L'ÉMAIL PEINT EN FRANCK AU XVI SIÈCLE
verrier; il fut encore graveur et peintre. Sans doute dans la pratique de ces derniers arts, il n'est point au premier rang parmi ses contemporains. Cependant une telle multiplicité de talents dénote un esprit curieux, avide de s'instruire, chercheur, ouvert volontiers à toutes les nouveautés. Au point de vue des procédés, à l'époque où Léonard Limosin était en âge de produire, il ne restait guère à innover dans la technique de l'émail; il s'est montré novateur cependant en appliquant l'émail à rendre certaines choses que ses contemporains n'osaient point exprimer par un procédé de réussite aussi chançeuse : c'est lui qui est le véritable inventeur du portrait eu émail, mais du portrait pouvant faire concurrence à la peinture française de la même époque, et laissant bien loin derrière lui des portraits tels que celui de Jean Fouquet, œuvre plutôt d'un miniaturiste que d'un peintre. Par des efforts persévérants, il est parvenu à se rendre assez maître de son art, à diriger assez habilement son travail pour que, dans la plupart des cas, il n'ait rien eu à craindre du feu, auxiliaire nécessaire mais si dangereux à employer. Il fallait qu'un tel ouvrage parût d'une réussite bien douteuse à ses contemporains pour qu'il n'ait pour ainsi dire pas eu d'imitateur. Au demeurant, si les portraits qu'il a exécutés ne peuvent soutenir la comparaison avec les bonnes peintures de l'époque, ce sont encore des documents iconographiques fort précieux et d'un coloris souvent agréable, étant donné les moyens d'exécution dont il disposait. Ils peuvent sans trop de désavantage lutter avec les portraits du xvie siècle français, et l'on comprend parfaitement la vogue que ses
œuvres ont ou h cette époque, et le goût très prononcé que professent encore aujourd'hui la plupart des amateurs pour des œuvres qui, même si l'on ne tient compte delà difficulté vaincue, sont réellement dignes d'attention, vraiment belles, et souvent d'une admirable harmonie de ton.
C'est une erreur de croire que Léonard Limosin est venu très jeune à la cour de François Ier. Toute la première moitié de sa vie s'est passée à Limoges et comme ses confrères il a commencé par copier des estampes; ce n'est que beaucoup plus tard, alors que peintre-émailleur des rois François 1er et Henri II, il recevait des commandes réellement importantes, qu'il a travaillé d'après des patrons dessinés tout exprès pour lui. Comme ses confrères aussi, son éducation s'est faite à l'aide des estampes flamandes ou allemandes. La date la plus ancienne que Ton ait relevée sur l'une de ses œuvres, la date de 1532 se lit sur une série de dix-huit plaques représentant la Passion, d'après Albert Durer; mais peu d'années plus tard, il est converti à l'art italien : en 1555, il copie l'histoire de Psyché, gravée par le Maître au Dé d'après les dessins de Raphaël. On peut voir au Musée du Louvre deux plaques de cette série qui dénotent une très grande habileté dans la pratique de l'émaillerie ainsi qu'une connaissance du dessin très supérieure à celle de la plupart de ses confrères. A partir de ce moment l'évolution est complète I il n'a plus entre les mains que des patrons italiens ou des patrons dessinés par les peintres au service du roi de France.
Ce ne fut qu'en 1548 qu'il devint définitivement valet de chambre et émailleur du roi; mais bien avant cette
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date, il travaillait déjà pour la cour; sa fortune, on le voit, fut sensiblement plus rapide que celle de Palissy, esprit supérieur, qui usa la moitié de sa vie en des recherches que nous avons peine à comprendre aujourd'hui, mais qui en font un des grands esprits du xvie siècle.
