CHAPITRE r
L'histoire de la péninsule armoricaine au V siècle confond avec celle du tractus armoricanus tout itier, c'est-à-dire de la vaste région délimitée par la îtice des dignités de l'empire, et comprenant les pronces de la 2* et 3* Lyonnaise, de la Sénonaîse, de aquitaine 1" et 2" (1). Nous n'avons pas à en discuter 9 sources, depuis longtemps étudiées et jugées. Celles > l'histoire des Bretons, des deux côtés du détroit, du ' au IX* siècle, sont, au contraire, de valeur trèsverse et en partie mal connues.
L — Sources propres a la Bretagne armoricaine.
La Bretagne armoricaine, dont l'histoire commence t VI* siècle, n'a pas la fortune d'avoir, à l'époque de imigration, d'historien ni de chroniqueur national, mtinuellement en lutte pour leur indépendance, ansplantés sur un sol en grande partie inculte ou mvert de bois, les Bretons insulaires émigrés en rmorique semblent pendant longtemps uniquement :cupés de guerres et de pillages. Les nombreux ûines qui ont quitté l'île sainte sont aux prises avec 1 sol rebelle ; leur temps se partage entre les travaux
(1) Notitia dignitatum imperii. Ëd. Otto Seeck. Berlin, 1876,
nécessaires à l'existence et les fatigues de leur mission évangélique et civilisatrice au milieu de populations chrétiennes sans doute, mais trop disposées à oublier qu'elles le sont. Aussi n'ont-ils guère le loisir de se livrer, comme les moines d'Irlande, à la culture des lettres. Néanmoins, il n'est pas téméraire de supposer que, sans la grande invasion normande du X" siècle , qui dispersa les moines bretons aux quatre vents du ciel et mit en péril l'existence même de la Bretagne^ nous posséderions de précieuses chroniques. Celles qui nous restent ont été composées en Bretagne à une époque assez récente et sont sans autorité pour la période qui nous occupe. Nous ferons une exception pour la chronique de Nantes. Quoiqu'elle n'aille que de 841 à 984, et qu'elle soit surtout utile à consulter pour cette période si troublée de l'histoire de Bretagne, elle nous révèle cependant certains faits caractéristiques dont nous tirerons grand parti pour éclairer la marche des Bretons en Armorique et la façon dont a dû s'y faire leur établissement (1).
(1) Dom Morice, mémoires pour servir de preuves à l'histoire de Bretagne, I, p. 135-149.
La chronique de Saint-Brieuc, de 377 à 1415 (ibid., p. 7-103), est faite sans ordre, sans critique, et reproduit scrupuleusement toutes les fables de Nennius et de Geoffroy de Montmouth. La seule partie sérieuse est copiée de la chronique de Nantes. Les deuK chroniques de Bretagne allantrunederannéeSll de notre ère à l'année 1356 (dom Morice, Preuves, I, p. 1-8), l'autre de 593 à 1463 (ibid., I, p. 109-117), extraites par dom Morice d'une vieille collection manuscrite de l'église de Nantes et complétées à l'aide de fragments cités par Le Baud, paraL'isent puisées à de bonnes sources, mais sont trop récentes pour faire autorité pour l'histoire de la Bretagne du V* au Vile siècle.
Grégoire de Tours nous fait connaître la lutte acharnée soutenue par les Bretons du Vannetais occidental contre les Francs, et ses récits nous permettent de nous faire une idée assez juste des habitudes et de Tétat des Bretons au VP siècle. On peut aussi tirer parti, à ce point de vue, de quelques passages de Frédegaire, de Réginon, des annales d'Hincmar. Eginhard, Ermold-le-Noir, un moine saxon du temps de l'empereur Arnulphe, auteur d'un poème latin : De Gestis Caroli magni, publié par dom Bouquet (1), nous fournissent de précieuses indications sur l'émigration, ses causes, la façon dont les émigrants se sont implantés en Armorique.
Pour les résultats de l'émigration au point de vue de l'état des personnes^ et des terres, on n'a guère qu'un document dont on puisse se servir avec une entière confiance : le cartulaire de Redon. Ecrit partie au XP, partie au XIP siècle (2), ce cartulaire contient une longue série de chartes depuis la fin du VHP siècle (la plus ancienne est de 797). Le copiste a respecté les documents qu'il avait sous les yeux. La langue des noms de lieux et de personnes qu'on y trouve en si grand nombre en est le plus sûr garant : elle suit avec la plus grande régularité la marche du temps, à tel point que si les chartes n'étaient pas datées, on pourrait fixer à un siècle, et souvent à un demi-siècle près, la date de chacune d'elles. Il est regrettable qu'elles ne remontent pas plus haut, que les plus vieilles soient d'une
(1) Dom Bouquet, recueil des historiens des Gaules et de la France, t. V, p. 148-149. I>e Gestis Caroli magni, lib. IL
(2) De Gourson, cartulaire de Redon, avant-propos, p. 1-11.
époque où la main des CarloviDgiens pesait lourdement
sur la Bretagne, et surtout qu'elles concernent en grande partie une zone bretonisée depuis peu et où la population gallo-romaine devait être assez dense (1).
