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JACQUES

Revmond.

PlEKRE I,

émailleur, marié en 1530, consul en 1 500 el: 1567 ; f 1584.

Martial 1, émailleiu-.

Pierre 11

orfèvre, -i- 1631.

Pierre Ileymond, on le voit par ces dates, est donc absolument contemporain de Léonard Limosin. Si, en général, ses œuvres sont d'un faire plus sec, il faut cependant remarquer que dans certains de ses émaux, les pièces en couleurs, du reste assez rares, il adopte encore une partie des méthodes de procéder qui étaient de mode chez les premiers émailleurs. Mais c'est surtout au commencement de sa carrière qu'il a ainsi travaillé; la plus ancienne pièce signée de lui remonte à 1554, et c'est en 1558 qu'il a exécuté un beau triptyque polychrome qui appartient à M. le baron Gustave de Rothschild : on y voit Louise de Bourbon en prière aux pieds de la Vierge.

L'ÉMAILLEKIE.

Le dessin a déjà les qualités de précision que l'on retrouve dans tous ses travaux, mais les costumes en couleur, l'architecture traitée en brun à rehauts d'or, font encore penser aux émaux de Jean Ier Pénicaud. D'autres fois il remplace le fond noir par un fond bleu, qui apparaît par place, grâce au dessin par enlevage, et les parties émaillées de blanc sont glacées d'émaux translucides. Ce procédé, comme l'a fort judicieusement remarqué M. Darcel, est une survivance de l'ancienne technique.

Mais Pierre Reymond triomphe incontestablement, et c'est ce qui a fait très certainement sa renommée, dans la peinture de la vaisselle dont pendant près de cinquante ans il a fabriqué plus de pièces qu'aucun de ses rivaux : aiguières, plateaux et plats, coupes, salières, assiettes, flambeaux sont sortis par centaines de ses ateliers; car on ne peut croire que toutes les pièces qui portent sa signature aient été fabriquées par lui-même. Beaucoup sont d'un dessin trop faible, d'une facture trop lâchée pour qu'on lui en attribue la paternité. Ce sont les œuvres d'ouvriers travaillant sous sa direction. Ses compositions, exécutées en grisaille, modelées par hachures, les chairs étant plus ou moins saumonées, sont des traductions excellentes des gravures de Marc- Antoine Raimondi et de son école, auxquelles il mélange pour les ornements des emprunts faits à Virgilius Solis, à Androuet du Cerceau, à Etienne de l'Aulne et à Théodore de Bry. On peut même dire que la partie décorative de ses œuvres, les cartouches, les rinceaux, les médaillons composés d'entrelacs, qui ornent le revers de ses assiettes et de ses plats, sont supérieurs, au point de vue de l'effet, aux

L'EMAIL PEINT EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE.

scènes copiées d'après les grands maîtres. L'émail s'accommode mieux de ce genre de travail que de la traduction de scènes dans lesquelles la perspective, le modelé, l'expression des figures jouent un rôle trop important pour que l'on n'ait pas à craindre quelque mécompte dans la cuisson, quelque soin qu'on ait apporté à son travail.

Les travaux d'Hercule; salière par Pierre Reymond. (Collection Spitzer.)

Si, en dehors de quelques travaux exécutés pour la famille de Bourbon, Pierre Reymond n'a pas eu la chance de trouver d'aussi puissants protecteurs que bien d'autres émailleurs du xvie siècle, sa vaisselle a cependant été célèbre un peu partout de son vivant; on peut voir au Musée germanique de Nuremberg des pièces d'un service aux armes de la famille Imhoff, une

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dos plus célèbres familles patriciennes de cette ville au xvie siècle.

Comme beaucoup d'autres émailleurs, Pierre Reymond a aussi donné des cartons pour des vitraux ; peut-être même en a-t-il exécuté lui-même. En tout cas il a peint des miniatures dans les registres de la confrérie de Saint-Pierre du Queyroix, conservés à Limoges.

La plupart des émaux de Pierre Reymond portent une signature : P. Reymon, Reymond, Reymo, Remond et une date; mais fort souvent aussi ce peintre a fait usage du simple monogramme P. R., tracé généralement en émail noir. En somme, s'il ne présente pas un œuvre aussi original que celui de Léonard Limosin, on peut néanmoins le ranger parmi les cinq ou six émailleurs dont le nom est à retenir pour l'histoire de l'art en général et l'histoire de l'art français en particulier.