Dès 1545, Léonard recevait une commande du roi François Ier; il s'agissait d'exécuter les cartons d'un peintre français, Michel Rochetel, une série de grands émaux à fond blanc représentant les douze apôtres. Ces émaux après avoir décoré la chapelle du château d'Anet, sont aujourd'hui conservés dans l'église Saint-Père, à Chartres. Tout porte à croire que notre émailleur répéta au moins deux fois la même série, car deux pièces d'une suite semblable se trouvent au Musée du Louvre. Ce qui donne de l'intérêt à ces figures d'apôtres, dont le dessin laisse parfois un peu à désirer, c'est l'idée originale qu'a eue le peintre de donner à chaque apôtre le visage d'un personnage contemporain. C'est ainsi que François Ier est représenté en saint Thomas, et l'amiral Chabot en saint Paul. Les fonds blancs, le travail très large des draperies, presque entièrement exécutées au pinceau, mais très largement, donnent à ces émaux, terminés sans doute en 1547, ainsi que semble l'indiquer la date tracée sur l'un d'eux, l'aspect de faïences plutôt que d'émaux sur cuivre; et si ce sont des morceaux importants, dont il faut tenir compte dans l'œuvre de Léonard, on doit cependant avouer que ses émaux de plus petites dimensions sont toujours supérieurs.
Devenu en 1548 valet de chambre et peintre-émailleur ordinaire du roi, il porta ce titre presque sans interrup-
(ion jusqu'en 1574. Jl est à croire que ce fut surtout à partir de 1548 qu'il s'adonna à la peinture des portraits des grands seigneurs de la cour de France et des personnages les plus célèbres de son époque; cette série forme en somme la partie laplus intéressante de son œuvre. Il ne peut être question ici de dresser une sorte de catalogue des émaux de Léonard Limosin qui figurent en très grand nombre dans les collections. Nous voudrions toutefois signaler quelques-uns des principaux. En première ligne il faut placer les deux grands tableaux que possède le Louvre et qui étaient autrefois conservés à la Sainte-Chapelle. Us furent exécutés en 4555, ainsi que l'attestent les inscriptions tracées par Léonard lui-même sur plusieurs des plaques qui les composent. Chacun de ces tableaux est formé de vingt-trois plaques de différentes grandeurs, assemblées dans une monture de bois doré. Les motifs principaux sont la crucifixion et la résurrection, et une série de figures d'anges portant les instruments de la passion. Au bas de l'un des tableaux se trouvent les portraits du roi François Ier et de la reine Éléonore; au bas de l'autre, ceux d'Henri II et de Catherine de Médicis. Chacun des tableaux mesure plus d'un mètre de haut; les émaux de couleur, joints à un emploi fort judicieux des paillons et des rehauts d'or, en font les œuvres à la fois les plus éclatantes et les plus harmonieuses de ton qui soient sorties des mains de Léonard. Ce qui rehausse encore beaucoup le mérite de ces émaux, c'est que pour leur exécution, le peintrc-émailleur n'a pas été forcé de copier ses compositions sur un modèle banal; c'est d'après des dessins exécutés tout exprès par le
Portrait d'Èléonore d'Autriche, reine de France, par Léonard Limosin. (Musée de Cluny.)
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peintre Niccolo dell'Abbate qu'il a travaillé, et on possède encore aujourd'hui quelques-uns de ces charmants corquis, dont les contours, percés de trous d'aiguille, indiquent que Léonard a décalqué sur ses plaques les originaux sortis des mains du peintre italien. Dans ces pièces Léonard a mis en œuvre toute la science de rémailleur: il a usé de tous les procédés connus de son temps, et ce n'est pas un de ses moindres mérites que d'avoir su parfaitement varier avec les différents effets qu'il voulait produire les différents modes d'exécution de la peinture en émail : le dessin sur le cuivre, sur paillon, sur apprêt, par enlevage, se marie sous sa main avec une é(onnante virtuosité que l'on ne retrouve à ce degré chez aucun autre de ses confrères, pas même chez ce Jean II Pénicaud dont tant d'œuvres sont dignes d'éloge.
Quand nous aurons signalé dans l'œuvre de Léonard Limosin un grand tableau qui fait partie de la collection Spitzer, exécuté d'après une gravure de Marc-Antoine Raimondi, connue sous le nom de Quos ego, gravure qui retrace en plusieurs compartiments les aventures d'Enée après son départ de Troie et à laquelle la fameuse interjection que Virgile place dans la bouche de Neptune a donné son nom; un grand plat représentant le festin des dieux d'après la composition de Raphaël, plat exécuté pour le connétable de Montmorency et dans lequel tous les personnages offrent les traits de seigneurs de la cour des Valois (ancienne collection Fountaine) ; les plaques exécutées en émaux de couleur et en grisaille que possèdent le Musée du Louvre et le Musée de Cluny, qui tous deux sont riches en œuvre de Léonard, c'en
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sera assez pour donner des échantillons de son talent très varié. N'oublions pas non plus un trictrac accompagné d'un échiquier, au Louvre, qui fournit un exemple très intéressant du goût que Léonard Limosin savait déployer dans une simple décoration.
