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CHAPITRE IX

L'émail peint à Limoges au XVIIe et au XVIIIe siècle.

Dans la série des artistes que nous devons maintenant faire passer sous les yeux du lecteur, la première place revient de droit à une femme qui a pratiqué l'art difficile de l'émail, à Suzanne Court ou de Court — elle signe sous ces deux formes — qui, en 1600, habitaitau faubourg Boucherie, à Limoges. Dans quelles relations de parenté était-elle vis à vis des Court que nous venons de nommer? Etait-elle la fille de Jean Court? On serait tenté de le croire, car sa manière procède directement de celle de cet émailleur. Mais empressons-nous d'ajouter qu'elle ne l'imite pas avec beaucoup de bonheur. Ses émaux, où toutes les chairs sont blafardes, ou des rehauts d'or prodigués çà et là sur des émaux translucides appliqués sur paillon essaient en vain de tracer des lignes ou de déterminer un modelé quelconque, peuvent être considérés comme le triomphe du clinquant. A peine dans les bordures, dans les revers des pièces de vaisselle qu'elle a ainsi recouvertes, reparait-il encore une trace de ce goût si fin et si délicat qui avait sûrement guidé ses prédécesseurs. On

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nous trouvera sans doute sévère pour cette artiste ; les Léonard Limosin, les Jean Pénicaud, les Pierre Reymond nous donnent le droit de l'être et l'on se demande, en face de cet abus de la polychromie sans rime ni raison, comment en quelques années une industrie, nous dirons mieux, un art si florissant avait pu tomber si bas. Il faudrait probablement demander compte à la mode de cette décadence. Doit-on supposer qu'au xvue siècle l'industrie limousine subit une crise et que lés émaux d'alors ne furent plus guère destinés à sortir de la province? Cela est assez croyable ; car ce qui nous reste de cette époque ce sont surtout des images de piété, des émaux de peu de valeur, souvenirs de pèlerinage, ou menus objets dont il fallait fabriquer et vendre des quantités considérables pour gagner sa vie. Ce sera aux historiens du Limousin à déterminer les causes de cette décadence profonde, qui n'atteignit pas seulement l'émaillerie mais aussi l'orfèvrerie. M. Guibert n'a-t-il pas montré comment, au xvne siècle,, quand on voulut refaire la châsse d'argent de saint Martial, les descendants des Àlpais, des Chatard, des Vidal, furent obligés de s'adresser à un orfèvre parisien?

Les Poylevé, une ancienne famille de Limoges, ont fourni, au xvie et au xvne siècle, plusieurs orfèvres ou émailleurs : c'est à Jean Poylevé qu'est sans doute dû un beau calice orné d'émaux, daté de 1555, que possède l'hôpital de Limoges, et l'on relève les monogrammes de François et de Jean II Poylevé sur des émaux qui appartiennent à la première et à la seconde moitié du xvne siècle.

H. Poncet ou Ponsset, émailleur .«..proche saint Michel, à Limoges », a mis sa signature au. revers d'une quantité

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de portraits de saint François Xavier et de saint Ignace. Il vivait dans le premier tiers duxvne siècle, et travaillait peut-être déjà au xvie siècle ; s'il exécute ses émaux suivant les anciennes traditions de son art, s'il n'a pas encore adopté les méthodes hâtives des Laudin et des Nouailher, qui vont consommer la ruine de l'émaillerie limousine, il n'en est pas moins un artiste médiocre, un dessinateur peu habile. Pire encore est François Guibert, dont les initiales F. G. et la date 1656 se trouvent au bas d'un portrait de Mathieu Molé, exposé il y a peu d'années à Limoges.

En dehors de ces quelques émailleurs que nous venons GÉNÉALOGIE DE LA FAMILLE LAUDIN.

Noël Ier Laudin, (?) 1586-1681, demeurait au faubourg Manigne.

Jacques Ier, Nicolas Ier,

f 27 mai 1695, f 13 avril 1698

à 68 ans à 70 ans.