Jean et Joseph Reymond, dont les émaux portent un monogramme commun à tous deux, I. R., ne sont pas des artistes originaux; pas plus que Martial Reymond, qui signe ses émaux en toutes lettres ou du monogramme M. R. , et qui dans toutes ses œuvres s'est montré partisan de l'école dont Susanne de Court est le représentant le plus caractéristique, l'école de la polychromie à outrance. Il était de son époque, du reste, et les émailleurs de la fin du xvie et du commencement du xvne siècle pensaient avoir assez fait en créant des produits brillants d'où le goût est aussi absent que le dessin.

• Les Courteys. — Comme tant d'autres émailleurs, les Courteys étaient des peintres verriers. C'est au moins ce

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qu'il est permis do conjecturer si, comme il semble nécessaire de le faire, il faut reconnaître dans le Robert Courtoys et le Jean Courtoys, qui, à la fin du xve et dans le premier tiers du xvie siècle, ont exécuté les vitraux

Apollon. Assiette par Pierre Courteys.

(Collection Spitzer.)

de l'église de La Ferté-Bernard, les parents de Pierre et de Jean Courteys, émailleurs à Limoges dans la seconde moitié du xvie siècle.

Nous ne connaissons point la date de la naissance de, Pierre Courteys ; et c'est à tort que M. Bourdery a voulu,

dans ces derniers temps, la fixer à 1552, en s'appuyanl sur un prétendu portrait de cet émailleur peint par luimême en 1559, à l'âge de vingt-sept ans. L'émail sur lequel est basée celte hypothèse n'est pas le portrait de Pierre Courteys; il n'est point signé, ni daté, bien qu'à la vérité il soit très légitime de l'attribuer à ce mai Ire. Au surplus la date de 1545 ayant été relevée par Ardant sur un émail de cet artiste, on est forcé de reporter sa naissance à une date bien antérieure. En revanche, la date de 1568 tracée sur un plat du Louvre est la plus récente que Ton ait rencontrée jusqu'ici. Il ne peut donc être question d'identifier ce Pierre Courteys avec un autre personnage du même nom qui figure dans un document de 1602.

Pierre Courteys peut être considéré comme l'élève ou l'imitateur de Pierre Reymond. Comme lui, il fait surtout des grisailles dans lesquelles les chairs sont saumonées ; il s'en sert pour décorer des pièces de vaisselle ; mais lui aussi, comme Pierre Reymond à ses débuts, met quelquefois en pratique les procédés des premiers émailleurs du xvie siècle, quand il fait des émaux en couleur; de nombreuses pièces de Pierre Courteys rappellent beaucoup, sauf pour le dessin, les émaux sur apprêt des Pénicaud. Le grand retable qu'il exécuta pour la chapelle du château d'Écouen, composé de seize plaques émaillées retraçant les scènes de la passion est un excellent type de ses émaux polychromes. Ce monument est au Musée du Louvre. Enfin, parmi les œuvres de Pierre Courteys, il convient de mentionner les grands émaux représentant des divinités qu'il • exécuta en 1559 pour la décoration du château de Madrid, au bois de Boulogne. Ces émaux, composés de plusieurs

L'ÉMAIL PEINT EN FRANCE AU XVIe SIÈCLE. m

pièces, sont exécutés en relief sur des plaques préalablement martelées suivant les contours du dessin. On peut voir au Musée de Cluny quelques-uns de ces émaux qui rappellent vaguement les décorations polychromes exécutées en terre cuite émaillée par les délia Robbia.

Pierre Courteys n'a aucune règle pour écrire son nom ; il l'orthographie tantôt Courtois, Corloys ou Courteys; il signe quelquefois Pierre Courteys iria fet, comme quelques-uns de ses contemporains; en somme c'est un artiste de second ordre, un imitateur de Pierre Reymond dont il est loin de posséder la très remarquable précision dans le dessin. Ses œuvres non signées peuvent être confondues avec celles de l'un de ses parents, un Martial Courteys, dont il existe quelques émaux marqués du monogramme M. C. Ce dernier vivait encore en 1580.

Quant à Jean Courteys, qu'on ne peut en aucune façon confondre avec le peintre verrier de la Ferté-Bernard, c'est un artiste énigmatique. Il est absolument certain qu'il a existé à Limoges, entre les années 1545 et 1586, un personnage de ce nom, peut-être émailleur; mais les émaux portant le monogramme I.C. nous paraissent devoir être attribués à Jean de Court et non à Jean Courteys. C'est ce que permet d'avancer l'étude des pièces portant une signature in extenso.