Comme nous l'avons déjà dit, Léonard Limosin a employé toutes les ressources de l'émaillerie : non content de faire de simples grisailles, il les a parfois glacées d'un ton bleu clair, qui semble vouloir imiter les camaïeux bleus et blancs que faisaient les miniaturistes du xvie siècle; il a employé le même système de peinture dans les émaux à fond blanc, en variant les tons; il a peint aussi, et il paraît avoir été le premier à employer ce procédé, sur des plaques où le sujet était préalablement repoussé en fort relief. La connaissance* et le maniement de tous ces procédés lui ont été particulièrement utiles dans la confection des portraits qui réclament une dextérité, une connaissance beaucoup plus grande de tous les tours de main du métier .
Sauf dans des cas très rares, les portraits exécutés par Léonard, non point en reproduisant des dessins exécutés par lui-même d'après nature, mais en suivant des modèles qui lui étaient fournis par ces portraitistes de profession qui nous ont laissé pour le xvie siècle une si charmante iconographie dessinée au crayon, se détachent sur un fond bleu, A peine peut-on citer deux ou trois exemples comme le portrait de Calvin, de la collection Spitzer, où il a fait usage des émaux translucides, vert ou couleur tannée. Afin de donner plus de profondeur, d'éclat à ces fonds bleus, il les appliquait sur un fond
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blanc qui recouvrait toute la plaque. Quant aux figures, elles sont exécutées tantôt par enlevage, tantôt peintes directement sur le fond; le modelé se fait au moyen de bistre, de différents tons, ou de rouge. Cette der^ nière couleur, qui au feu se glace fort mal, a dans cer-
Lhasse au lion. Émail on relief exécuté par Léonard Liniosin d'après une plaquette de bronze attribuée à Moderno. (Collection de M. le prince Czartoryski.)
tains cas communiqué un aspect dur aux portraits de Léonard Limosin. Mais, en général, quand ces tons rouges ne sont pas trop chargés, la pièce a l'apparence d'une peinture d'un modelé habile et parfaitement fondu. Les vêtements, le plus souvent noirs et rehaussés d'or, plus rarement exécutés en émaux translucides, sont traités
dans quelques portraits d'une façon assez sommaire; c'est la partie vraiment inférieure du travail de Léonard. La difficulté pour modeler les noirs était extrême et l'émailleur n'avait d'autre ressource que d'y multiplier les lumières au moyen des rehauts d'or; et comme très souvent ces rehauts d'or ont disparu, il s'ensuit que les têtes semblent émerger d'une masse noire dans laquelle l'œil a de la peine à discerner des plans.
Primitivement ces portraits étaient munis de cadres en bois enchâssant des plaques d'émail exécutées en grisaille; mais la plupart de ces encadrements ont disparu; l'un d'eux, qui subsiste à peu près dans son intégrité, celui du portrait du connétable Anne de Montmorency, appartient au Louvre. Ce portrait est du reste un des plus beaux qu'ait peints Léonard Limosin. On peut voir dans le même musée d'autres portraits très beaux dus au même maître : Henri II, François II, François dé Lorraine, duc de Guise, Catherine de Médicis, le comte Reingrave, colonel des reîtres de Henri II, etc., etc. Le Musée de Cluny possède aussi toute une série de portraits, dont les plus intéressants sont ceux d'Éléonore d'Autriche, seconde femme de François Ier (daté de 15o6); de Claude de Lorraine et de sa femme Antoinette de Bourbon, de Catherine de Médicis. Diverses expositions ont fait connaître un assez grand nombre de ces portraits : ceux de Marguerite de Valois, reine de Navarre, de Catherine de Médicis, de Marguerite de France, duchesse de Savoie, de Catherine de Lorraine, duchesse Montpensier, des cardinaux de Lorraine, de François Ier et de Claude de France, de Louis de Gonzague, duc de Nevers, de Jacques Amyot, de Calvin, de Luther, etc., etc.