(faubourg Manigne). (près des Jésuites) .

Valérie, Noël II, Jacques II,

née en 1622. f 28 octobre 1727, f 8 novembre 1729

-j- 19 décembre 1682. à 70 ans à 66 ans

(faubourg Boucherie). (faubourg Manigne).

Nicolas II, baptisé en 1689, vivait encore en 1739.

Nicolas HT, f 28 mai 1737.

de mentionner et dont le nombre sera forcément augmenté par la découverte de nouvelles signatures, découverte

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qui n'aura du reste rien de particulièrement intéressant, deux familles se sont disputé, au xvne et au xvme siècle, l'honneur d'inonder le Limousin et surtout le midi de la France de plaques, de bénitiers, de coupes, de bourses, d'images de piété, le tout exécuté en émail. On ne peut vraiment, comme nous l'avons déjà dit, attribuer une réelle valeur artistique à ces émaux, qui presque tous font preuve d'une inhabileté de dessin extraordinaire et d'un manque d'originalité déplorable. Toutefois, comme il est nécessaire de connaître ces émailleurs, nous plaçons sous les yeux du lecteur les tableaux généalogiques des Laudin et des Nouailher.

Les Nôylier ou Nouailher ne sont pas des inconnus pour nous; nous avons vu déjà au xvie siècle plusieurs membres de cette famille exercer la profession d'émailleur. Mais leurs descendants étaient bien dégénérés. Nous ne pouvons songer ici à établir la caractéristique de tous les émailleurs dont nous donnons la filiation ; il nous suffira d'indiquer, d'après leurs émaux, les traits principaux qui les différencient des émaux du xvie siècle.

Remarquons d'abord que dans ces émaux du xvne et du xvme siècle, le contre-émail qui, au xvie siècle était, presque sans exception, exécuté en fondant, c'est-à-dire en émail translucide incolore, devient bleu, gris, violet ou brun. Si nous indiquons cette particularité, c'est qu'elle est particulièrement facile à saisir et doit dès l'abord, quand on se trouve en face d'un émail dont on veut déterminer l'attribution, servir à circonscrire les recherches. L'abandon du dessin par enlevage, qui est presque entièrement oublié et par les Laudin et par les Nouailher au

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milieu du xvne siècle, est encore un autre signe dont il faut tenir compte; enfin l'apparition de tons violents pour le modelé aussi bien que pour la coloration des vêtements, les roses, les rouges vifs, les jaunes, sans transparence; appliqués avec une lourdeur de main digne de faïenciers de dernier ordre; des décors en relief, rinceaux blancs rechampis de noir qui décorent les bords des plaques, les pieds de flambeaux etc, sont encore des traits caractéristiques de cette émaillerie complètement démodée et arriérée qui perd chaque jour du terrain. Ce n'est pas à dire qu'il soit très facile au premier coup d'œil de distinguer les œuvres de chacun. Les signatures, nombreuses et souvent accompagnées de dates et d'indications de domicile, y peuvent aider assurément; mais, les prénoms n'étant presque jamais exprimés en loutes lettres, c'est un travail plein de difficultés que de discerner les Nicolas des Noël, les Jacques des Joseph. Un érudit limousin, doublé d'un émailleur de talent, M. Bourdery, a entrepris cette tâche et ses premiers travaux font bien augurer de son succès. Grâce à lui, on pourra d'ici à peu débrouiller l'écheveau compliqué que forment les productions de ces fabricants dont le dernier a vécu jusqu'à notre siècle, juste assez pour voir les émaux de Limoges, même ceux du xvie siècle, tombés dans un oubli immérité. Mais c'est là une éclipse qui n'a pas duré : qui songerait aujourd'hui à envoyer aux chaudronniers les plaques de cuivre sur lesquelles les Limousins ont vulgarisé d*une façon si délicate les chefs-d'œuvre de la Renaissance?

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