‹ L'émigration bretonne en Armorique du Ve au VIIe siècle de notre èreChapitre 3 sur 8 · LA PÉNINSULE ARMORICAINE AU T SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA PÉNINSULE ARMORICAINE AU T SIÈCLE

[. — Cités de la péninsule armoricaine; leurs imites; coup-d'œil sur leur histoire au V siècle.

Au V* siècle, la péninsule armoricaine, c'est-à-dire lie partie de l'ancienne Gaule que l'on désignait,

siècle dernier encore, sous le nom de province de etagne, et qui forme aujourd'hui les cinq départeints du Finistère, du Morbihan, des Côtes-du-Nord,

l'Ille-et-Vilaine et de la Loire-Inférieure, ne se tingue en rien du reste de l'Armorique. Elle suit

destinées de la vaste région désignée au V siècle, us la Notice des dignités de l'empire, sous le nom

Tractus armoricanus et nervicanus, et comprenant

cinq provinces de la 2" et 3* Lyonnaise, de la

Qonaise et de la 1" et 2* Aquitaine (i). La péninsule

Boricaine est comprise tout entière dans la 3* Lyon-

1) Notitia dignitatum imperii, éd. Otto Seeck. Berolini, '6. Occ. XXXVII, p. 204-306. — Cf. éd. Boeckinfr, XXXVI, 106-108.

Daise, province formée, au V* siècle, d'après la Notice des Gaules (1), des cités suivantes :

Metropolia civitas Turonorum.

civitas Cenomanaorum.

civitas Redonum.

civitas Àndecavorum.

civitas Namnetum (S).

civitas Coriosolitum (3).

civitas Venetum.

civitas Ossismornm.

civitas Diabliotnm.

Cinq de ces cités sont, de l'aveu de tous, situées dans la péninsule armoricaine; ce sont, les Redones, les Namnètes, les Coriosolites ou Coriosopttes ou Corio- Bopotes, les Vénètes, les Ossismes.

Les limites de ces cités et leur situation exacte ne sont pas toujours faciles à déterminer. On a proposé, pour y arriver, un moyen ingénieux, mais qui n'est pas sans danger, surtout appliqué à une partie de la péninsule armoricaine : chercher dans les limites des Svêchéa antérieurs au IX" siècle les limites des cités ?allo-romaines : ces évèchés ne sont-ils pas formés

(1) Otto Seeck, Notitia galliaram (& la suite de la Notitia aignitatum imperii), p. 264,

(2) Bibliolh. nationale, ms. lat. 12097, da VIo siècle : var. : Kammitum.

(3) Ibid., Coriosopotum. Otto Seeck n'a pas utilisé ce manuscrit. Les plus anciens mau. donnent Coriosopotum ou Coriosopitum; mais plusieurs des IX» et X» siècles portent : Consulitum, Conisolitum, Coasolitum, formes évidemment dérivées de CorioBoUtum.

dtt territoire des cités de la Notice des Gaules (1) ? II est f&cheux pour ce système que plus d'une cité nommée dans la Notice ne soit pas devenue évêché. Mentionnons la dvitas Boatium en Novempopulanie ; dans la province des Alpes-Maritimes, civitas Rigomagensium (Chorges), civitas Sollinientium (Seillans) ; civitas Equestriwn dans la Grande-Ségua^aise. La civitas Bo- *nonensiiim, dans la deuxième Belgique, n'a été évêché que temporairement et seulement au VHP siècle (2) : la civitas Abrincatum, en 511 ; la civitas Sagiensium, en 533 (3). Enfin, au moins une dizaine d'évêchés antérieurs au IX* siècle (plusieurs du V* et du VP siècle), ne figurent point comme c^és dans la Notice : dans la province ecclésiastique OTiSens (4* Lyonnaise), Neversy démembré de la civitas Autisiodorum (Auxerre) on peut-être de celle des Eduens (Autun) ; dans la province de Reims (2« Belgique), Laon, démembré de la cité des Rémois ; Sion, dans la province de Tarentaise ; Maurienne, dans celle de Vienne }• Toulon et Carpentras, àans Isi province d'Avignon; tlans • celle de Narbonne, les évêchés d'Apode, de Carcassonnej d'Elne (transféré plus tard à Perpignan), et de Ma-

tir-. ;,U^

(1) Le principal représentant de ce système est M. Longnon. ^y. Cités gaUo-romaines de la Bretagne (Mémoires du Congrès

scientifique de France, XXXVIII« session tenue à Saint-Brieuc, 1-10 juillet 1872. -^ Voir également dans ce sens Pocard-Kerviler, Etude critique sur la géographie de la presqu'île armoricaine (Mémoires de l'Association bretonne, 1873).

(2) Longnon, Géographie de la Gaule, p. 2, 420. -^ Guérard, Essai sur le système des divisions territoriales de la Gaule, f. 107, 111.112, 115.

(3) Gams, Sehes episcoporum. Ratisbonœ, 1870, p. 505, 62^.

fuelonne (transféré à Montpellier); dans là province i'Auch, celui de Lapurdum ou Bayonne, démembré de a civitas Aquensium (1). Nous concluons donc, avec d. de la Borderie, que < s'il est vrai que les cités de a Notice sont devenues le plus souvent des' évéchés, !t que les évêchés antérieurs auIX* siècle sonl reprélentés généralement par des cités de la Notice, on n'a luUement le droit d'ériger ce double fait en principe ibsolu (2). -

Les évêchés de Rennes et de Nantes existant au /* siècle, étant restés gallo-romains, on peut, sans trop le hardiesse, voir dans leurs limites celles des cités des ^ledones et des Namnètes. «L'existence de l'évêché depannes au V* siècle, comjBé nous le verrons, est égalenent certaine; mais il n'est pas moins avéré que les Breons en ont occupé de bonne heure, en maîtres, la partie iceidentale : de ce côté, le territoire des Vénètes a pu subir le profonds changements. Les autres évêchés n'existant )as au V» siècle et ayant été fondés par des Bretons, ;e serait courir à des erreurs certaines que de vouloir etrouver dans leur territoire celui des anciennes cités ;allo-romaines des Ossismes, et des Curiosolites ou des lorisopites. Il n'y faudrait pas songer,- lors même que 'existence de ces évêchés au V" siècle serait prouvée. ^ous verrons, en effet, que l'émigi-ation bretonne, dans

(1) A. de la Borderie, Diablintes, Gurioeolites et Corisopites, 'aria, 1881, appendice, p. 32; d'après Guérard, Essai sur les Ivisions territor. de la Gaule, p. 106, 114, 115, 116, 117, 120; .ongnon, Géographie de la Gaule au VI« siècle, p. 3, 366, 421, 09, 610, 6J4, 617.

(3) A. de la Borderie, Diablintes, Curiosolites et Corisopites, ippendice, p. 33.

cette partie de la péninsule, a tout renouvelé et a lait disparaître jusqu'au nom des cités gallo-romaines dont on voudrait qu'elle ait scrupuleusement respecté les limites. Une des tribus émigrantes, les Dumnoniiy a occupé le territoire de deux, sinon de trois cités gallo-romaines. (Voir plus bas, chap. IV.) -

Les Namnètes étaient bornés au sud par la Loire (1), qui les séparait des Pictons. Le pagus Ratiatensis fut annexé définitivement au diocèse de Nantes en 851 par le roi Erispoe, fils de Nomenoe, à la suite d'une victoire sur Charles-le-Chauve (2). A l'est, les Namnètes étaient bornés par le territoire des Andecavi (Anjou), atieignant de ce côté, à peu de chose près, les limites du département actuel de Maine-et-Loire; à l'ouest, par la mer; au nord, par la Vilaine, qui les séparait des Vénètes, et par le Semnon qui a formé la limite sud des Redones jusqu'au XIP siècle (3). On a inféré d'une vie de saint Aubin, évêque d'Angers, que Guérande, appelée à ce moment Aida Quiriaca, appartenait aux Vénètes. La vie du saint, par Venantius Fortunatus, dit bien que le saint est né en pays vénète, mais ne précise pas le lieu. Il est simplement parlé, dans

(1) Strabon, lib. IV, c. 11, éd. MûUer et Dûbner, 1853; Ptolemsei, Geograph., lib. II, c. 11, éd. Wilberg. Essen, 1838.

