PART. VI. — XIV. MAM. SCAURUS
Taction. Il publia quatre livres de Couleurs, que notre cher Gallion appelait les livres d*Antiphon ; tant elles étaient remplies de rêves incohérents, somniorum. Ce défaut, il l'avait contractéchez les anciens rhéteurs, q uin' approuvent les couleurs que lorsqu'elles sont irréfutables, quand même elles ne seraient pas tout à fait convaincantes d'ailleurs. Junius Othon, toutefois, se tirait convenablement des controverses, qui demandent de la prudence *. tu Le fils embrassa la profession du père. Quand il entra dans l'accusation de Silanus avec Brutidius Niger et Mamercus Scaurus, il tenait depuis longtemps, au rapport de Tacite, une école de déclamation à Rome ; devenu sénateur, grâce à Séjan, il cachait l'obscurité de ses débuts par son impudence et par son audace *. » 11 prospéra sous Tibère ; mais, la dernière année du règne de ce prince, son talent et sa fortune ne purent lui épargner l'exil ; voici à quelle occasion, a LœliusBalbus avait accusé du crime de lèse-majesté l'ancienne épouse de P. Vitellius, Âcutia ; après la condamnation de cette femme, au moment où l'on votait une récompense à l'accusateur, Junius Othon intercéda comme tribun du peuple. De là naquit entre Balbus et Othon une haine qui amena l'exil de ce dernier ^. » Ce n'est pas, avouons-le, sans plaisir que l'on voit sévir ainsi contre de pareils hommes ; la perversité trouve tôt ou tard son châtiment.
Pourquoi faut-il que le' grand nom de Scaurus se trouve mêlé à de pareilles infamies ! Mamercus, dans l'affaire de Silanus, eut beau s'appuyer sur l'exemple des jeunes orateurs d'autrefois , il n'en devint pas moins ainsi l'opprobre de ses ancêtres, qu'il déshonorait par un tel métier *. Nous ne sommes encore qu'au tiers du règne de Tibère, et un descendant des anciens ^Ëmilius, un pur patricien, ose parler de la divinité d'Auguste ! Quel abaissement, ou plutôt
* Conir.^ ii, 9. — > Ann.^ m, 66. — ^ Ann,y vi, 47.— * Ann.^ m, '66.
quelle lâche hypocrisie ! Là ne s'arrêta pourtant pas pour Scaurus le métier de délateur : dix ans après, il rentre encore dans cette triste arène ; mais, cette fois, Tibère voulut que la cause s'instruisît au sénat, en sa présence, et commanda l'ajournement. C'est que la patience du prince commençait à se lasser : la protection de Séjan lui avait trop longtemps ravi une victime. Mamcrcus fut, à son tour, accusé une première fois du crime de lèse-majesté par un méchant et vil rhéteur, dont Sénèque nous a conservé le nom *, sans rien préciser ni sur l'issue ni sur la date de cette accusation. La seconde, celle qui décida dé son sort, nous est, grâce à Tacite, mieux connue: Ce qui fit du tort au vieil orateur, ce ne fut pas tant d'avoir été l'ami du ministre tombé, que d'être l'ennemi de Macron, le ministre debout qui n'était pas moins à redouter. Macron incriminait un sujet de tragédie traité par Scaurus, et un vers qu'il prétendait faire allusion à Tibère. Cette tragédie (car Scaurus s'occupait aussi de poésie) était intitulée Atrée:^ et le vers en question, tiré d'Etiripide, était <ielui-ci :
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Quand Tibère en eut connaissance, croyant le trait dirigé contre lui, et se reconnalssailt dans Atrée à cause des meurtres qu'il avait commis : « Scaurus finira comme Ajax, » s'écria- t-il*. D'un autre côté, les accusateurs reprochaient à Scaurus d'avoir été l'amant de Li vie et de s'être livré à des sacrifices magiques. Scaurus, en digne descendant des anciens iEmilius, finit en effet comme Ajax : sur les instances de safemme Sextia, qui fut l'instigatrice ef la compagne de sa mort, il prévint sa condamnation par le suicide, l'an 34 ^ Une pareille fin est heureuse pour sa mémoire ; néanmoins
*'SMfl5., II. - * Dion., Tibère. — s Tac, Ann,^ vr, 29.