VI. — XIII. PASSIÉNUS. 29i
'ï. inter ganeam ac stupra, Tan 32*. »
'* empôche-t-elle le fils de cet
isulat sous Claude, Tan 53 * ?
société que celle où de telles in-
^ ^ * une famille à rentrer dans un oubli
^ lonc, à quelques exceptions près, ce
* : grand art de la parole! une arme entre
i^ ' lelateurs et des captateurs de testaments !
PASSIÉNUS;
Si tous les déclamateurs cités par Sénèque n'ont ni l'abondance ni la facilité des Hatérius, ils n'en ont pasnon plus l'àme faible et rampante. Les deux Passiénus, sans être exempts de reproche, ne furent pourtant pas des adulateurs sans vergogne, des délateurs infâmes, comme les deux orateurs précédents. Le père, Caïus Vibius Passiénus, est mentionné par Eusèbe au titre de déclamateur remarqvable. Il fallait qu'il eût du mérite, du renom même, pour qu'Auguste lui recommandât Asinius ^Pollîon, l'un des premiers orateurs depuis la mort de Cicéron. Pollion, à la vérité, négligea la recommandation d'Auguste ; mais pourquoi ? Pour que l'éclat de Passiénus n'obscurcît pas sa propre réputation. Sénèque l'accuse, sans doute, d'être un rhéteur sec; mais.il ajoute aussitôt rempli de finesse^. « Notre cher Passiénus, dit Cassius Sévérus, commence-t-il à parler ? l'auditoire se disperse aussitôt après l'exorde, mais revient tout entier à la péroraison.. Le milieu de son discours n'est écouté que par
4 Ami,, VI, 4 . — * Ann.t xii, 58. — • Contr., v, préf.
2U2 L ÉLOQU^i^CE SOUS LES CÉSARS.
ceu?[ à qui il est nécessaire ^. » C'était donc, d'après un juge aussi compétent, un orateur brillant et pathétique, mais sans les qualités sérieuses qni constitnent le Téritdbk talent. Un déclamatetur obscur, un certain Oscus Pacatos, lui infligea un nom obscène en mettant en grec la première syllabe de son nom : de Passiénus il fit, suiTant les uns, Pkyssiênus^ composé des deux mots, ^oovs sootBel, et atvoç, que nous nous dispenserons de traduire; soirant les autres, l^aschaenus ou Paihicus, appellations tout aussi malsonnantes. Ainsi, cl après Oscus, Passiénus aurait été, comme tant d'autres anciens, infecté de ce yice honteux que les soldats jetaient à la face de César, le jour même où il montait au Capîlole. Maïs ce n'est peut-être qu'un bavardage dont Sénèque s'est rendu l'écho, et qui ne doit pas nous faire fermer les yeux sur un homine distingué. Et puis, de tels détails ne nous réyèlent-ils pas excellemment l'état des mœurs romaines à l'époque qui nous occupe ? Ce Passiénus mourut la même année qu'Auguste. Le fils, Passiénus Crispus, est plus célèbre : l'histoire s'en est souvenue. Sénèque lui accorde beaucoup d'éloquence, éloquent issimus^ et le met à la lêle des orateurs de son temps. Ce fut un homme puissant, non-seulement par la parole, mais par ses deux consulats et par ses deux mariages, le premier avec Domitia, petite-fille d'Antoine, et l'autre avec la seconde Agrippine, la mète de Néron. Il est à présumer que de si hautes alliances ne contribuèrent pas médiocrement à son élévation politique et à l'état florissant de sa fortune. Son premier consulat doit appartenir au règne de Tibère ; quant au second, la date en est fixée à l'an 44, sous Claude. Suétone nous atteste son mariage avec Agrippine, en nous apprenant que Néron hérita de son beau-père Crispus Passiénus ^. Un passage de
* Contr., III, Exe. y préf. — > Suét, Wr., 6.
Pline l'Ancien est encore plus explicite : « Il y a, dit-il, sur une colline, près de Tusculum, un bois consacré à Diane. De mon temps, l'orateur Crispus Passiénus, connu par son mariage avec Agrippine, avait l'habitude de baiser et d'embrasser un arbre magnifique qui s'élevait dans ce bois de hêtres ; il l'aimait au point de coucher sous son faite et de l'arroser avec du vin *. » A ce goût passionné pour la nature qui devait plaire au naturaliste, Crispus Passiénus joignait un esprit, une finesse remarquables. Sénèque, qui en fait l'éloge, qui vante même sa philosophie, lui prête un mot assez joli : Adulationi opponimus ostium, non clnudtmus 3. Il nous le représente aussi comme un homme de sens, bien au fait des hommes et des choses de son temps. « Passiénus aimait mieux le jugement que les bienfaits de certains individus ; pourcertainsautres, c'était le contraire. J'aime mieux, par exemple, disait-il, le jugement que les bienfaits d'Auguste, les bienfaits de Claude que son jugement^i » Tacite nous a conservé un autre mot fort juste et fort spirituel de Passiénus au sujet de Caligula : « Il n'y avait jamais eu, selonliii,.de meilleur esclave et de plus détestable maître que ce jeune prince ^. » Quant à son éloquence, outre les témoignages déjà rapportés, nous avons encore celui de Quintilien, qui dit avoir entendu dans sa jeunesse son heou plaidoyer pour Volusénus Catulus. Dans son Institution, il veut que quelquefois l'avocat tâche de concilier les parties dans la péroraison : « C'est ce dont s'acquitta à merveille Passiénus, lorsqu'il défendait les intérêts pécuniaires de sa femme Domitia contre son frère Œnobarbus. Après s'être longtemps étendu sur le lien qui les unissait tous les deux : — Rien ne vous fait moins défaut, ajouta-t-il, que ce qui est le sujet même de votre contestation *. » Ce passage fait
1 XVI, 44. — « 0. Nat.y IV, préf. — » De Ben.^ i, 16. — * Ann., vi, 20, -. 5 inst Or., vi, 1.
294 l'kLOQUENCE SOCS LES CÉSAnS.
honneur à sa loyauté d'avocat, et confirme ce que nous avons déjà dit de son premier mariage et de sa haute position. On aime à s'arrêter sur de tels caractères, plus rares à mesure que nous nous éloignons d'Auguste. On ignore à queUe époque et comment mourut Passiénus. Seulement son nom se retrouve sous Néron, probablement à propos de son fils, disciple de l'orateur Julius Africanus, au dire de Pline le Jeune. Et, si nous le constatons, c'est pour prouver une fois de plus que bien souvent le talent de la parole se transmettait chez les Romains à Fégal du patrimoine, surtout dans les familles patriciennes, plus fidèles d'habitude aux idées et aux professions libérales.