(2) Annal. Berlinian. ap. script, rerum gall. et franc, t. VII, p. 68. — Prud. Trec. annal, ap. Pertz. Mon. germ. hist. script., t. I, p. 446.

(3) MessaCy dans le voisinage de cette rivière*, est désignée comme faisant partie de Nantes au IX« siècle (dom Lobin., chr. nannet., t. II, p. 37); Fercé, qui y toucbe vers l'est, fait partie de Nantes en 1123 encore (dom Lobin., histoire de Bret., t. II, p. 278).

— sala partie qui traite des miracles, de prodiges accomplis à Guérande par son intercession (1).

Les Redones, au sud, avaient pour bornes le Semnon; à l'est, lé territoire des Andecavi, des Diablintes (Jublains, département actuel de la Mayenne), et des Abrincates (pays d'Avranches). Les Redones atteignaient probablement la mer, au nord, entre le Couesnon et la Ran ce ; César les qualifie, en effet, de maritima civitas (2). A l'ouest, autant qu'on peut juger de leur état au V® siècle par leur situation au IX®, ils ont pour limite le cours de la Vilaine depuis son confluent avec le Semnon jusqu'à son confluent avec le Meu; puis le cours du Meu, et enflnlaRance jusqu'à la mer. Les Bretons ayant été de bonne heure maîtres du pays jusqu'à la Vilaine, et d'un autre côté ayant occupé la côte entièrement jusqu'au Couesnon, il est fort probable que sur ces points les Redones ont dû perdre une partie de leur territoire.

Pour les Vénètes, leur limite à l'est, aussi loin que nous pouvons remonter, est la Vilaine. Au nord, du côté de l'ancien diocèse de Saint-Malo, au IX® siècle, ils franchissent légèrement l'Oust : le cartulaire de Redon met formellement dans le pays de Vannes Ruffiac (3), Carentoir (4), Sixt, commune du canton de

(1) Biblioth. nat., ms. 17626 (Xe siècle), cf. 41... Beatissimus Albinus veneticse regionis Oceani britannici confinis indigena exiguis parentibus oriundus. — La vie imprimée par les Bôllandistes met Guérande en territoire vénète, mais c'est une vie postérieure. (BoU. mart., I, p. 57-66.)

(2) Gaesar, De belle gallico, II, cap. 34, édit. Dûbner.

(3) Gart. Roton, charte de 833-834.

(4) Ibid., charte de 826.

Pipriac (1), Bain (2), Langon (3), Platz, commune de Brains (4). Comblessac, si nous en jugeons par un passage de la vie de saint Melaine^ semble avoir appartenu au V" siècle aux Vénètes. Nous voyons, en efTet, un chef gallo-romain de Vannes, Eusebius, y faire plusieurs concessions de territoire à saint Melaine et y agir en maître (5).

Le territoire des Ossismes, au sud, s'étendait au moins jusqu'à la pointe du Raz, d'après ce passage de Pomponius Mêla : Sena, in britannico mari, ossisraiacis adversa littoribus (6). On a conclu (7) des expressions in britannico mari qu'il faut chercher Sena sur les côtes de la Manche, Sena ne pouvant d'ailleurs donner Sein et s'appelant en breton Sizun. Or, le terme d^Océan britannique a été très-souvent employé par les anciens pour désigner la mer entre la Grande-Bretagne et la Loire, voire même jusqu'aux Pyrénées; c'était d'un usage courant. Pomponius Mêla (8), Vibius Seques-

(1) Cari. Roton, charte de 834.

(2) Ibid., charte de 846.

(3) Ibid., charte de 797.

(4) Ibid., charte de 837-838.

(5) Boll., janv., t. I, p. 327 et suiv.

(6) Pomp. Mêla, De sit. orbis, lib. III, c. 6.

(7) Longnon, Cités gallo-rom. de la Bret., p. 32. M. Longnon ne fait que reproduire, sur ce point, les arguments de M. Le Men. Revue archéolog., 1872, t. I, p. 51-52; cf. Pocard-Kerviler, Etude critique sur la géographie de la péninsule armoricaine, p. 37-39.

(8) Pomponius Mêla, De situ orbis, lib. II, cap. 6 : Pyrenseus primo hinc in Britannicum procurrit Oceanum.

(1), l'Itinéraire d'Antonia (2), sont d'accord snr ce it. Il y a plus : ceitte appellation est tout-à-fait forme aux idées des anciens sur l'orientation de la nde-Bretagne, de la Gaule et de l'Espagne. Pline, ite (3) croient que la Grande-Bretagne regarde pagne (4). On lit dans Marcianus d'Héraclée (5) que Bretagne, au sud, projette comme deux bras, dont s'étend jusqu'à l'Aquitaine. Pour combattre l'idende Sein et de Sena. on s'appuie sur le cartulaire Landevennec, qui donne à Sein le nom de ihun. Seidhun donne régulièrement en breton erne Seizun. Sizun est, aujourd'hui encore, le 1 du cap qui s'avance en face de l'Ile, mais le breton de llle est Seim (soen) en une seule sylet sans diphtongue. Il est impossible qne â la

Vibius Sequester, De lluminibus, éd. Bipont, 1807 : Liger œ, dividens ÂquîtaDOS et Celtas, in Oceanum britannicum àtur.

Itinerar. Anton,, éd. "WesBeling. Amatelod., 1735: In mari no quod GalliaB et Britanniam inlerluit Yecta, Cœsarea, it, Usantis, Sina, Vindilis, Siata, Ârica. Cf. de la Bord., [intes, Curiosolitee et Gorisopites, p. 33.

Plin., H. nat., lib. IV, sect. 30; Tacite, Agricola, 7, ap. e, Monum. hist. brit.

Agatheraerua dit en propres termes qoel'Hibemie est en face

agne; ^ \t,h 'lousfvi'a àirriJtapaTEfvEToniii^^pitivbtTf; 'Iinravfa

.hem., geograph., lib. II, c. 4, Géographie! miner, oxon., [udson, 1703, apud Pétrie, Monum. hist. britannica,

Marcian., Heraclœotœ Peripli, lib. I. Geograph. minores. î, p. XVII. Sui [iaXisTSt (j-oxpOTaTOu; ioSu.ou( toçiTEp îrdS«î nvàç

même époque, au même endroit, on soit arrivé à tirer de Seidhun deux noms aussi différents que Seun et Sizuyi. Seun nous semble représenter exactement Sena. Ue accentué en breton donne oi, oe et souvent eu. C'est ainsi que plebs a donné souvent pieu ; ex. : Pleucadeuc (plebs Catoci). Le passage du cartulaire de Landévennec, où cette île porte le nom de Sizun, ne prouverait qu'une chose, c'est que l'île a eu deux noms, l'un gallo-romain, Sena, qui semble avoir prévalu, l'autre breton, Seidhun, resté au cap (1). Quant à la remarque que la forme Sena ne donnerait pas Sein, elle serait juste s'il s'agissait d'un mot transformé par des bouches françaises. En breton, l'a final ne pouvait laisser de traces. L'orthographe Sein est une orthographe officielle dont on ne peut rien tirer.