Les Court ou de Court. — On peut voir par les pages qui précèdent combien il règne encore d'incertitude sur la personnalité des principaux émailleurs du xvie siècle, incertitude qui ne sera probablement jamais dissipée, car on connaît maintenant à peu près tous les documents qui

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peuvent se rapporter à ces artistes, Pour la famille Court ou de Court, par laquelle nous terminerons cette rapide revue des peintres émailleurs de la Renaissance, nous ne

La Fenaison. Assiette peinte en grisaille par Jean de Court. (Collection Spitzer.)

possédons que des renseignements fort vagues. Toutefois, en réunissant les documents, les dates et les signatures tracées sur quelques monuments, il est possible d'établir l'existence de deux émailleurs du nom de Jean Court au

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xvie siècle. L'un se nomme Jean Court dit Vigier; nous possédons de lui des émaux signés en toutes lettres et datés du milieu du xvil> siècle; l'autre se nomme Jean de Court et, malgré la particule qu'il ajoute à son nom,

Le Mois de Juin. Assiette par Jean de Court. (Collection Spitzer.J

paraît être parent du premier. Le de, loin d'être ici un signe de noblesse, n'est qu'une indication d'origine. Les historiens limousins ont réuni à ce sujet un faisceau de preuves indiscutables dont la meilleure consiste dans les signatures de l'une des parentes de nos émailleurs qui

I/ËMAILLERIE.

écrit indistinctement Suzanne Court ou Suzanne de Court.

Le second Jean de Court est contemporain du premier, puisque il exécuta en 1555 un portrait de Marguerite de France, fille de François 1er, en Minerve, qui a fait partie de la collection de M. le comte de Nieuwerkerke ; mais à la qualité d'émailleur il joignait celle de peintre, et succéda en 1572 à François Clouet, comme peintre du roi. Il vivait encore en 1585, car cette année-là il peignit le portrait de la duchesse de Guise; nous savons d'autre part qu'à cette époque son fils était déjà à la cour, où il avait le titre de valet de chambre du roi.

Un autre témoignagne vient du reste justifier l'hypothèse admettant l'existence de deux émailleurs du nom de Jean Court et de Court. Dans une ode, d'ailleurs d'un style fort douteux, adressée, en 1583, à Dorât par un poète limousin, Jacques Blanchon, nous voyons distinguer clairement Jean Court dit Vigier et Jean de Court :

« Tayseray-je soubs silence La surartiste excellence De l'estimable de Court, Que tout l'Univers appelle L'admirable esprit d'Appelle Yeu en la royale Court?

« Ne reluyra la patrie De la sçavante industrie De mille autres bons esprits, D'un Vigier pour l'esmailheure.

Et de la science meilheure D'un Corteys des mieux appris. »

De Jean Court dit Vigier les œuvres sont rares; et c'est regrettable, car ses grisailles, coupes et bassins, ou ses

Aiguière peinte en grisaille par Jean de Court, (Collection Spitzer.)

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émaux de couleurs, dénotent un artiste des plus habiles, n'ayant point de sécheresse dans le dessin et tirant du procédé de l'cnlevage le meilleur parti possible. Ses œuvres sont signées soit en toutes lettres : A Limoges par Jehan Court dit Vigier, soit de ses initiales 1. C. D. V. C'est encore un très bon émailleur qui peut prendre rang auprès de Pierre Reymond,

L'œuvre de Jean de Court, si, comme nous le croyons, il faut y comprendre les pièces marquées du monogramme I. C. et que l'on attribue hypothétiquement à Jean Courteys, est beaucoup plus considérable. Comme l'a supposé M. Darcel, dont nous adoptons tout à fait l'opinion, Jean de Court, qui signe souvent I. D. C, doit être un élève de Léonard Limosin. On reconnaît dans certaines pièces la facture de ce maître, notamment dans le portrait de Marguerite de France que nous citions tout à l'heure. Mais, malgré ses qualités, la plupart de ses émaux accusent déjà la décadence. Beaucoup d'émaux sur paillon, beaucoup de rehauts d'or, qui à vrai dire s'harmonisent assez bien avec le style légèrement maniéré des artistes de la seconde moitié ou plutôt du dernier tiers du xvie siècle. Son dessin a quelque chose de conventionnel, et ce n'est pas sans une certaine apparence de raison que l'on a donné comme une caractéristique de sa manière le profil aigu et anguleux qu'il donne à tous ses personnages.

Nous arrêterons ici cette revue des émailleurs du xvie siècle. Bien que le jugement du marquis de Laborde ait paru parfois un peu dur à ceux qui se sont occupés des émailleurs des siècles suivants, nous devons avouer avec lui que ces derniers ne sont pas à proprement parler

L'ÉMAILLEIUE.

des artistes : ce sont des praticiens parfois habiles, souvent dépourvus des premières notions du dessin ; et leurs œuvres n'offrent plus guère qu'un intérêt historique; elles nous montrent la continuation des traditions limousines, mais bien altérées; ce n'est pas suffisant pour en faire des œuvres d'art.

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