‹ L'éloquence sous les CésarsChapitre 98 sur 106 · VIBIUS CRISPUS · texte numérisé non relu

VIBIUS CRISPUS

Marcellus Éprius trouva un digne émule dans son ami Vibius Crispus, éloquent et vil délateur comme lui. Aper, qui les cite tous deux à Maternus pour l'engager à renoncer à l'art infructueux des vers, nous donne seul quelques indications sur son origine. Crispus naquit à Yerceil, d'une famille obscure et pauvre ; il naquit, de plus, contrefait et disgracié de la nature, habitu corporis contemptus ; ce qui ne Tempècha pas de faire son chemin. Par quels moyens? Nous allons en juger. Sa jeunesse et son éducation ne sont pas mieux connues que celles d*Éprius ; il est à présumer qu'il fit ses premières études dans son pays natal ; nous avons déjà vu qu'à cette époque les maîtres de rhétorique et de grammaire pullulaient depuis longtemps jusque dans les provinces les plus éloignées. Crispus ne dut pas, néanmoins, tarder de venir à Rome, où s'établissaient les grandes réputations et les grandes fortunes. Un talent et un caractère comme les siens étaient faits pour y réussir de bonne hoiire ; la délation était un métier si facile et si lucratif! Peut-être aussi son frère Vibius Sécundus, déjà chevalier et probablement son aîné, lui fraya-t-il les voies. Quoi qu'il en soit, à l'exemple de Marcellus encore, il fît ses débuts sous Néron, puisque nous le voyons déjà en crédit vers Tan 63 ou 64 de notre ère. Son frère revenait de la Mauritanie qu'il avait spoliée sans doute, puisqu'aussitôt après son retour il fut mis en

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accusation par ses administrés, et que la faveur et les efforts de Vibius Crispus furent impuissants à le sauver de l'exil où il fut envoyé pour concussion. Les charges devaient être graves, attendu que Tacite ajoute que l'éloquence de son frère le sauva d'une punition plus sévère *. Cette apparition de Crispus dans les œuvres de l'immortel historien fait, du moins, honneur à ses sentiments fraternels. Lorsque Néron tomba, la réputation et le crédit de Crispus étaient fondés ; mais à quel prix ? Ses victimes allaient relever la tète et le sénat avoir des velléités d'indépendance ; ce n'étaient ni Galba ni Othon, occupés de s'entre-détruire ou de résister à d'autres compétiteurs, qui étaient en état de tenir, comme Néron, le sénat asservi. Mais Vibius, en politique habile, avait aussi son parti, redoutable par le nombre et par la richesse ; de plus, il louvoya et sut captiver tour à tour la faveur de ces maîtres éphémères. Il fut même l'un des intimes de Vitellius, ainsi que Dion l'atteste. « Tous les convives de Vitellius mouraient de leurs excès de table; l'un d'entre eux, Vibius Crispus, tomba malade, et pour ce motif resta plusieurs jours sans assister aux festins de l'empereur ; il assura plus tard avec esprit que sa maladie l'avait sauvé de la mort. » Mais l'intimité de ce César glouton ne fut pas longue : les légions d'Orient venaient de proclamer Vespasien, et Rome changea bientôt une quatrième fois de maître en dix-huit mois ! Vespasien était un autre homme : son absolutisme était plus mitigé et permettait comme une ombre de liberté. Les passions aussitôt de fermenter au sein de la curie, et la division de renaître parmi les pères conscrits. « Vibius Crispus, que sa puissance, sa fortune et son talent mettaient au nombre des hommes célèbres, plutôt qu'honnêtes, inter claroi magis quant inter bonoSy traduisait devant

1 Ann., XIV, 28.

zru l'éloquencb sous les césars.

le»ènat:Annius Faustus de l'ordre équestre, qui sous Néron amtfaitle métier d'accusateur. Les pères venaient de décidecious Galba qu'on allait instruire l'afiaire des délateurs. G» déereleut des vicissitudes diverses, faible ou redoutable, suiiantique l'accusé était puissant ou sans appui. Outre la tenseur que ce décret inspirait, le propre crédit de Grispus s'«§pliquait à perdre l'accusateur, de son frère^ et il avait entiâiné nae bonne partie du sénat à demander la perte de Uaeeusé sans entendre sa défense. Auprès d'autres sénat0iU!$,tau (Contraire, rien ne servait mieux Taccusé que la paissmoe excessive de son ennemi. Il fallait, disaient-ils, donner du temps, faire connaître les chefs d'accusation ; tout odieiix et coupable qu'était l'accusé, encore devait-on obéirià l'usage et l'entendre. Ge parti eut d'abord l'avantage^tl'aiiBiire fut remise à quelques jours. Puis Faustus fut OHidBmné,;mais nullement à l'unanimité, que sa conduite mittionriète lui aurait méritée. G'est qu'on se rappelait (pie«£ri9pu6 lui-même avait fait avec profit le métier de dateur,;. jce qui déplaisait, ce n'était pas le châtiment de HMOiiéiiiaais l'accusateur ^ » Ainsi Yibius Grispus a soulevé Ja iraine contre lui ; mais il s'est constitué un parti redoutante' qui le met à l'abri de tout péril. Une autre ft>is,>ft0us Vespasien, il affronte une semblable épreuve; mBÎsiilflsfenftire, comme de la première, sain et sauf. La foctiontifesi délateurs est attaquée de rechef en plein sénat. ciilaciitis Africanus, raconte Tacite, n'osait avouer et ne peuvaU'iKnirtant nier qu'il n'eût été délateur ; se tournant contre «Vibius Grispus qui le harcelait de ses questions, il lemoièla auxJfaits qu'il ne pouvait défendre, et échappa à la bakie eniUassociant à ses fautes *. » Que Yibius sortit vainqueur jle ces luttes épineuses, cela s'explique et par son talentjel:^i!«on influence; mais que, pour prévenir l'attaque,

» Tac, Hist., II, 10. — « But,, iv, 41.

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