Un passage de la vie de saint Menulphus (2) confirme le texte de Pomponius Mêla; le biographe nous apprend que le saint, passant de la Grande-Bretagne

(1) M. A. de la Borderie a supposé que le moine de Landévennec s'était livré à une fantaisie étymologique et que Seidhun (les sept sommeils) ressemble fort à Panispons pour Penpont, Corpara nuda pour Cornutius Vicus, Vuîtum Hugonis pour Vultaconnum (Voultegon). L'orthographe Seidhun semble lui donner raison ; néanmoins le nom de Sizun n'est pas né de ce calembour : c'est le nom breton de la semaine, dérivé du latin septimana (comique Seithum). Aujourd'hui encore, les étymologistes indigènes expliquent ce mot emprunté au latin par les deux termes bretons seiz hun (les sept sommeils).

(2) Aa. ss. B0II.5 11 juillet, t. III, p. 305 Majorem Bri-

tannîam relinquens navigio delatus pervenit ad minorem in provinciam civitatis qusa ab antîquis Oximorum nuncupatur, cujus sanctus Chorentinus autistes erat. — Actes tirés de la bibliothèque manuscrite de Labbé et d'un bréviaire de Bourges.

dans la petite, arriva dans une province de la cité qne les anciens appelaient cité des Ossismes et que saint Chorentin en était évêque. Il ne suffit pas pour enlever toute autorité à ce passage de faire remarquer la tournure peu bretonne de ce nom. Si le nom est réellement saxon, comme on le prétend, on peut l'expliquer par le fait que les Saxons allaient fréquemment étudier en Irlande et aussi y étaient fréquemment vendus comme esclaves ': or, saint Menulphus venait d'Irlande et n'avait fait qu'un court séjour en Grande-Bretagne.

Les Vénètes a 'étendaient-ils jusqu'à la pointe du Raz, comme le veut M. Desjardinsî II nous semble impossible de le décider. Du côté du nord-est, la limite des Ossismes n'est pas mieux connue. A l'intérieur, ils atteignaient sans doute au moins Carhaix (Vorgium).

Les Curiosolites ont laissé leur nom à la bourgade de Corseult (COtes-du-Nord), à trois lieues de la Rance, à cinq lieues de la mer et à la même distance d'Aleth (1). Mais leurs limites ne sont pas connues. L'opinion la plus probable est qu'ils s'étendaient du Léguer à la Rance. Ce ne sont pas d'ailleurs leurs limites seulement, c'est leur existence même, au V* siècle, qui est en question. Nous avons vu que le manuscrit le plus ancien de la Notice des Gaules mentionne dans la troisième Lyonnaise une civitas Coriosopotum, tandis que des manuscrits un peu plus récents portent ConisoUtum et ConsuUtum, formes évidemment dérivées de CortsoUtum ; quelques-uns CoriosoUtum,

{\) HiBtor. de l'Acad. des inscript., 1. 1, p. 401 et euiv. ; Mérimée, Notes d'un voyage dans l'Ouest, p. lOS et suiv, ; Bizeul, BuUet. de l'AsBociat. bretonne, t. IV, 186S, p. 39-76.

Corisolitum, Corisuletum (1). A n'examiner que les manuscrits de la Notitia, il n'y a aucune hésitation possible : Coriosopotum doit être corrigé en Corioso^ litum ou CurisoUtum : c'est ce qu'a fait Otto Seeck. Les erreurs de copistes ne manquent pas : Coriosopotum (2), d'ailleurs, de toute façon, en est une. Ne lit-on pas aussi immédiatement au-dessus Nammitum pour Namnetiany dans ce manuscrit 12097, qui semble un livre sacré pour certains érudits? Cette correction de la forme Coriosopotes en Curiosolites est justifiée par le fait aujourd'hui hors de doute que Corseult, au V® siècle, formait encore un centre gallo-romain important. Dom Lobineau, qui assistait aux fouilles faites à Corseult en 1708 et 1709, écrit que l'on a trouvé des figures en relief de Vénus et de Cupidon, « l'an 1709, dans les ruines d'une ville du pays de Dinan {en marge, Corseult), qui a subsisté jusqu'à la ruine de l'empire romain dans les Gaules, comme il parolt par les médailles du plus bas Empire et les médailles des Goths qu'on y a aussi trouvées (3). » Nous lisons

(1) M. Guérard a relevé dans 25 ms de la Bibliothèque nationale les variantes suivantes : Gorisopitum, Gonsulitum, Gonisolitum, Gorosopitum, Gonsolitum, Goriosolitum. Deux manuscrits des plus anciens de la bibliothèque de Thou portent Corisolitum y Corisuletum (de Gourson, cartul. de Red., GGGLIX).

Le manuscrit 12097 est de Tannée 570 environ, d'après M. Léopold Delisle (de la Borderie, Diablintes, Guriosolites et Corisopites).

(2) G'estlavariante exacte, et non CorùopiÏM m, comme l'écrit M. Longnon.

(3) Dom Lobineau, Vies des saints de Bretagne, in-fol.,17255 p. 36; cf. de la Borderie, Diablintes, Guriosolites et Gorisopites, p. 17-19. Paris, 1881.

ans la vie de saint Thuriau, évéque de Dol, chez le même uteur : ■ Il y a, à trois ou quatre lieues de Diaaa, un etlt bourg nommé Corseult, illustre par les antiquitez ue l'on y voit. Auprès de ce bourg, sur une hauteur, u côté de l'orient, appellée le petit Bécherel, il y avait utrefois une tour de figure octogone ou hexagone, âtie de petites pierres de trois & quatre pouces en arré. . . Il n'en reste plus que trois pans, et nous n'en arlons ici que parce que cela s'appelle la tour de aint Turîa. Ce temple doit avoir subsisté jusqu'au ïmps des Goths, puisque nous y avons trouvé, dans 3S masures, des médailles gothiques d'or de mauvais loi (1). » En 1836, M. Le Court de Villethassetz parle n ces termes des médailles recueillies à Corseult : Les médailles, qui forment la principale partie de es collections, représentent la suite des empereurs et es principaux personnages de l'empire , jusqu'à lonstantin III (407-408). On y voit aussi un grand lombre de médailles gothiques et quelques médailles ^ecques (2). Citons encore ce passage d'une chanson :e geste, analysé par M. Paulin Paris au tome XXII e l'hist. litt. de France, p. 402-416, â propos de Corseult :

Droit à Corseul a'eatoit l'ost arrêté.

Cité fat riche, de vielle antiquité,

Mais gasté estoit, longtemps avait passé {&).

(1) Vies des saints de Bret, 1735, in-fol-, p. 178; A. de la lorderie, Diablintes, Guriosolites et Goriaopltea, p. 19.

(8) Annuaire diuannaie, 1836, p. 108-109, d'après M. de la ;orderie, Diablintes, CttriosoUles et Corisopites, p. 17-18.

(3) Le Roman d'Aquin et de la conquête de l'Armorique par

Enfin, d'après Eginhard, les Bretons insulaires chassés par l'invasion saxonne se seraient établis sur les terres des Vénètes et des Coriosolites (1). L'hésitation ne serait pas permise si les évoques de Quimper ou de Cornouailles n'étaient désignés au IX® siècle sous l'appellation Corisopitenses. Parmi les prélats accusés de simonie par Nomenoe en 847 se trouve un Félix Corisopitensis (2). Depuis, les évoques de Quimper ont constamment pris ce titre. La persistance des Curiosolites nous paraissant prouvée, il peut y avoir trois explications à ce titre nouveau : ou bien les évoques de Quimper, trouvant le titre d^Ossismenses déjà pris par l'évêque de Léon et ne voyant plus dans la péninsule aucune appellation qui ne fût déjà la propriété d'un évoque de la province, ont été chercher dans la Notitia la dernière dont ils pussent encore disposer; ou les Corisopites ont formé, dans le courant du V® siècle, une nouvelle cité démembrée desOssismes, ou des Ossismes et des Vénètes; ou le nom de Corisopitum s'applique non à une peuplade, mais à une ville bretonne des Cornovii insulaires émigrés. La première hypothèse est légèrement injurieuse pour la science archéologique des évoques de Cornouailles : ne voyons-nous pas cependant la chronique de Nantes, à la même époque,

Charlemagne (manuscr. fr. no 8233, in-4o, vers 2821 et suiv., Biblioth. nat.), d'après M. de Gourson, cartul. de Red., p. GGGLXIIL

(1) Eginhard, Annal, ap. Pertz mon. Germ. hist. script. I, p. 169, à Tannée 786.