Le cartulaire de Landévennec, dont on trouve de nombreux extraits dans les mémoires pour servir de preuves à l'histoire de Bretagne de dom Morice, et qu'il serait urgent de publier (2), nous reporterait par certaines de ces chartes à une époque contemporaine de l'émigration, s'il n'était évident par la langue même de ces documents qu'ils ont été fabriqués ou remaniés par les rédacteurs des XI"-XII' siècles. Les copistes paraissent avoir eu entre les mains quelques pièces fort anciennes, mais on n'en peut guère faire usage dans l'état où ils nous les ont trausniises.
§ 2. — Sources particulières a la Bretagne
insulaire.
Les Bretons de l'Ile ont au VP siècle, à une époque
(1) Le cartulaire de Quimperlé, écrit partie au XII*, partie au XlIIe siècle, et dont la Bibliothèque nationale possède depuis cette année une bonne copie (lat. 1427, copie faite en 1881 par M. Maître, archiviste de Nantes), n'offre guère d'intérêt que pour l'époque même où il a été rédigé.
(3) Le manuscrit appartient à la bibliothèque de la ville de Quinsper. Les autres cartulaires, dont les chartes les plus anciennes remontent, et en fort petit nombre, au XI« siècle, ne noue sont d'aucun secours pour l'époque qui nous occupe. Ces chartes ont été publiées en grande pai'tie par MM. Geslin de Bourgogne et A. de Barthélémy dans leur ouvrage : Anciens Evèchéa de Bretagne. Saint-Brieuc, 18'j5-186i, 4 vol. in-S».
contemporaine de rémigration (1), un écrivain de leur race, Gildas. Il ne faut rien lui demander en dehors
(1) La date de sa naissance n'est pas certaine. Au chapitre XXVI de son livre de Excidio Britanniœ, nous lisons qu'il est né l'année même de la bataille du mont Badon, qui aurait eu lieu, suivant les Annales Caml)riœ,en 516. C'est la date gêné* ralement admise. Nous préférons la date donnée par Bède : la victoire des Bretons sur les Saxons, au mont Badon, aurait été remportée 44 ans après l'arrivée des Saxons en Bretagne (Bédé, hist. eccl., lib. I, cap. XYI), par conséquent en 493. Le témoignage de Bède, à défaut d'autres, est décisif. Bède avait de meilleurs manuscrits de Gildas que nous (le plus ancien manuscrit de Gildas est du XII^ siècle); son texte peut seul compléter et éclairer celui de Bède en ce passage. Si l'on admet d'ailleurs, d'après certaines expressions du texte fort obscur de Gildas, qu'il écrivait 44 ans après la bataille du mont Badon, et si on place cette bataille, avec les Annales Cambriœ, en 516, l'ouvrage de Gildas aurait été composé vers 550. Or, dans son épitre, Gildas interpelle le roi de Vénédotie (Nord-Galles), MaglocunuSy qui, d'après les Annales Cambriœ , serait mort en 547. Avec la date de 516, il devient également impossible que Gildas ait été disciple de saint Iltut, comme l'affirment bon nombre d'hagiographes. Iltut, en effet, aurait été ordonné prêtre par saint Germain d'Auxerre, sans doute lors de son deuxième voyage en Grande-Bretagne, vers 447 (Cf. vie de Samson, Acta. SS. Ord. s. Bened. ssecul. I, p. 168; vie de Paul AuréUen, Bibl. nat. man.-lat. 18942,' fol. 115; vie d'Iltut, écrite au XII« siècle, ap. Tliomas Duffus Hardy : Descriptive catalogue of tbe materials relatiug to Irland and Great-Britain, 1. 1, p. 92-93; vie de Dubrice du Xlle s. dans Wharton Anglia sacra II, p. 654-656; vil. Gildae aa. ss. BolL, 31 janv., t. II, p. 958). D'après son biographe de saint Gildas de Ruys, qui écrit au XI« siècle, Gildas serait né QuArecluta^ dans la région de la Glota, chez les Bretons septentrionaux, et aurait été finir ses jours en Armorique, où il aurait écrit ses épltres. V. plus bas, à propos de la mort de Gildas.
le soD époque, quoiqQ'îl ait la prétention de notis Mn onnaltre, dans son livre de- Excidio Britanniœ', 'histoire de son pays avant le VI* siècle; pour toute ette période, il se sert de documents étranj^rs à la îretagne et qu'il ne paraît pas avoir compris. Il ne sait Qême rien de la fondation des églises bretonnes, à lart le martyre d'Alban à Verulam, de Julien et Laron à Civitas Legionum (Caer-Léon), sous Dioclétien ; 1 ne nous apprend rien que nous ne trouvions dana ïusèbe et Sulpîce Sévère (t). Il ne sait pas plus voir ;e qui se passe autour de lui que lire les documents [u'il a sous les yeux ; sa clairvoyance est égale à a science historique, et il serait aussi imprudent l'aller chercher dans VEpistola (2), où il tonne contre les vices de ses compatriotes , une peinture le leurs mœurs, que dans son de Excidio Britanniœ ine histoire de la Bretagne depuis la conquête omaine (3), Comme contemporain néanmoins, son émoignage est décisif sur un point important : Témifration d'une partie de la population insulaire au J* siècle, a la suite des invasions saxonnes ; il a négligé de nous apprendre oit les émigrants étaient allés ihercher un refuge.
Nous mentionnons pour mémoire, parce que son auoritê a été longtemps considérable dans les pays
(1) Schœll, De Ecclesiaaticie Brittonum Scotoramque hiBtoriœ ontibus. Berolini, 1851, p. 11-20.
(3) Nous nous sommes servis de l'édition de Gildaa, donnée lar Pétrie dans ses Monumenta historica britannica. London, 848, in-fol-, p. 1-46.