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On n'a jamais encore, à notre connaissance, dressé une liste complète de ces portraits disséminés dans les collections publiques ou privées, œuvres fort précieuses au point de vue iconographique et dont un certain nombre sont d'une réelle beauté. Les prix que ces portraits atteignent aujourd'hui dans les ventes témoignent assez de l'admiration que professent pour eux les amateurs.
Si nous voulions faire une monographie complète de Léonard Limosin, il nous faudrait mentionner une foule de diptyques, de triptyques, de plaques détachées qui ont pu servir à décorer des meubles, de pièces de vaisselle, coffrets de toutes formes et de toutes dimensions; mais une semblable énumération ressemblerait trop à un catalogue de l'œuvre du maître et excéderait les limites de notre travail. Un mot cependant avant de terminer : pour la plupart de ces objets, il n'est pas très difficile de se rendre compte de la destination qu'ils avaient dans le mobilier du xvie siècle ; les portraits demandent seuls un mot d'explication. Quelques-uns ont pu être conservés à l'état isolé; mais beaucoup d'entre eux ont fait partie de séries iconographiques très nombreuses, destinées à la décoration de salles entières. C'est ce qui explique le nombre relativement considérable de ces pièces, dont beaucoup sont de mêmes dimensions : on avait une série de portraits peints en émail, comme on avait une série de portraits peints sur bois ou modelés en cire. L'émail, avec ses tons éclatants et perpétuellement frais, servait à souhait cette mode de la Renaissance.
Nous avons dit que Léonard Limosin avait été aussi graveur et peintre. Il existe en effet à la Bibliothèque natio-
nale quatre estampes sur cuivre, datées de 1544, qui
Portrait de Claude de Lorraine, duc de Guise, par Léonard Limosin. (Musée de Ckmy.)
portent sa signature. Elles font partie d'une suite représentant la Passion, et tout porte à croire que la suite a été
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Portrait d'Antoinette de Bourbon, femme de Claude de Lorraine, par Léonard Limosin. (Musée de Cluny.)
sentant la même série de sujets, la copie de quelquesunes de ces estampes. Près de la signature de Tune de ces
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gravures est figuré un vase, une aiguière, dont nous allons expliquer tout à l'heure le sens. Quant à la peinture de Léonard, elle ne nous est connue que par un très grand tableau peint sur bois, représentant l'Incrédulité de saint Thomas. Ce tableau, daté de 1551, appartient à la ville de Limoges, et il y a tout lieu de croire que l'apôtre qui dans ce panneau porte un livre sur lequel se lit la signature, est le propre portrait de notre émaillcur. Un écusson peint au bas de cette médiocre composition, dans laquelle le style de l'école de Fontainebleau se fait sentir dans le dessin, sinon dans la couleur, qui est extrêmement pauvre, donne sans doute les armoiries de Léonard : un chevron accompagné de deux croisettes en chef et d'un vase de fleurs en pointe. Or ce vase est absolument de même forme que celui que l'on retrouve sur les estampes de l'émailleur, et il n'est pas rare dans les émaux de Léonard de trouver sa signature tracée aussi sur la panse d'un vase de ce genre. Nous avons notamment relevé cette coïncidence, tout au moins curieuse, si elle n'est point voulue, sur un émail du Musée d'Art industriel de Berlin: il n'est donc pas impossible que dans certains cas un vase ait servi de signature à Léonard Limosin.
Disons maintenant un mot des signatures de cet émailleur. On ne connaît aucun poinçon au revers de ses pièces, qui est généralement recouvert de fondant. Les signatures tracées soit en émail noir, soit en or, sont très variées, quelquefois longues, quelquefois réduites aux proportions d'un simple monogramme. Il signe généralement en français, plus rarement en latin : Léonard Limosi; — Léonard, Limosin m. f. (me fecit ou ma fait) ; — Léonard Limosin
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fsmailleur et peindre ordinayre de la Chambre du roy m. f.; — L. L. simplement ou surmonté d'une fleur de lis; Leonardus Lemovicus inventor.