(2) Vie de saint Gonwoion, aa. ss. ord. s. Bened. s^cul. VI, 2e pai-t., p. 191.

aagj ner le nom de Dialeteases pour les Bretons 'Aleth (t)î La deuxième n'a pour etla aucun témoinage direct, si on lit dans la Notitia Galliarum 'uriosolites et non Corisopites. Cette peuplade aurait urgi, on ne sait comment ni pourquoi, au milieu u V* siècle, pour disparaître presque aussitôt, étouffée ar les Bretons Cornovii. [^a troisième a pour elle î fait que le nom de Corisopitus ou Corisopitum e parait pas avoir désigné une peuplade, mais une ille, et que ce nom se retrouve en Grande-Bretagne, proximité d'une station de soldats Cornovii. Le iographe de saint Viau (2) appelle Kemper-Corenttn ■orosopitus Corentini et Keraperlé Corisopitïis ad ailam. Or, nous trouvons stationnés à Ponte-^lii, non jin du mur d'Adrien, en Grande-Bretagne, des Cor- ■ovîi (3). Ces Cornovii sont dans le voisinage de Co~ iosopitum (4), aujourd'hui Corbridge, dans te Northumlerland. Il est possible qu'une fraction de ces Cornovii, près le départ des Romains au commencement du ^* siècle, aient abandonné leur pays, comme l'a suplosé M. de la Borderie (5), et aient transporté le nom

(1) Voir plus bas, à propos des Diablintes.

(3) Aa. Bs. Boll., 16 oct., p. 1098 (XI* siècle).

(3) Notitia dignit. OCG. XL. 34, p. Sll, Otto Seeck.

(4) Itiner. Ant., éd. Wesseling, 1735, Amstœlod., p. 463. Vatantes : Corisopito, Corstopilum. Nul doute qu'il faille lire 'oriosopitum ou Corisopitum. Ce nom parait composé. Le remier terme se retrouve dans Goria, ville des Damnii ; Curia, ille des Ottadeni; Goritavi, peuple voisin des Cornovii (Ptobmée, lib. II, c. 3).

(5) A, de la Borderie, Diablintes, Curiosolites et Corisopites, '. 24 et suiv.

de Coriosopitum en Armorique. On peut objecter qu'il est peu vraisemblable qu'un nom importé par les Bretons insulaires ait été si bien oublié par eux qu'ils raient remplacé par celui de Kemper qui n'éveille aucun souvenir historique, Kemper signifiant confluent : le nom de Corisopitum ou de Corisopitensi3 n'apparaît en effet dans aucune vie de saint. Il est possible que cette première émigration ait été effacée, submergée en quelque sorte par le flot des émigrants Cornovii, sortis d'une autre région, quittant la Grande-Bretagne au commencement du VI® siècle, comme nous le verrons, et que le nom de Corisopitum, au VIP siècle, n'ait plus été déjà qu'un souvenir.

Les écrivains qui ont rayé les Curiosolites de la carte de la péninsule, au V® siècle, ont essayé de combler le vide que laissait leur disparition entre le Léguer et la Rance, en y établissant les Diablintes (1). Ils ont invoqué à l'appui de leur opinion une glose ou addition de quelques manuscrits de la Notice des Gaules de date assez récente (le plus ancien est du X® siècle) et un passage de la chronique de Nantes. La glose est ainsi conçue dans un des manuscrits : civitas Diablintum qu8ô alio nomine Aliud vel Adala vocatur ; dans un autre : civitas Diablintum quae alio nomine Adalia vocatur; dans un troisième : civitas Diablintum id

(1) Cette opinion, émise pour la première fois par D'Argentré, qui fait de Saint-Malo la capitale des Diablintes, soutenue par Valois, reprise de nos jours par MM. Longnon (Cités gallo-rom. de Bret., p. 34-40) et Pocard-Kerviler, a été solidement réfutée par M. A. de la Borderie (Diablintes, Curiosolites et Gorisopites).

est, Carifes (1)'. M. Longnon et avec lui M. Pocard- Kerviler n'hésitent pas à reconnaître Aleth dans Aliud, Dol dans Adala, et dans Carifes une de ces localités bretonnes si nombreuses commençant par Ker; l'œil le moins exercé, paraît-il, ne s'y tromperait pas. A notre confusion, nous avouons ne rien voir dans ces additions qu'une fantaisie ou une erreur du copiste. Elles abondent, d'ailleurs, dans les manuscrits de la Notitia. Si Carifes devait être pris au sérieux, nous serions disposé à l'identifier avec saint Calais, du latin Carilessus ou Carilefus, saint du VP siècle, qui a donné son nom à Saint-Calais.

La chronique de Nantes mentionne des Britannos DiaUtenses attendus par Lambert, comte de Nantes, en 843, pour engager la lutte contre les Francs ; mais cette chronique a été rédigée au XI® siècle (2). Cette même chronique, d'ailleurs, porte plus loin Aletensis (3) pour l'évoque d' Aleth, et non Dialetensis. La forme Dialetensis a été reproduite par la chronique de Saint- Brieuc (XIV® siècle) et le fragment historique de la chronique de Valdieu (XV® siècle) (4), qui ne font que paraphraser, l'une la chronique de Nantes, l'autre la Notice du Mont-Saint-Michel. Tout cela ne saurait prévaloir contre l'autorité de la Notitia Dignita-

(1) Longnon, Cités gallo-rom., p. 40. — Pocard-Kerviler , Etude critique sur la géographie de la presqu'île armoricaine (mém. de l'Associât, bret., 1873, p. 60 et suiv.). — Cf. Notitia Gall. Otto Seeck, p. 264.

(2) Dom Morice, Preuves, I, col. 136,

(3) Ibid., 140.

(4) Ibid., 23 et 284.

tuniy celle du cartulaire de Redon (1)^ qui mentionne de 835 à 871 plusieurs fois ce diocèse et Tévêque d'Aleth, toujours sous la forme Aleta civitas, épiscopiis Aletensis, contre le diplôme délivré par Louisle-Débonnaire à Hélocar, episcopus Alethensis (2)^ contre la chronique du Mont-Saint-Michel (3). De plus, il y a loin de la forme Dialetensis à Diablintes. Il est vrai que lorsqu'on voit Dol dans Adala, on ne saurait être embarrassé pour si peu. Enfin, il y a un fait aujourd'hui bien reconnu, c'est que le nom de Diablintes se retrouve dans Jublains, canton de Bais, arrondissement de Mayenne. Le mérite de la découverte revient à Pabbé Le Bœuf en 1739; d'Anville, après lui, n'a pas hésité à faire de Jublains la capitale des Diablintes. La vie de saint Julien, premier évêque du Mans au IV® siècle, celle de saint Domnole (560-581), de saint Bertrand (acte de 616), de Beraire (acte de 710), tous évoques du Mans, de saint Siviard, écrite au VIII® siècle, mentionnent tous dans ce diocèse du Mans une condita Diàblintica ou un vicus Diablinticus , et en précisent la situation de façon à ne pas laisser là-dessus le . moindre doute. Des diplômes de Charlemagne et de Louis-le-Débonnaire confirment à l'église du Mans diverses possessions situées in vico Diablintico (4). On

(1) De Gourson, cart. de Redon. Paris, 1863, p. 39, 172, 192, 199, 276, 356, 366.