(3) Voir plus bas, ehap. III, % 1.
oas, l'Historia Britunum, que l'on met géoérale- ,t sous le nom de Neonius, compilation formée au siècle, composée d'œuvres de nature fort diffée. C'est un tissu de fables au milieu desquelles iraissent obscurcis des faits importants sur lesquels lerait heureux d'avoir d'autres témoignages (1). 'histoire ecclésiastique des Angles de Bède est ,e grande autorité non seulement pour les débuts s progrès de l'Eglise anglo-saxonne, mais encore • l'état de l'Eglise bretonne du VI* au VIII» siècle, me Bède reproduit Gildas pour l'histoire de Brele avant le VI* siècle, il nous aide à contrôler et à ifier sur certains points importants le texte aud'hui fort altéré de l'écrivain breton, ïs annales anglo-saxonnes (2) vont de l'arrivée des )ns jusqu'au XP siècle; elles ont eu des auteurs
Schœll, De Kcclesiaat. Britlonum Sootûnimque hiator, buB, p. 37. — Cf. Pétrie, Monum. hietor. britann.,p.6a^. Pétrie, Monument» hietorica britannica, p. 74r75 (intro- ); texte, p. 391466.
listoire d'Âlfred-le-Grand, par le Gallois Asser, qui écrivait i» siècle, la chronique d'Ethelwerd (fin du X* et comsement du XI* Biècle), la chronique de Florent de Worcester I siècle), chronique fondée sur celle de Marianus Sextus, I« siècle, et continuée après la mort de Florent en 1H8 l'en 1141 ; les histoires des Angles de Simèon de Durham, nri de Huntlndon, de Geoffroy Gaimar, ne nous apprennent i, pour l'émigration, rien que nous ne trouvions dans Gildas, lius, Bède et la chronique anglo-saxonne. V. Pétrie, Mon. brit., préface, p. 77-92; pour le texte, de la page 407 à la 839, Nous y avons relevé cependant quelques indications euses pour la situation des peuples celtiques sur le sol lie.
successifs ; le plus ancien manuscrit remonte au IX* siècle. Elles sont précieuses pour l'histoire militaire et la lutte des Saxons et des Bretons ; elles nous seront d'une grande utilité pour fixer la date de l'émigration des principales tribus insalaires passées en Armorique. Les sources auxquelles ont puisé les rédacteurs de ces annales sont inconnues, sauf en ce qui concerne l'histoire religieuse ; sur ce point, ils suivent Bède.
Les annales Cambriœ (nous ne parlons que de celles qu'on a tirées du manuscrit 3859 de la Harleian collection du British MusEeum) (1), semblent commencer aux invasions saxonnes, vers le milieu du V^ siècle, et s'arrêtent à l'année 954. On a prétendu que le manuscrit original était postérieur au XI" siècle ; la langue des noms propres et des mots bretons qui s'y trouvent ne permet pas de douter que les annales aient été rédi* gées au X» siècle. D'après Schœll (2), de l'année 444 à l'année 595, elles semblent puisées à la même source que les annales irlandaises de Tigemach (3) ; ensuite, elles s'inspirent de la chronique de Bède, mais elles rapportent aussi plusieurs faits importants, puisés à des sources qui ont disparu, et évidemment bretonnes. Elles sont très-laconiques et ne renferment aucune des fables
(1) Annales Cambriie ap. Pétrie, Monument, hiet. brit,, p. 830-837; cf. préface, p. 92-94. Dana le raanuBcrit de la Harleian collectiOTi, ces annales se trouvent insérées sans titre ni introduction dana l'Hiatoria Britonum de Nennius.
(2) Schœll, De Ecclesiaat. Brit. Scot. hisl. fontibus, p. 38.
(3) Cf. O'Gonnor, Rerum hibernicarum acriptores. Buckingham, 1820. Annales Tigernachi, t. II, p. 157; cf., p. 50.
jssières auxquelles se complaisent Nennius et Geofy de Montmouth. Tous les critiques les ont prises
sérieuse considération.
Parmi les chroniques en langue galloise, une seule [uelque valeur, le Brut y Tywysogion, ou chronique s princes (de Cambrie). La version qu'en a publiée trie, avec traduction, est tirée d'un manuscrit du V* siècle (A. Jésus Collège, Oxford). Elle est attriée à Caradoc de Lancarvan, qui florissait vers le lieu du XII' siècle (1). Elle procède en partie des nales Camhriœ, mais d'une copie plus complète sans ate, ou plus détaillée que celle que nous possédons (2). Lies triades historiques galloises, dont on a fait tant
bruit, sont des compilations récentes, ne remontant s au-delà du XVI" siècle, et qui n'oot d'autre origilité que de présenter, classés trois par trois, tous les Snements fabuleux racontés par Nennius et Geoffroy
Montmouth (3). Le livre noir de Caermarthen, iueil de poésies du XII* siècle, le livre d'Aneurin, du II" siècle, mais dont une partie, le poème du dodin, paraît remonter à une source beaucoup plus cienne, sont trop obscurs pour que l'histoire puisse
tirer profit (4).
Le plus précieux document écrit en gallois, c'est le ïueil de lois, connu sous le nom de Lois d'Howell da
1) Brut y Tywysogion ap. Pétrie, Mon. hist. Ijrit., p. 8Ui; cf. préface, p. 94-9Ô.