A sa triple profession de peintre, d'émailleur et de graveur, Léonard Limosin a encore parfois joint celle darpentcur, ainsi qu'en témoignent un certain nombre de plans dessinés de sa main. Mais nous ne voulons pas trop insister sur ce dernier point, qui semble prouver cependant qu'il avait une éducation assez complète; nous n'insisterons pas non plus sur les goûts artistiques de notre émailleur : une statuette antique de Mercure, vue par le cosmographe André Thevet dans sa maison de Limoges, ne constitue pas un argument probant pour en faire un collectionneur. Ses émaux suffisent, à notre avis, pour en faire un artiste de premier ordre dans la branche qu'il avait adoptée. Plus que tous ses confrères du xvie siècle, il a su tirer de l'émail peint tout ce qu'il pouvait donner; il a su diriger, avec une habileté au-dessus de tout éloge, une matière difficile, capricieuse, que l'emploi du feu peut modifier du tout au tout en quelques instants, en produisant un chef-d'œuvre ou un objet bon à mettre au rebut. 11 faut beaucoup de courage et de persévérance pour pratiquer cet art, et l'on doit se montrer indulgent pour le juger. Léonard Limosin n'a à craindre en aucune façon que la postérité ne lui rende pas justice; presque toujours ses efforts ont été couronnés de succès et il apparaît bien dans l'histoire de son art comme le maître émailleur par excellence, celui après lequel la peinture en émail ne pourra que déchoir.
Terminons-en tout de suite avec la famille Limosin,
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dont plusieurs membres ont encore pratiqué l'émail! lerie au xvne siècle. Il faut placer en première ligne les deux fils de Léonard, François II et François III, qui signent leurs émaux du monogramme F. L., accompagné d'une date. Nous ne savons au juste la part qui revient à ces deux émailleurs dans les travaux de leur père, et cette part serait d'autant plus difficile à déterminer que tous les émaux qui portent leurs signatures nous montrent des artistes suivant les errements des émailleurs du xvne siècle : abus de rehauts d'or et des émaux colorés sur paillon, modelé des chairs de ton très saumoné. Une plaque que possède le Louvre, datée de 1653, est un bon exemple de leur savoir-faire. Ce sont des artistes médiocres qui n'ont absolument rien des qualités de Léonard. Leurs modèles ne sont du reste pas les mêmes el leur dessin n'est pas des plus soignés. Nous en dirons autant d'un autre Limosin, Joseph, qui a signé une salière du Musée du Louvre, mais qu'il est absolument impossible de faire figurer à un rang exact dans la généalogie de la famille, car on ne sait à qui le rattacher. Lui aussi aime le paillon et la couleur à l'excès. Consul de Limoges en 1616, il aurait prolongé son existence jusqu'en 1666, ce qui autorise à lui attribuer une longévité fort respectable.
Léonard II, neveu de Léonard 1er, né vers 1550, mort vers 1625, est encore un émailleur dont il n'y a pas lieu de faire un éloge bien étendu. Comme ses parents, il émaille en couleur, avec paillons et rehauts d'or; il signe tantôt en toutes lettres, tantôt d'un simple monogramme.
Parmi les autres émailleurs de la même famille un
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seul a quelque mérite, c'est Jean Ier Limosin, qui, bien que sacrifiant au goût de son époque, à l'amour du voyant et au style mis à la mode par les émailleurs qui ont surtout fait des pièces de vaisselle, sait encore apporter beaucoup de soin dans l'exécution de ses émaux et possède un dessin assez correct. On peut voir au Louvre un grand plat ovale signé de lui, qui donne une idée assez favorable de son talent de peintre. Cette composition, qui représente Esther devant Assuérus, est d'un bon style; le bord et le revers du plat portent encore, dans les ornements qui les recouvrent, la trace du goût excellent qui a guidé pendant tout le xvie siècle les artistes limousins dans le choix de leurs motifs de décoration. Ses émaux translucides sont en grande partie appliqués sur paillon, mais le modelé est exécuté avec soin; et, dans le modelé des chairs, s'il abuse des tons saumonés, il faut avouer que son travail, exécuté au pointillé, est des plus fins et des plus soignés. Une autre pièce du même artiste, qui fait partie de la collection Basilewsky, au Musée de l'Ermitage, et représente une chasse à l'ours, est encore une œuvre recommandable ; elle nous fait mieux connaître un artiste qui, au milieu du mauvais goût qui envahissait de plus en plus tes ateliers d'émailleurs, se souvenait encore des traditions du milieu du xvift siècle. Ses pièces sont signées soit en toutes lettres : Jehan Limosin, soit d'un monogramme composé d'un I et d'un L séparés par une fleur de lis ou une croisette ou un point.