(2) D. Morice, Preuves, I, 225.

(3) D. Morice, Preuves, I, p. 288.

(4) Pour tous ces textes, V. Gauvin. Géographie ancienne du diocèse du Mans, p. 92, 296, 297, 256, 304, 406, 526; Le Fizelier, Arvii et Diablintes^ p. 34-35 (d'après A. de la Borderie, Diablintes, Guriosolites et Gorisopites).

trouvé à Jublains des ruines immenses qui en font m des principaux centres de l'occupation romaine ins l'Ouest : forte citadelle, vaste cirque, temples maliflques, marbres, fresques, mosaïques, aqueducs, rum, substructions nombreuses, voies antiques se rigeant vers la ville (1). Sur une des voies, au gué s Saint-Léonard, on a trouvé une borne milliaire avec le inscription incomplète, où on lit encore à la an : [III (LeucEe quatuor), exacte indication de la distance 1 lieues gauloises qui sépare ce point de Jublains : ■euve, comme le fait remarquer M. de la Borderie, le, sur les voies environnantes, les distances étaient imptées à partir de cette ville, et qu'elle était, par inséquent, un cheMieu, une cité. En somme, il n'y a ts une cité gallo-romaine dont la situation soit mieux ablie que la civitas DiàbUntum (2).

(1) De la Borderie, Diablintee, p. 7; cf. Barbe, Jublains. Le ans, 1865, in-8».

(3) On ne comprendrait pas qu'un érudit de la valeur de . Longnon s'obstinât ainsi à lutter contre l'évidence, ai l'on I Bavait que la présence des Diablintes à Jublains le gêne lur son système des évèchés. Pour M. Longnon, les évêchés ennent se superposer exactement sur les civitates du V* siècle, r, il n'y a pas trace d'évëché à Jublains : donc Jublains n'est 18 une cité ; donc les Diablintes doivent être placés ailleurs. sla sorte, on a en Bretagne une superposition exacte des évéchés r les cités : L'évëché de Cornouailles représente les.Corîso* tes ; celui de Léon, les Ossismes ; l'évéclié de Dol ayant juriction, suivant M. Longnon, sur toute la Domnonée, est for* é de la cité des Diablintes. Pour Rennes, Nantes et Vannes, LB de difficulté. A qui fera-t-on croire que lee Bretons émiants soient venus précisément par tribus se renfermer exacment dans les limites d'anciennes cités gallo-romaines ; que

On remarquera que les cités de la péninsule sont encore plus difficiles à délimiter à l'intérieur que sur la côte, et que leurs limites y paraissent moins tranchées ; c'est qu*au centre s'étendait une vaste région forestière signalée par plusieurs vies de saints et bien connue au IX« siècle sous le nom de Poutrocoêt, c'est-àdire de pagus trans sylvam. Les localités du Poutrocoêt que nous fait connaître le cartulaire de Redon sont situées dans l'archidiaconé de Porhoèty forme du breton moderne pour Poutrocoêt, partie sud de l'ancien évêché de Saint-Malo (1).

Cet archidiaconé dépendait au IX« siècle des évêques d'Aleth, appelés indifféremment dans le cartulaire episcopi in Aletha civitate ou in Poutrocoêt. Le Pourtrocoêtf comme le nom l'indique surabondamment, comprenait de plus le doyenné de Porhoêt, subdivision de l'ancien diocèse de Vannes, compris entre le Blavet, rOust, la Claye et le cours supérieur du LocA ou rivière d'Auray, ainsi que le comté de Porhoët. Ce comté, d'après un aveu de 1471, dont l'original existe aux

les Gornovii soient venus de Grande-Bretagne tout exprès pour se superposer aux Gorisopites, les Léonards aux Ossismes, les Domnonli aux prétendus Diablintes, en se contentant par un reste de scrupule national de changer simplement le nom des cités? D'ailleurs, il n'est pas vrai que les Domnonii se soient étendus seulement du Léguer à la Rance ; nous verrons, par des textes irrécusables, qu'ils ont poussé jusqu'à la rade de Brest.

(1) Gart. de Redon : Augan (charte de 833); Uern (Guer), 840, 833-839; Plebs Arthmael (Ploërmel), 857; Garoth (Garo), 859; Anast (Maure), 867; Giliac (Guillac), 834; Gampel (Maure), 866 ; Plélan, 869.

archives de l'ancienne chambre des comptes de Bretagne, à Nantes, se divisait en deux parties : la châtellenie de Josselin, avec vingt-neuf paroisses, dont onze en Vannes, sur la rive droite de l'Oust ; la châtellenie de la Chèze, comprenant vingt paroisses ou trêves : en tout, cinquante paroisses ou trêves (1). Mais au XI« siècle, ce comté comprenait de plus la vicomte de Rohan et la châtellenie de Guémené (aujourd'hui Guémené-sur-Scorflf) (2). Le nom de cette vaste forêt est célèbre au moyen-âge sous le nom de forêt de Brocéliande ou de Brécilien. Un château de la paroisse de Paul, près Carhaix, porte dans des actes du XYII» siècle ce nom de Brécilien (3). La forêt se serait donc étendue de l'est à l'ouest, de Guichen à Paul ou à Plouguernevel, sur une longueur de trente lieues, et du nord au sud, de Corlai à Camors, sur une largeur de douze à treize lieues.

En résumé, si les limites des cités gallo-romaines sont mal connues, on sait en à peu près la situation. Les Ossismes occupent le fond de la péninsule; au sud, ils ont pour voisins les Vénètes; au nord-est, les Curiosolites ; la péninsule est occupée au nord-est

(1) Gart. de Red., prolég., CGI, note 3. Pour le doyenné de Porhoët, voir ibid., p. 498-499, le pouillé de Vannes; pour Tarchidiaconé de Porhoët, voir, p. 485-489, le pouillé de Saint- Malo.

(2) De la Borderie, annuaire hist. et arch. de la Bret., 1861, p. 154-158.

(3) Archives de la chambre des comptes de Nantes, Déclarât, domaniales de Garhaix, III, fol. 332 ; Déclaration de la seigneurie de Paul de 1688, d'après A. de la Borderie, annuaire 1865, p. 156.

par les Redones, au sud-est par les Namnètes. Les Diablintes restent à Jublains. Le centre de la péninsule, hérissé de halliers et de forêts, doit être peu peuplé. Le territoire des cités, dans les premières années du V« siècle, est fortement occupé par des soldats romains, sous le commandement d'un Dux tractits armoricani et nervicani. La Notice des dignités de l'empire (1) nous signale : chez les Vénètes, un prcefectus maurrorum Venetorum ; chez les Ossismes, un prœfectus maiirorum Ossismiacorum ; à Aleth, un prœfectus milittim Martensium; à Mannatias (2) (Namnètes?), un prœfectus militum superventorum ; à Rennes, un prœfectus lœtorum Francorum (3).

(1) Notitia dignitatum imperii, éd. OttoSeeck, occ. XXXVII, p. 204-206.

(2) La situation des Mannatias est discutée. M. Desjardins (Géographie de la Gaule, t. I, p. 320) voit dans Mannatias Goz-Guéodet (vêtus civitas), ancienne ville romaine, près Tréguier (Gôtes-du-Nord) ; Valois, avec grande apparence de raison, corrige Mannatias en Namnètes.