2) Ibid.,p. 841, note a.
3) Tbe Myvyrian arcliœology of Wales. Denbigh, 1870, 2' éd., 38S et 8uiv.
4) Skene, Four ancient booka of Wales, t. I, p. 1-18.
Howell le Bon, qui a régné en Cambrie de 907 à 948. ! lois ne nous sont poiut parvenues sous leur forme pri- ;ive, mais elles ont dû être très-peu altérées. On possède is recueils de lois galloises : le livre de Vénédotie Gwynedd (Nord-Galles), le livre de Démétie(Dyfed), livre de Gwent (Sud-Galles). Ces deux derniers ne fèrent pas grandement l'un de l'autre (1). Le premier
le plus ancien; il a pour base un manuscrit du [« siècle. Le plus ancien manuscrit du codex Demeaus est de la fin du XIII* siècle ou du commencement
XIV* siècle; les manuscrits du codex Gwentianus
remontent pas au-delà du XIV* siècle (2). Publiées ir la première fois par Wotton et Clarke en 1730, i lois ont été soigneusement revues et traduites .ièrement par un Gallois, Aneurin Ovi-en, eo 1841 (3).
a voulu voir dans ces lois des emprunts au droit rmanique, mais on n'a pas pu apporter un seul fument sérieux à l'appui de cette théorie (4). Beauip des traits les plus caractéristiques du droit llois se retrouvent dans les coutumes des Bretons Lrmorique ; sur les points les plus essentiels et les is originaux, les lois galloises sont d'accord avec
1) Walter, Daa alte Walea. Bonn., 1859, p. ^6-357.
2) Ibid., p. 363^4. Cf. A. de la Borderie, bulletin archéoloue de l'Association bretonne. Bennes, 1850, t. II, p. 160 et suiv.
3) Walter, Das alte Wales, p. 5-6. — Aneurin Owen, cient îaws and institutea of Walea... With an english nslatiott' of the Weleli text, fol. 18'tl; codex Venedotianus, la page 1 à 163; codex Demetianus, 164-302; codex GwennuB, 303-388.
4) Eeinhold Sclimid, Die Geaetze der angelsachsen. Leipzig, (2, XXIV-XXX.
les lois irlandaises des Brehons, dans lesquelles l'esprit le plas paradoxal ne songerait pas à voir un emprunt oa une influence étrangère. Walter, dans son livre Basalte TTates (l'ancien pays de Galles), a eu l'heureuse idée de mettre en regard des passages les plus caractéristiques des lois, des citations du Gallois Giraud de Barri, qui écrivait au XII* siècle; rien ne montre mieux combien ces lois étaient vraiment nationales ; elles sortent, on peut le dire, des entrailles même du peuple gallois. Un simple conp-d'œil jeté sur les lois anglo-saxonnes suffit pour faire mesurer l'énorme distance qui sépare ces deux législations.
Outre leur grande valeur intrinsèque, les lois galloises ont pour nous l'avantage de suppléer au défaut de cartulaires bretons insulaires anciens. Plusieurs chartes du cartulaire de Landaff nous reportent à une époque très-ancienne, mais il est évident, par la langue et le style de ces documents, qu'ils ont été fabriqués au moment même où a été rédigé le cartulaire, au XII» siècle (1).
La publication des inscriptions latines, tantpayennes (2) que chrétiennes (3), de Grande-Bretagne dans le Corpus inscriptionum de Berlin, a jeté un jour tout nouveau sur l'état des Bretons insulaires sous la domination romaine et leur situation au moment où elle a cessé.
§ 3. — Sources intéressant les deux Bretaones. Pour les deux Bretagnes, il y a une source de docu-
(1) Schœll, De Ecoles. Brit. Scot, historia; fontibua, p. 41. (â) Hûbaer, loacriptioDes Brilanniœ lattDœ. Berolini, 1873. (3) Hubner, Inscriptionca Brit. chrialianie. Berolini, 1873.
ments abondante, mais trouble, dont on n'a pas encore essayé de déterminer avec précision la valeur historique, quoique on en ait fait souvent usage : ce sont les vies des saints.
Nous avons mis à profit les plus importants des nombreux manuscrits de vies de saints bretons que possède la Bibliothèque nationale, la collection desBoUandistes, les actes des saints de l'ordre de Saint-Benoît, les annales bénédictines de Mabillon ; nous avons consulté, outre la Bibliotheca medii aevi de Potthast avec son supplément, le catalogue des matériaux relatifs à l'histoire de la Grande- Bretagne et de l'Irlande jusqu'à la fin du règne de Henri II, publié à Londres en quatre volumes (1862-1865), par Thomas Duffus Hardy, très-riche en détails sur les saints bretons ; les vies des saints de Bretagne de dom Lobineau, sans négliger la dernière édition de 1837 de l'abbé Tresvaux, renfermant de curieux renseignements sur les vieux bréviaires bretons, les vies des saints d' Albert-le-Grand, à notre avis un peu trop dédaignées (1 ) .