Il a certainement existé un autre Jean Limosin, auquel nous donnerons pour le distinguer du premier le nom de
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Jean II. Le premier, étant mort vers 1610, ne peut être le même que l'émaillcur qui a signé en 1619 la girouette émaillée qui surmonte le clocher de l'abbaye de Solignac : Jehan Limosin esmailleur du roy. Au revers on voit le monogramme dont a aussi usé Jean Ier, un I et un L accompagnés d'une fleur de lis. Mais, en l'absence dedate, il n'est guère possible de distinguer les travaux de cet artiste de ceux de Jean Ier, dont il était peut-être le fils; on ne peut d'ailleurs rien affirmer à cet égard. On remarquera, du reste, si l'on prend la peine de feuilleter les travaux très consciencieux et très étudiés que M. L. Bourdery a consacrés aux émailleurs limousins et surtout à ceux du xvne siècle, que la généalogie que nous donnons plus haut de la famille Limosin s'écarte assez sensiblement sur certains points de celle qu'il a dressée. Mais, il le reconnaît lui-même, toutes ces généalogies sont purement hypothétiques ; au milieu de cette foule de prénoms semblables, qui apparaissent avec des dates à de rares et longs intervalles, il faut se résoudre à ignorer bien des filiations, bien des degrés de parenté.
Si nous mentionnons encore Léonard II, Léonard III, et jusqu'à trois François Limosin, en dehors des émailleurs de la même famille que nous venons d'indiquer, c'est uniquement pour que l'on ne soit pas étonné de rencontrer avec des monogrammes ou des signatures semblables des dates très différentes; et ceux-là, du reste, n'ont point créé des œuvres dignes de perpétuer le souvenir des Limosin. Ils se sont montrés ce qu'étaient la plupart des émailleurs de la fin du xvie et du xvir siècle, de bons ouvriers, mais des artistes médiocres.
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Les Noylier ou Nouailher. — Une autre famille dans laquelle les émailleurs se sont succédé jusqu'à la fin du xvin0 siècle, les Noylier ou Nouailher, nous retiendra moins longtemps. Pour le xvie siècle, il ne peut êlre question que des deux Nicolas ou Couly Noylier (peut-être le père et le fils) et de Pierre Ior Noylier. Ici encore se présentent, au point de vue des attributions des émaux signés C. N. à l'un ou l'autre de ces deux Nicolas, des difficultés : le premier, qui était consul de Limoges en 1515, ne peut certainement être le même que celui qui occupa la même charge en 1567, mais qui, à cette époque, devait être âgé, car la première date que l'on rencontre sur les émaux qui lui sont attribuables est celle de 1545. Ce n'est donc que par le style que l'on peut faire un partage équitable entre ces deux artistes ; et là encore, la chose n'est pas très facile, car, sauf de fort rares exceptions, l'un et l'autre sont des émailleurs de second ordre; ils ne sont pas toutefois dépourvus d'originalité ; on pourrait même dire qu'ils en ont trop, surtout dans leur dessin qui est généralement déplorable. Quand, cependant, Couly II Noylier a voulu se surveiller un peu, grâce à sa franchise d'allure, il est parvenu à exécuter des œuvres d'une certaine valeur; ce n'est pas à lui que l'on peut reprocher de trop pousser le travail de ses émaux ; il a une tendance naturelle à faire très lourd et très accentué.
Au premier Couly Noylier, nous serions disposé à attribuer, comme l'a très judicieusement proposé M. Darcel, toute une série de coffrets, à montures de cuivre ou de cuir très caractéristiques, sur lesquels sont représentés fréquemment les travaux d'Hercule ou des jeux
d'enfants; les mêmes patrons lui ont servi à décorer des salières; et les uns comme les autres sont accompagnés d'inscriptions écrites dans une langue dont l'incorrection n'est égalée que par les fantaisies de son orthographe. Ces émaux sont exécutés, généralement,
Coffret peint par Couly I Noylier et monté en cuir ronge. (Collection Spitzer.)
sur fond bleu ou rouge; les sujets ont d'abord été peints en blanc, puis recouverts d'émaux colorés très légèrement en bleu, en vert. L'effet produit par ces compositions est charmant et égale dans certains cas l'harmonie des travaux sortis de l'atelier des Pénicaud. Mais là s'arrête la ressemblance; il ne faut point examiner