‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 94 sur 106 · PART. VI. — XXI. FABIANUS · texte numérisé non relu

PART. VI. — XXI. FABIANUS

maîtres que lui donne Sénèque le père sont, en clTcl, de ce temps-là. Avant de passer à la philosophie, il s'exerça, selon l'usage, à la déclamation, et parut môme, non sans éclat, au barreau, a Le premier, dit Sénèque, il y introduisit )a plaie dont il souffre aujourd'hui K » Quelle était cette plaie dont s'inquiète aussi Quintilien ? Il semble que ce fut l'emploi exagéré de certaines tom-nures, qui prétendent parer le style au détriment du naturel et de la simplicité. « Cassius Sévérus, avant d'être accusé par Fabianus, lui avait dit en face :Tu es comme éloquent, tu es comme beau, comme riche. » Puis dans un jeu de mots que notre langue est impuissante à rendre, il ajouta : Unum tantum es^ non quasi ^alapam^. Cassius Sévérus, connu pour sa mauvaise langue, pouvait surfaire la patience de Fabianus ; mais son goût était trop sûr pour ne pas démêler cette affectation ridicule, dont Fabianuscroyaitembellir sa diction. Sénèque, à qui nousdevons cette anecdote, ne dit d'ailleui-s pas d'une manière positive que ce Fabius ait été le môme dont il parle autre part, et qui fut ensuite Tami du précepteur ùc. Néron. Tacite aussi ^ mentionne un certain Fabius Ma\imus, ami d'Auguste, fameux par le bavardage de sa femme, et que nous avons vu la cause innocente de l'exil d'Ovide. Est-ce le môme personnage ? Sont-ce deux ou trois personnages différents? C'est ce qu'il nous est difficile de décider. Quoi qu'il en soit, une chose est constante, l'identité du Fabianus des Controverses et du Fabianus des Lettres à Lucilius, et cela nous suffit; il nous répugnerait trop de retrouver dans l'ami de Sénèque le délateur de Cassius Sévérus.

« L'exercice de la déclamation, dit Sénèque le père à Mêla, te servira dans le genre de vie que tu as adopté, comme il a servi à Fabianus ; tout en écoutant le philoso-

1 Contr.^t II, 12. ^ * Id, — 3 Ann,, i.

phe Scxtius, Fabianus n*en déclamait pas moins quelquefois et avec tant de soin, que vous auriez juré que la déclamation était son unique étude, et non une préparation à la philosophie. Il eut pour mattre le rhéteur Blandus, qui tint école à Rome malgré son titre de chevalier. Jusqu'à Blandus des fils d'affranchi avaient le monopole des plus nobles professions, et, grâce à un sot préjugé, il y avait déshonneur à professer ce qu'il était honorable d'apprendre. Fabianus passa plus de temps à l'école de Blandus qu'à celle d'Arellius Fuscus, à l'époque où déjà il n'étudiait plus l'éloquence pour elle-même. Il accordait peu d'heures à la déclamation, et moi, qui étais aussi jeune que lui, je ne l'entendais pas toutes les fois que je le voulais, mais lorsque l'occasion s'en présentait. Il dépouiUa, quand il voulut, ce luxe de paroles (allusion probable kldi plaie qu'il l'accuse d'avoir introduite dans l'éloquence judiciaire) ; mais il ne put éviter Tobscurité, qui le suivit jusque dans la philosophie. Souvent il dit moins qu'il ne faut pour se faire entendre ; et dans son talent oratoire, si grand et si simple à la fois, il garde des traces de ses anciens défauts. Certaines de ses phrases ont une chute si soudaine, qu'elles sont hachées, plutôt que concises. Mais ses pensées avaient de la grâce, et toutes les fois qu'un sujet lui permettait de s'élever contre son siècle, son attaque avait plus d'ampleur que de vivacité : la force oratoire, le feu de la lutte, lui manquaient. Sans travail aucun, sa parole brillait d'un éclat en quelque sorte naturel. Quand il parlait, son air était doux et calme, à Tiniage de son caractère. Sa voix n'avait rien de tendu ; son extérieur n'affichait aucune gravité, parce que sa parole coulait comme d'elle-même. Son âme tranquille et réfçlée, retenant ses véritables passions et bannissant la colère comme le ressentiment, ne pouvait guère bien contrefaire ce qu'elle fuyait avec soin. Il était donc plus apte aux Suasoriœ : l'assiette des lieux, le cours des fleuves, la position

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