(1) Si on ne doit faire aucun cas des appréciations et des conjectures d'Albert-le-Grand, il est digne de foi lorsqu'il affirme transcrire ce qu'il a lu dans un vieux missel ou légendaire de Bretagne. C'est ainsi qu'une des vies les plus suspectes était celle de saint Vouga, Vougay ou Vio, qu' Albert-le-Grand donnait comme Irlandais d'après un vieux missel d'une église dédiée à ce saint dans la commune de Trégunc (Finistère). M. de Kerdanet, auteur de l'édition la plus récente des vies des saints d'Albert-le-Grand, parue en 1837 à Brest, a vu de ses yeux le missel et le reporte, d'après l'écriture, à l'époque de la rédaction du cartulaire de Landévennec, au Xlle siècle. Pour nous, d'après les noms des saints que contiennent les litanies de saint Vougay dans ce missel, les documents qui ont servi à le rédiger sont beaucoup plus anciens. Les noms de
La langue des noms propres bretons est un moyen nouveau et sûr de fixer l'âge de bon nombre de documents sur lesquels reposent les vies des saints. Plusieurs de ces vies, dont les manuscrits sont du XIP siècle, ont été rédigées deux ou trois siècles plus tôt, et ces rédactions puisent souvent elles-mêmes dans des documents beaucoup plus anciens et aujourd'hui depuis longtemps disparus.
Sans entrer dans une histoire détaillée de la langue bretonne, nous sommes obligés d'en caractériser les périodes principales pour faire comprendre avec quelle sûreté nous pouvons employer l'argument de langue dans la classification des vies des saints de Bretagne.
On peut appeler vieux-breton le breton jusqu'au XI' siècle. Le vieux-breton a deux périodes trèsdistinctes : la première, qui va jusqu'à la fin du VU» Siècle, se sépare de la seconde en ce qu'elle conserve la voyelle finale du premier terme dans les composés : ex, Brohomaglus ou Brocomaglus au VI* siècle : Brochmael au IX« siècle. Le vieux-breton
Suliavue, Teconocua (Thegonnec), Vechevus, pour Vougay ou Vio, nous reportent ea plein vieux breton. En Vannetais, actuellement, Yechevus se prononce Behëw; dans certaines parties de la Cornouailles, il doit ee prononcer Bio ou Vio. Cette prononciation du V initial sufQt à montrer que le saint n'est pas Breton, t> initial breton ee prononçant uu et devenant, à partir du X" siècle, gw. S initial représente le son v, comme le prononcentles Français et comme le prononçaient aussi, auVI'siécle, les Irlandais; depuis, chez eux, il a pris le son de notre f. Pour concilier les deux formes Vougay et Vio, il faut remonter à un primitif Vûcavos. L'ii long devenant i en breton et le c s'aspirant entre deux voyelles, on a eu Vichevtis et Vechevus, Tuga est un souvenir de la prononciation irlandaise.
conserve également Vs initial (i), le g entre deux voyelles (2). A ces deux périodes, le vieux-breton se distingue du moyen*breton en ce qu'il conserve in«* tactes les ténues p, k, ty môme entre deux voyelles : elles ne subissent guère d'autre altération que Taspira** tion (3). Le b final devient /"vers la fin du X* siècle ou disparaît (4). Le v initial ou plutôt le w devient régulièrement gico, guu dès les premières années du X« siècle (5). Vm après une liquide ou entre deux voyelles ne devient v que dans le cours du XP siècle (6). L'étude du vieux-breton repose sur les inscriptions chrétiennes de la Grande-Bretagne, le cartulaire de Redon, les gloses bretonnes assez nombreuses^ tant in«* sulaires que continentales, trouvées dans des manuscrits latins du IX® au XP siècle, et les noms d'hommes et de lieux épars chez les historiens et les hagiographes. Pour montrer par un exemple la manière dont on peut tirer parti de ces caractères si tranchés de la langue bretonne à ses diverses époques, nous prenons la vie de saint Paul Aurélien, premier évêque de Léon d'après toutes les traditions bretonnes. Nous avons retrouvé à la Bibliothèque nationale une vie de ce saint, signalée comme inédite par Mabillon dans ses annales bénédictines. Cette vie a été fort mal reproduite
(1) Ex. Senomaglus, en gallois moyen Henfach
(2) Ex. Tigernomaglus, en breton-moyen Tiernvael,
(3) Gart. Rot. 903 Matoc ; 1081 Madoc; 878 Jarnuuocon; 1862 Jarnogon, etc.
(4) Annales Gambriae cZw&; breton- moy. etmod. du.
(5) Gart. Roton. 871 Uuethenoc ; 910 Guetbenoc.
(6) Gart. Rot. 909 Morman ; 1681 Morvan.
par les Bollandistes, qui n'ont en sans doute entre les mains qu'une mauvaise copie. Elle est contenue dans le manuscrit 12942 de la Bibliothèque nationale et a été rédigée au IX® siècle par Uurmonoc, disciple de Uurdisten> moine de Landevennec, vivant du temps du roi de Bretagne Salomon. La vie est très-diffuse et l'auteur a voulu faire preuve d'imagination et de style. Cette vie a été abrégée par un moine de Fleury, rebuté par ce qu'il appelle garrulitas britannica. On ne peut nier que son jugement ne soit très-juste, mais il ne s'est pas douté qu'il commettait lui-même une lourde faute en supprimant les noms bretons comme trop barbares. C'est en effet, pour nous, la meilleure preuve que Uurmonoc, malgré son insupportable prolixité, doit être lu avec le plus grand soin ; ces noms ne permettent pas de douter qu'il n'ait eu entre les mains, pour sa rédaction, comme il nous l'apprend lui-même, des documents très-anciens, qu'il a eu la malencontreuse idée de vouloir orner. Il nous donne le nom des parents de Paul Aurélien et de treize de ses compagnons d'émigration. Ces noms ont un caractère trèsmarqué d'antiquité. Nous prenons les plus frappants : Tigemomaglus, Cetomerin, Bretowenits. Ils conservent tous la voyelle thématique finale du premier terme, ce qui suffirait à nous donner le droit d'affirmer que ces noms appartiennent à des documents au moins de la fin du VIP siècle. Conservés par la tradition orale, ces noms eussent été déjà, au VHP siècle : Tiernmail, Cetmerin, Bretwen, et au XIP siècle : Tiernvael, Cedverin ou Cedurin, Bredwen. On trouve la forme Tiem^ mail dans une vie de saint Thuriau, évêque de Dol, rédigée au VHP siècle^ mais dont il ne.nous reste plus
que des manuscrits bien postérieurs à la rédaction. Le (/ de ÎTi^eraomd^iws avait disparu dès 797; dans une charte de cette année, le cartulaire de Redon nous présente la forme Tiaman pour Tigernan, diminutif de Tigem, seigneur, chef de famille (1).