(3) On a voulu placer dans la péninsule deux stations militaires que la Notice des dignités de l'empire signale sous le commandement du Dux tractus armoricani et nervicani : Blabia avec un praefectus militum Garronensium ; Grannona avec un tribunus cohortis primse novae armoricanae (Grannona in litore Saxonico). Blabia serait à Blavet (Port-Louis, près Lorient); Grannona à Guérande. Blabia doit être laissée à Blaye : Blaye a été longtemps une station militaire importante (Ausone, épist. X, 15) ; de plus, si on transportait à Blavet la garnison de Blabia, les deux provinces d'Aquitaine, !'« et 2«, placées sous le commandemeat du Dux tractus armoricani et nervicani , seraient dégarnies de troupes. Enfin , le nom de Blavet n'apparaît pour Port-Louis qu'au XV® siècle.

La Notice des dignités de l'empire met dans le même com-

La situation exacte de la garnison de Veneti et d^Ossismii n'est pas facile à déterminer. Pour Veneti, Vannes semble offrir le moins de difficultés. Ossismii, depuis la découverte de la borne de Kerscao et sa lecture par M. Le Men, paraît devoir être placé à Cot-- Castell^Ach, commune de Kernilis (Finistère) (1).

mandement d'Armorique Grannona in litore Saxonioo et à la un de rénumération, Grannono avec un prsefectus militum grannonensium. Nous croyons, avec Otto Seeck et Boecking, qu'il s'agit d'une même localité sur le littoral de notre Normandie. Une prétendue ressemblance de noms a amené MM. Pocard-Kerviler et Desjardins à identifier Grannona et Guérande. Le nom de Guérande, à l'époque gallo-romaine, est Aula Quiriaca. Au IX« siècle, le nom breton est Wenran; au Xe, Guenran et Guerrand, Wenran eût été, à l'époque de la Notitia, Vindoranna, que personne ne songera à identifier avec Grannona. V. Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, I, p. 831 ; Pocard-Kerviler, Etude critique sur la géographie de la péninsule armor., p. 80.

(1) Cette borne a été découverte en 1837, psur M. Miorcec de Kerdanét. M. Le Men, qui l'a fait transporter au musée de Quimper en 1873, en a donné lecture dans la Revue archéologique d'avril 1873 (t. XXV, 2e série, p. 269), et avec quelques différences, dans le Bulletin de la Société archéologique du Finistère (juillet 1874, p. 26). Cette borne place Kerscao à VIII pas (11k 848m) deVorganium : c'est précisément la distance de Kerscao à Coz-Castell-Ach, dans la péninsule du Hun, ancien oppidum celtique, situé sur la rive droite de l'estuaire formé par l'aber-Benoit et l'aber-Wrach. V. Desjardins, Géogr. de la Gaule romaine. Paris, 1876, t. I, p. 317, note 2. M. Longnon a ajouté à l'appui de l'opinion qui place Vorganium sur les bords de la mer un argument tiré du nom même de cette capitale des Ossismes. Vorganium, selon lui (Cités gallo-romaines, p. 29), aurait pour premier terme Vor pour Mor (mer) . Il est aussi impossible de faire de Vm initial, en celtique, un v, qu'en fran-

Vorgium, qu'on a longtemps confondu avec Vorganium, doit être placé à Carhaix. Une borna milliaire, découverte par M. Mowat à Maôl-€arhaix^ ne laisse guère de doute à ce sujet. La borne donne pour Maêl-^Carbaû une distance de six lieues gauloises à Yorgium (13 kil. 332). Or, c'est bien là la distance de c^tô localité à Carhaix (1). Une voie romaine joignait Vor^ gmm à Vorganium{2). Le nom celtique de Vorganium semble indiquer un dérivé ou un diminutii de Vùr-^ gium. Vorgium a pu être à une certaine époque la ca*pitaie des Ossismes.

Le sol de la péninsule apparaît profondémeni; sillonnô de voies romaines, et couvert sur certains points de ruines importantes qui témoignent d'une vie active et de la présence d'une assez nombreuse population. M. Pocard-Kerviler (3) compte en Bretagne jusqu'à quarante-quatre voies romaines, à peu près autant que

çais même ; mori n'eût pas plus donné vor que mare n'a donné ver. Ce qui a pu causer cette erreur, c'est qu'en breton moderne, Vm entre deux voyelles ou précédé d'une liquide devient régulièrement v, si le mot qui précède m initial est précédé» d'un autre mot faisant corps avec lui, comme l'article ou 1» pronom possessif, par exemple, Vm se comporte comme dans l'intérieur d'un njot et suit la règle précédente.

(1) Rob.Mowat (Revue arch., janvier 1874, t. XXVII, nouvelle série, p. 1-8). — Le Men (Bulletin de la Soc. arch. du Finistère, juillet 1874, p. 43); — cf. Desjardins, Géograph. de la Gaulé romaine, t. I, p. 317-318, note 2.

(2) Desjardins, Géogr. de la Gaule, 1. 1, p. 313, note 4.

(3) Pocard-Kerviler, Etude critique sur la géographie de la péninsule armor., p. 84 et suiv.

Bizeul (1), rhomme de son temps qui les a le plus liées. Chez les Namuèles, M. Bizeul (2) trouve sept 18 aboutissant à Blains et mettant la ville en comlication avec le Poitou, le Maine, l'Anjou, les villes Ftennes, Vannes, et les ports de la basse Loire, z les Redones, on peut reconnaître avec certitude vestiges de six voies romaines importantes : 1° de ines (Condate) à Carhaix (Vorgium) ; 2° de Rennes .vranches; 3" de Rennes à la baie du Mont-Sainthel ; 4° de Rennes à Corseult et à Erquy iginea ) ; 5" de Rennes à Angers ; 6° de Rennes îlain (3). Quelques antiquaires font aboutir à ines jusqu'à sept voies romaines. En tous cas, le peut douter que Vannes (Dariorigum) n'ait été ommunication avec Rennes (Condate), Coriosolitum •seult), Carhaix (Vorgium), Quimper (Civitas Aquia), Nantes (Condevicnum). L'existence de ces voies constatée par la découverte de bornes milliaires (4). z les Ossismes, Carhaix (Vorgium) parait avoir été centre important. On a constaté (5) l'existence 'une voie de Carhaix à Vannes ; 2" de Carhaix à Guéodet(VetusCivîtas), près Tréguier;3"de Carhaix aimper; 4° de Carhaix à Pouldavy et à la pointe du ; 5" de Carhaix à la presqu'île de Crozon ; 6" de

■ Bizeul, Mémoiriiaar la carte de la péninBule armoricaine, ins le congrès scientifique de France, XVI< eeeeion tenue nnea en 1849, t. H, p. i)4-55.

Bizeul, Bulletin de la Société archéologique de Nantes, im., 1859, p. 163-164:.

De Gourson, Cart. de Red., p. CXXI.

Ibid.,p. CXXXVII.

lbid.,p. CL.

Carbaix vers le Conqaet; 7® de Carhaix vers Plouguerneau.

Nous avons vu que Corseult était relié à Erquy par une voie romaine. Une autre la reliait à Aleth. D'autres voies paraissent avoir existé entre Aleth et Rennes, Rennes et Yffiniac (1).

On trouve des ruines romaines dans une foule de localités ; nous signalerons sur le territoire des Namnètes, Blain (2), les environs de Guérande ; chez les Vénètes (3), Sainte-Hélène près Nostang, Locmaria-Ker, Coz-Ilis en Plaudren, Tréalvé en Saint-Avé, L^Elveno en Noyal-Musillac, Mané-Bourguerel, le Lodo en Arradon, Kerguelen près de l'embouchure du Blavet ; chez les Ossismes (4), Carhaix, couvert de débris romains, Brest (Gesocribate ?) (5), à Douarnenez, à Troguer près le Raz (6), à Kerilien entre Plouneventer et Ploudaniel, à Roscoff, à Locmaria-Quimper anciennement civitas Aquilonia (7), à Locquirec près Lanmeur (8) ; chez les Curiosolites, à Coz-Yaudet ou Coz-Guéodet, traduction bretonne du mot Vêtus civitas (9), à Corseult, ft Lanfains près la forêt de Lorges (10), à Saint-Malo (Aleth) (11).

