer. » Hatérius, d'après le même passage, n'était pas un stoïcien, et, quoi qu'en pense Sénèque, nous lui en savons gré, du moins pour le fait qui va suivre : « Hatérius supporta la mort de son fils avec tant de faiblesse, que nonseulement il s'abandonna à sa douleur récente, mais qu'il ne pouvait en supporter le souvenir, quand cette mort fut ancienne et presque oubliée. Je me rappelle que, soutenant une controverse sur l'homme qui se plaint comme d'une injustice d'avoir été arraché au tombeau de ses trois fils, il s'interrompit pour pleurer. Puis il parla avec tant de véhémence et de pathétique, qu'on vit clairement combien quelquefois la douleur est une grande partie du talent. » Cette faiblesse nous plaît plus que la fermeté de Pollion en pareille circonstance : le cœur, quand il parle, est singulièrement plus éloquent que l'esprit. Eusèbe cite Hatérius comme un orateur facile et populaire. Tels étaient, en effet, les deux caractères distinctifs de sa parole, caractères qui imprimaient à son style une élégance, un charme particulier, dans le genre descriptif surtout, comme nous l'atteste Sénèque le Rhéteur à propos du défilé des Thermopyles qu'Hatérius peignit avec la dernière éloquence, facundissime *. Cette facilité, pour le dire en passant, tenait beaucoup à la manière d'étudier des anciens, trop négligée peut-être de nos jours. Jeunes, ils

* Suas.f II.

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s*habituaient à riinprovisation, qui ne suffit sans doute pas au grand orateur, mais qui donne à l'esprit des ressources, une assurance, une souplesse qu'il n'est pas aisé de suppléer. Hatérius était un improvisateur de mérite^ et c'était probablement à cela qu'il devait d'être aussi populaire. Par malheur, il manquait d'une qualité qui ne se remplace jamais, je veux parler de l'étude, de la méditation, qui développent à peu près seules le goût et la méthode. Voilà pourquoi les contemporains, Auguste le premier, critiquèrent à juste titre cette faconde éclatante et sonore, mais sans règle. « Je veux, ditSénèque à. Lucilius, que Thomme sensé se -tienne loin de cette course effrénée d'Hatérius, qui n'hésitait, ne s'arrêtait jamais, qui commençait et finissait tout d'une haleine *. »

Ce défaut, grave au point de vue de l'art, resterait dans l'ombre, si le caractère moral d'Hatérius était à la hauteur de son éloquence. Malheureusement il n'en est rien. Quelle fut, soUs Tibère, la conduite de ce sénateur illustre, de cet orateur puissant au barreau comme à la curie? Ouvrons les Annales de Tacite, a Q. Hatérius blessa l'esprit soupçonneux de Tibère. — Jusques à quand. César, lui dit-il, laisseras-tu la république sans chef? — Aussitôt le prince s'échappa en invectives contre l'orateur 2. » Si, comme Asinius Gallus pour le môme motif, Hatérius se fût tenu pour averti, on n'aurait rien à lui dire. Mais il n'était pas de force à soutenir la haine du despote. « Il se rendit bientôt après au sénat pour apaiser Tibère et tomber à ses genoux ; mais il faillit être tué par les gardes, parce que l'empereur avait fait une chute soit par hasard, soit qu'il se fût embarrassé dans les bras du suppliant. Le danger d'un tel personnage ne put calmer le maître, et il fallut que l'orateur s'adressât à l'impératrice, dont les

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