■ Les sources des vies de saints sont : l^les bréviaires, missels, rituels, légendaires manuscrits ou imprimés; 2° les relations de vies de saints manuscrites ou imprimées ne présentant pas de caractère liturgique.
.Aibert-le-Grand a puisé dans les légendaires de : Léon, Folgoêt, Quimper, Locarn, Landevennee, Daoulas, Guissény, Saint-Conogan, Saint- Vougay (Finistère); de Saint-Gildas-de-Rhuys (Morbihan) ; de Tréguier et de Saint-Pierre de Rennes. A l'exception de celui de Tréguier, dont nous avons un exemplaire manuscrit à la Bibliothèque nationale (2), et de celui de Saint- Vougay, conservé, paraît-il, aujourd'hui dans la bibliothèque laissée par M. de Kerdanet à la garde de sa famille, les autres ont disparu ou sont enfouis dans les ^lises de Bretagne.
La plupart des bréviaires manuscrits qui ont servi à la rédaction des bréviaires imprimés ont disparu. Ia Bibliothèque nationale conserve cependant un missel de Rennes du XIP siècle, latin, n" 9439, et la Bibliothèque Sainte-Geneviève un ordinaire des offices et rites
{\) Tigernomagîus est aussi le nom de l'évèque à qui est adressée la vie de saint Saroeon, la plus imiiortante de toutes les vies des saints, rédigée quelques années après la mort du saint, d'après les souvenirs d'un, de ses parents.
(2) Légendaire mannscritde Tréguier, latin, noHiS.XVesiôcIe, Scrit par Jean Goz, chanoine de Tréguier. .
de Téglise de Nantes, écrit en 12'63 par Elyas, grandchantre de Téglise-cathédrale de cette ville (BB L 4 in-4®). Ces deux manuscrits ne contiennent sur les saints que de très-courtes indications.
Les bréviaires imprimés peuvent, jusqu'à un certain point, compenser la perte ou la disparition des vieux bréviaires manuscrits. Le bréviaire de Saint-Malo a été imprimé pour la première fois en 1480 ; celui de Léon en 1516 (1); celui de Dol en 1519; celui de Saintr Brieuc en 1548; celui de Rennes en 1620; celui de Nantes en 1623; celui de Vannes en 1630; celui de Quimper en 1642. On peut encore signaler l'impression d'un propre des saints de Rennes en 1627, de Saint- Malo en 1627 (2).
L'abbé Tresvaux, dans son édition des Vies des saints de dom Lobineau, donne les calendriers de tous les vieux bréviaires de Bretagne. La langue des noms propres de ces calendriers est d'époque diverse. Certaines formes, comme Petrocus (Pezrec et Ferreux), Arthmagilus (Armel), Maudetus (Maudé), appartiennent très-néttement au vieux-breton, tandis que d'autres,
(1) La Bibliothèque nat. en a un exemplaire unique. Bibl. nat. Impr. Inv. B 4930.
(2) Tresvaux, les Vies des saints de Bretagne de dom Lobineau. Paris, 1837. Introduction, XXIII; cf. acta ss. BolL, t. I, praefatio.
L'abbé Tresvaux mentionne un bréviaire manuscrit de Saint- Yves, conservé au Minihi-Tréguier, peu important d'ailleurs, parait-il, et des fragments manuscrits des bréviaires de Léon et de Saint-Brieuc, conservés, selon lui, à la Bibliothèque royale de Paris.
nme Goeznoveus, sont du breton-moyen j Qoeznovetis Goiteznou est en vieux-breton Wohednovius.
l'après dom Lobineau, les actes des saints du ux bréviaire de Léon auraient été rédigés avant 878. je fonde sur le fait que les actes de plusieurs de ces nts, par exemple ceux de saint Mandetus, ne font I mention de la translation de leurs reliques hors de stagne, à la fin du IX" siècle, à la suite des invaas normandes : ce à quoi n'auraient pas manqué : propres des saints ou des vies des saints rédigées iérieurement à cette époque (1). Les vies des saints Tancien bréviaire de Léon méritent donc une attention ticulière.
*our les vies des saints tirées de documents sans actère liturgique, les manuscrits sont nombreux, us ne pouvons les discuter toutes en détail. Nous mons en appendice, par ordre alphabétique, un alogue de vies des saints avec l'indication des nuscrits, sans négliger les bréviaires et légenres. Bon nombre de ces manuscrits n'ont pas encore utilisés (2). Ici, nous nous bornerons à signaler vies des saints les plus importantes en raison de
) Dom Lobineau, les Vies des saints de Bretagne, p. 64.