(1) De Gourson, cart. Red., p. GLXXXV.

(2) Ibid., GXXXVII; cf. de la Borderie, annuaire 1861, p. 4.

(3) Ibid., GXXXVIII ; cf. de la Borderie, annuaire 1861, p. W.

(4) Ibid., GLI ; cf. de la Borderie, ibid., p. 5-6.

(5) Ibid., GLU ; cf. de la Borderie.

(6) De Gourson, cart. de Red., GLIII.

(7) Dom Morice, Preuves, t. I, p. 399; cf. de la Borderie, annuaire 1861, p. 5.

(8) De la Borderie, annuaire 1861, p. 6.

(9) D. Morice, Preuves, p. 1006 (charte de 1267).

(10) De Gourson, cart. Red., GLXXXVI.

(11) Ibid., GLXXXV.

On peut voir, en parcourant le répertoire archéologique du Morbihan par M. Rosenzweig(l), combien pour les seuls Vénètes les ruines romaines sont fréquentes ; elles le sont tout autant que dans le reste de la Gaule. M. Rosenzweig en retrouve dans près de cent communes. Partout se montre la main des Romains ; l'étude de la péninsule armoricaine donne à l'archéologue l'impression d'un pays non seulement complètement dompté, mais môme complètement assimilé. Tout confirme cette impression.

L'histoire des cités gallo-romaines de la péninsule armoricaine au V® siècle se confond avec celle des autres cités du tractus armoricanus.

Vers 408, les Armoricains, ainsi que les habitants des autres provinces gauloises, prennent les armes à l'exemple des Bretons insulaires et chassent les magistrats romains, qui ne savent pas les défendre et ne font que les pressurer (2). Honorius, en 4H, envoie une armée contre les barbares qui désolaient la Gaule; il est vainqueur (3) et les provinces révoltées se soumettent (4). En 417, Exupérantius est gouverneur de l'Armorique (5). Les cités armoricaines s'étant révol-

(1) Rosenzweig, Dict. archéolog. du départ, du Morbihan. Paris, 1863. — Les inscriptions et médailles sont peu nombreuses : 13 inscriptions, 8 médailles entre 41 ap. J. Ghr. : et 306 (Bizeul, Congrès arch. de France. Nantes, 1856, p. 116 à 131).

(2) Zosime, Historise novae, lib. VI, c. 5.

(3) Orose, Histori», lib. VII, c. 42; Sozomène, Histor. eccles., lib. IX, c. 14.

(4) Orose, Histor., lib. VII, c. 42.

(5) Rutilius Numatianus, Itiner., v. 213.

^Talées (443?), Aetius lance contre elles un chef alain Eocarich. Saint Germain d'Auxerre, venant de Grande- Bretagne, intervient, arrête Eocarich et se rend à Ravenne auprès de l'empereur, pour intercéder en faveur des Armoricains (1). Au moment où il revient éclate une nouvelle révolte des cités (2). Elle fut sans doute promptement étouffée, la Gaule, d'après Sidoine Apollinaire, obéissant tout entière aux préfets de Valentinien III (3). Les Armoricains secondent les efforts des Romains (4) pour repousser les tentatives des Wisigoths sur les pays situés au-delà du Rhône. Lorsque la puissance romaine est définitivement brisée par les Francs dans les Gaules, ils forment une confédération indépendante et se défendent vigoureusement contre les Francs. Ceux-ci devenus chrétiens, un accord intervient entre eux et les Armoricains. Les soldats romains isolés en Armorique se mêlent aux Armoricains en paix avec les Francs, mais leurs descendants restent encore reconnaissables à certaines habitudes particulières (5). Par cet accord avec les Armoricains, la domination de Clovis se trouve étendue de la Seine à la Loire (6). Il

(1) Vita Germ. auctore Gonstantio II, c. 1; Bolland. aa. ss., 31 juiUet, t. VII, p. 2Ï6-217; Beda, Hist. eccles. gentis angl., lib. I, c. 21.

(2) Vita G-erm., lib. II, cap. 2, ibid.

(3) Sidon. ApoU., litter. V, 9.

(4) Procope de bello goth., lib. I, cap. 12.

(5) Procope de bello goth., lib. I, cap. 12.

(6) Hincmar, in vit. Remig. apud Dubos, Histoire critique de rétablissement de Id Monarchie française dans les Gaules, 3 vol. Paris, 1742, t. II, livre IV, cap. 5, p. 181. In illis diebus dilatavit Ghlodoveus amplificans regnum suum usque Sequanam. Sequenti tempore usque Ligere fluvio occupavit.

n*y a aucune raison de supposer que les cités galloromaines de la péninsule se soient séparées du reste de la confédération armoricaine.

• § 2. — EVÊGHÉS.

Comme dans la plus grande partie de la Gaule, les évôchés de la péninsule, existant au V« siècle, ont été formés du territoire des cités et se sont renfermés dans les mômes limites. Deux cités seulement, les Ossismes et les Guriosolites, ne paraissent pas avoir eu de siège épiscopal au V® siècle. Les seuls évôchés dont l'existence, à cette époque, soit certaine, sont ceux de Nantes, Rennes et Vannes.

Le premier évoque de Nantes aurait été Eumelius on Emmetius , qui assiste au concile de Valence , sur le Rhône, en 374 (1). Au V® siècle, on voit figurer à divers conciles les évoques de Nantes : Desiderius, Léon, Eusebius (2).

Le premier évoque de Rennes connu est Athénius, qui signe en cette qualité au concile de Tours, en 461, et au concile de Vannes, en 465 (3). Saint Amand aurait également occupé le siège de Rennes au V® siècle, d'après les actes de saint Melaine, son successeur, dont nous possédons une vie détaillée, et qui fut l'âme du concile d'Orléans en 511 (4).

(1) Labbé, Sacrosancta concilia. Paris, 1671, t. II, p. 906. — Gallia christiana, t. XIV, p. 795 (Paris, 1856).

(2) Gallia christ., t. XIV, p. 790-797.

(3) Labbé, Sacrosancta concilia, t. IV, p. 1053. — Gallia christiana, t. XIV, p. 740.

(4) Aa. 88. BolL, janv., t. I, p. 329.

Le siège de Vannes n'a été fondé qu'en 465 (1), comme nous l'apprennent les actes du concile tenu dans cette ville pour l'ordination de Paternus.

On s'explique la fondation tardive de l'évêché de Vannes par l'obstination des Vénètes à repousser le christianisme. D'après le biographe de saint Melaine, qui écrivait avant la fin du VP siècle, les Vénètes étaient encore, du temps de ce saint, presque tous payens (2). Telles étaient sans doute aussi, et peut-être plus accentuées encore, les dispositions d'esprit des habitants des cités plus reculées de la péninsule. Les biographes de saint Samson, saint Ma gloire, saint Lunair, saint Malo, saint Tutgual, saint Goneri, etc., s'accordent à nous montrer au VP siècle le paganisme encore assez puissant en Armorique. On peut faire la part aussi large que l'on voudra aux exagérations du biographe désireux de rehausser la gloire de son héros: il semble difficile de nier que le paganisme eût encore des prosélytes, à cette époque, dans la péninsule, et à plus forte raison au V® siècle. Cet attachement des habitants au paganisme n'était pas un obstacle invincible à la fondation d'évêchés dans le reste de la péninsule, l'exemple des Vénètes le prouve ; mais il a pu la retarder jusqu'à l'arrivée des Bretons, en grande partie chrétiens et dont l'émigration a dû commencer au milieu du V« siècle. Au V® siècle, il n'y a d'autres évêchés dans la péninsule que ceux de Nantes, Rennes et Vannes ; les autres n'existaient pas et ont été fondés pardes

(1) Labbé, Sacrosancta concil., t. IV, p. 1054.