') Nous n'avons guère pu éuuniérer que les manuscrits des iothèques de Paris et de l'étranger. Les bibliothèques içaises en province n'ont, en général, que des catalogues -sommaireB. On n'y trouve que la mention Vie de saints, i indication du nom des différents saints. Quelques mairits de la Bibliothèque nationale qui noua avaient échappé s ont été signalés par M. A. de la Borderie, qui connaît, ax que personne, l'hagiographie bretonne, dont il a déjà tiré de parti pour l'histoire de la Bretagne.
Fancienneté des manascrits qui en sont la base ou de l'époque où elles ont été rédigées.
Les plus anciens munuscrits actuellement existants ne remontent pas au-delà du X« siècle. Les vies des saints contenues dans les manuscrits du X® siècle sont celles de : Aubin, Félix, Malo, Samson. Nous trouvons dans des manuscrits du XP siècle, les vies de : Judoc, Magloire, MelainCy Samson, Tutgualy Turiau, Les autres manuscrits sont pour la plupart du XIP ou du XIIP siècle.
Quelques vies imprimées sont extraites de manuscrits dont il serait difficile de retrouver aujourd'hui la trace, mais dont l'ancienneté nous est garantie par des témoignages sûrs. C'est ainsi que la vie de saint Judoc repose, d'après Mabillon (1), sur un manuscrit du VIII® siècle ; or, saint Judoc vivait au VIP siècle. Celle de saint Malo est tirée d'un manuscrit d'Hérouval, du VIIP-IX® siècle (2). La vie de saint Winnoc, rédigée au XP siècle, serait faite également d'après une vie beaucoup plus ancienne (3). Les Bollandistes ont fait des remarques analogues pour la vie de saint Melaine (4).
Ont été rédigées par des auteurs contemporains ou peu de temps après la mort du saint, les vies de : saint Avbin (Albinus), écrite par Venantius Fortunatus, d'après le témoignage de Grégoire de Tours (De Gloria confesser., cap. 96) ; Samson, premier
(1) Acta ss. 0. s. Bened., ssecul. II, p. 541.
(2) Ibid., 8»cul. I, p. 177.
(3) Mabillon. aa. ss. o. s. Bened. I, saecul. III.
(4) BoU. aa. ss. 6 janvier, I, p. 827.
Svéque de Dol, vie écrite quarante ou cinquante ans lu plus après la mort du saint, d'après les souvenirs l'un Breton insulaire, son parent(l). Les actes de saint Melaine, évêque de Rennes, paraissent écrits avant Grégoire de Tours. En effet, suivant la judicieuse remarque de dom Lobineau, Grégoire de Tours (De Gloria Gonf-, 55) nous apprend qu'on éleva à Rennes, sur son tombeau, une basilique d'une hauteur surprenante, et ïue le feu ayant.pris à cette église, la toile du sépulcre n'en fut pas endommagée, non plus que le corps du saint (2). Or, l'auteur des actes ne nous parle ni de cette basilique, ni du miracle. Une chose également frappante dans cette vie, c'est qu'il n'y apparaît aucun nom breton, quoique Melaine fût né sur les bords de la Vilaine et ait eu des rapports avec un roi de Vannes ; tout y est gallo-romain, fait important, qui montre que les Bretons, vers la fin du V= siècle, n'avaient pas encore apparu dans cette région, et preuve évidente aussi de l'ancienneté de cette vie. La version que nous possédons semble, à notre avis, avoir été remaniée par un Breton, sur «ne vie contemporaine du saint, au plus tôt vers la fin du VI? siècle. L'auteur doit avoir eu connaissance des écrits du pape Grégoire-le-Grand, mort en 60J. Voici, en effet, ce que nous lisons vers la fin de cette vie (3) : « Hœc itaque breviter more frenden~
(1) Bibl. nat. lat. msa. H-^S f. 60-70 (XlIIe Biècle) ; 1188i f. 78VO-99VO (Xle 8.) ; ICTai f. 60-70 (Xlle s.) ; 17003 f. 53vo.64 (XII«e.) — Cf. Mabillon. aa. as. o. s. Ben.,fiœcul. I, p. SOSetsuiv.
(2) Dom Lobineau, Vies des saints, p. 37 ; — cf. Boll. janv., t. I, p. 327 et suiv.
(3) Boll. aa,, U janv., I, p. 333.
tmm patruni nostrum Britonum de vîta patris nostri Melanii perstrepentes potius quam proloquentes. . . * Cette expression si inattendue de frendentium Britonum est évidemment un souvenir de ce passage du commentaire de Grégoire sur Job, à propos de la victoire remportée par les Bretons sur les Pietés et les Saxons aux cris d'alleluia, sous la conduite de Germain d^Auxerre : « Ecce lingua Brittaniae quae nil aliud noverat quam harbarum frendere, jamdudum in divinis laudibus Ebrasum cœpit alléluia resonare (1). »
Grégoire de Tours nous donne aussi quelques détails sur les saints Friard et Secondel (2), mais la vie de ces saints, solitaires du pays de Nantes, est pour nous sans intérêt. Il n'en est pas de même de la vie de saint Félix de Nantes, qui s'est trouvé en rapport avec les Bretons. C'est un contemporain de Fortunat et de Grégoire de Tours (3).
Quelques autres vies de saints ont été rédigées non par des auteurs contemporains, mais sur des documents contemporains. La plus importante, avec celle de saint Malo, est celle de Paul Aurélien, premier évêque de Léon, composée au IX® siècle sur des documents remontant au moins au VIP siècle et probablement à l'époque même de la vie du saint (4). Quelques noms
(1) S. Gregorius in Jobum, XXVII, 6 (ap. Pétrie Mon. hist. brit., note au liv. I, ohap. XX, de l'histoire eccl. des Angles de Bède).
(2) Gregor. Tur., de vita patrum, c. 10.
(3) Fortun., lib. III, carra. V, VIII, ai^. dom Bouquet, t. ÏI, p. 480; cf. aa. ss. Boll., 7 juillet, t. II, p. 470 et suiv.
(4) Biblioth. nat. lat., 12942. Potthast, qui signale cette vie, la dit à tort composée par Hinnuoretetius. Elle est adressée à Hinnuoret et composée par Uurmonoc, moine de Landevennec, au IX® siècle.
de lieux sont modernisés : ce sont ceux qui étaient encore connus du temps de l'auteur. Les fables ne manquent pas dans cette vie; elles doivent être mises sur le compte de la tradition orale, dont l'auteur déclare avoir fait usage (1).
Dans la vie de saint Malo donnée par Mabillon, les nomë paraissent sous une forme très-archaïque, entre autres le nom du saint lui-même, Maclovius, et dans l'histoire de la translation de son corps, le nom d'un Breton mêlé à sa vie, Maenobredics. Cette vie a été composée, d'après Mabillon, au VHP ou au plus tard au IX® siècle.
La vie de Gildas, écrite au XP siècle par un moine de Ruys, nous semble, en partie, rédigée d'après des documents très-anciens. Le nom d^Arecluta, pays d'origine de Gildas, signifie bien réellement le pays sur les bords de la Clota : c'est une forme du V^-VP siècle. Le nom du père de Gildas, Caunus, est une forme également ancienne; on trouve un nom de femme, Caune, dans une inscription de Grande- Bretagne du VP siècle (2). Nul doute que le biographe n'ait trouvé dans son abbaye des documents précieux sur Gildas. Les œuvres de Gildas, au IX® siècle, étaient très-coûnues en Bretagne armoricaine et peut-être même traduites en breton. Dans la vie de Paul Aurélien, Uurmonoc, énumérant les disciples de saint Iltut, désigne Gildas en ces termes : « Necnon et sanctum Gyldan, cujus sagacitatem ingenii industriamque legendi atque in sacris cahonum libris
(1) Ibid., lib. II. p. 34.
(2) Hûbner, Inscript. Brit. christianae, no 158.
peritiam liber ille, quem Ormestam Britanniœ vocant déclarât (1). » Ormesta ou Vormesta est la forme archaïque du gallois actuel Gormes {Vormes au VIIP-IX® siècle), oppression, dévastation, invasion. Ce passage curieux prouve d'ailleurs, comme beaucoup d'autres, que le Gildas historien est bien le condisciple de Samson, Paul Aurélien, David, etc., celui qui a passé en Armorique et y est honoré en beaucoup de lieux aujourd'hui encore. De grossières invraisemblances et quelques anachronismes dans la vie de Gildas ne suffisent pas pour lui faire perdre toute valeur historique.
La vie de saint Winwaloe, qui ne se trouve plus que dans des manuscrits du XIP siècle, a été composée au IX® siècle par le moine Wrdisten. Nous en avons retrouvé une copie excellente, bien supérieure à celles qu'on a utilisées jusqu'ici, dans le manuscrit 5610 A (XII® siècle) de la Bibliothèque nationale. Le nom de l'auteur, Uurdisten, est devenu au X* siècle Giiurdisten ou Gurdestin : c'est sous cette dernière forme que son nom est connu.
La vie de saint Tutwal mérite aussi l'attention. Une vie du saint nous apprend (2) que son disciple Louenan avait composé une sorte de polyptyque du monastère de son maître. Or, dans une vie qui se trouve à la collection Duchesne (Bibl. nat., t. 85, p. 368), on a les noms de plusieurs pa^'e où Tutwal reçut des donations : l'assertion du biographe concernant Lowenan paraît donc fondée, et il a dû exister une vie contemporaine
(1) Bibl. nat., ms. lat. 12343, f. 111.
(2) Bibl. nat., man. lat. 5279, f. 129vo.l30vo (XJe s.).
3 TutwaI, vie fort répandue et dont celle de la colictioQ Duchesne pent conserver quelques traces. Nous avons donc dans les vies de : Samson, Aubin, :elaine, Paul Aurélien, Malo, Gildas, Winwaloe, éonor, Magloire, Judoc, Winnoc, des documents his- >riques précieux. Sans eux, nous ne connaîtrions de liistoire de Bretagne, da V* au VII* siècle, que i'his- >ire militaire des Bretons du Vannetais. Beaucoup autres vies de saints sont loin d'être sans valeur : 1 doit une attention particulière à celles que nous mnaissons par les vieux bréviaires; elles reposent ridemment sur des traditions anciennes et respecibles (1).
(1) Les seules qui nous paraissent purement légendaires et jpourvuea de toute valeur historique sont celles de Bernacus, oUedoc, Bieuzy, Conogan, Efflamm et Henora, Guenninue, ined, Milion, Osmanâ] Tanguy et sa sœur Haude (voir l'apendice).