(2) BolL Januar. I, p. 331. Erant tune temporis Venetenses paene omnes gentiles.

firetoQS inralaires. On ne peut signaler un seul évêque, dans la péninsule, k ^tte époque, en dehors de ceux -que nous venoas de nommer. Au concile de Tours, en 4dl (1)« figure un Mansuetus episcopus Britanno- I I '^v^.^ y rum, «nais sans désignation de siège. C'est donc pro-

( ^\ A'' baMeiaent un Breton insulaire émigré en Armorique,

dans une partie du pays où il n'y avait sans doute pas encore de siège épiscopal établi. Un évéque résident en Grande-Bretagne eût signé avec l'indication de son siège- On a cru trouver un argument à l'existence d'autres éyêehés que ceux de Rennes, Nantes et Vannes, 4ans les subscriptions des évoques assistant au concile de Vannes, en 465. Sont présents au concile : Albiûus, Paternus de Vannes, Athénius de Rennes, ^ Nunnec hius d e Nante s, Liberalis (2). Victorius du Manâ et Thalassius d'Angers sont absents, et c'est à eux qu'est adressée la lettre du synode, à laquelle Perpetuus de Tours a donné son approbation. Le siège de tous ces prélats, Albinus et Liberalis exceptés, est connu ; toutes les cités de la province sont représentées, moins les Ossismes et les Corisopites : donc, conclut M. Longnon, Albinus et Liberalis doivent être des évoques des Ossismes et des Corisopites, un concile provincial ne pouvant, selon lui, se composer que d'èvôques de la province. Or, tout justement, en 453, quelques années avant le concile de Vannes, pour le môme motif, c'est-à-dire pour l'ordination d'un évêque, nous voyons figurer au concile d'Angers deux évêques

(1) Labbe, Sacrosanct. concil, t. IV, p. 1053.

(2) Biblioth. nat., ms 19097, Vie siècle, f . 197 ; cf. Labbe, Sacrosancta concil., t. IV, p. 1054.

qui n'appartiennent pas à la troisième Lyonnaise : Léon de Bourges, Chariaton de Meaux (1). De plus, que deviennent les Diablintes dont on fiait une cité à la place des Curiosolites, pour laisser vivre les Corioso-r pites? Ceux-là au moins seraient sans évoque, on na voit pas pourquoi, si tous les autres, même les loin-^ tains Ossismes, en ont reçu. Enfin, contre l'érection de sièges épiscopaux chez les Ossismes et les Curiosolites, en un mot dans toute autre région de la péninsule que chez les Vénètes, Redones et Namnètes, nous gavons la tradition constante des églises de Bretagne et le témoignage formel des vies de saints les plus dignes de foi. Nous établirons par le témoignage des hagiographes, au § 4 de notre chap. IV, traitant de l'Eglise bretonne dans la péninsule armoricaine, que la fondation de Tévêché de Dol est due à saint Samson, déjà évêque avant de quitter l'Ile de. Bretagne; que le premier évêque d'Aleth est saint Malo, le premier évêqne de Léon, Paul Aurélien, tous Bretons insulaires. Quant aux évêchés de Saint^Brieuc et Trégiiier, personne ne conteste qu'ils aient eu pour point de départ les monastères fondés par les Bretons Brieuc et Tutwal. La fondation de l'évôché de Cornouailles est plus entourée de nuages, les vies de saint Corentin, son premier évoque, étant fort suspectes. On peut cependant invoquer ici encore la tradition constante de l'église de Quimper,qui fait de saintCorentin un Breton, fils d'émigré insulaire, corroborée parle témoignage des bréviaires bretons. La persistance et l'accord des traditions des églises bretonnes sur ce point sont d'autant plus dignes de

(1) Labbe, Sacrosancta concil. Paris, 1671, t. IV, p. 1023.

l'que que l'autorité et la dignité des sièges épis- IX dépendaient en grande partie de leur ancienneté ; oute que si des évêques des Ossismes et des Cuites avaient existé au V' siècle, leurs successeurs sent tenu à honneur de conserver leur souvenir, voulu, sans tenir compte de l'autorité de la vie ni Aurélien et des traditions constantes de Pévêché éon, faire de Litharedus, qui signe episcopus ensis au premier concile d'Orléans, en 511, un le des Ossismes. Or, pas un manuscrit ne porte mensis, ni même Oximensis. Le manuscrit latin ', da VI' siècle, qui porte dans son texte de la a civitas Ossismoritm, présente ici (fol. 207) ias episcopus de Uxuma. Le manuscrit de Reims utres encore ont Litharedus episcopus de TJœoma te; quelques-uns portent Oxomensis. La Vulg âlg mprenant rien à ce nom, a corrigé Lttœoviensis (1). différence de nom, jointe à l'autorité des vies des ! bretons, ne nous permet pas de voir dans Lithaun episcopus Ossismensis. S'inclinaat devant l'audes hagiographes, beaucoup d'écrivains ont placé redus à Séez. L'évêché des Sagii est en effet moins u que le pagus Oximensis (Exmes) qui le com- I. Cette théorie a été exposée tout au long par i Trigan, dans son histoire ecclésiastique de la nce de Normandie (2). On lui a objecté qu'on e au concile d'Orléans, en 533, un episcopus Sais et non Oximensis. Cependant, Yves, évêque

Labbe, Sacros. concil., t. IV, p. 14(6.

Trigan, histoire ecclésîaat. de la province de Normandie. iim-riGl, 4 vol. in-i», 1. 1, p. 430 et suiv.

de Séez en 1053, est appelé Oximorum prœsid et son évôché diœcesis Oximorum (1). Un événement que nous ne connaissons pas a pu, de 5H, date du concile où nous voyons figurer Litharedus, à 533, date du concile où nous voyons pour la première fois figurer un episcopus Sagiensis, faire transporter le siège de l'évêché à Séez. Nous voyons, au surplus, en 511, au même concile d'Orléans, un évêque des Pictavi prendre le titre de episcopus de dvitate Ratiatica (2). Nous n'avons qu'une objection à faire au système de l'abbé Trigan, c'est la persistance des manuscrits à ne pas écrire Oximensis ni Ossismensis, et on avouera que la tentation devait être bien forte, ce nom étant si connu. Il nous paraît donc probable qu'il faut chercher ailleurs un siège à Litharedus. Or, il existe une civitas de Uxoma ou Oxomensis : c'est en Espagne, dans la province ecclésiastique de Tolède. Le nom de cette cité de l'époque romaine est Uxama : c'est la forme que nous trouvons dans Silius Italicusetdans les inscriptions (3). Les Goths lui donnent le nom d'Oxoma. Depuis 591, figurent dans les conciles d'Espagne une suite d'évêques qui se qualifient constamment d'episcopi Oxomenses (4). Le nom actuel est Osma. Le premier évêque bien connu est Jean, en 591, mais l'opinion des archéologues et des historiens dç l'Eglise d'Espagne est que l'évêché d'Uxama a dû

(1) Gallia christiana, t. XI, c. 675.

(2) Labbe, Sacrosanctaconcil., t. IV, p. 1403.

(3) Hûbner, Inscript, hispan., n» 2731. Uxamensis.

(4) Descripcion historica de obispado de Osma con el catalogo de SOS prelados per D. Juan Loperraez. Madrid, 1788, t. I, p. 37; cf. Florez, Espana sagrada, t. VII, p. 273 et suiv.

lister de très-bonne heure, probablement dès le V» siècle (1). pour comprendre la préseace d'un évoque 'Oxoma au concile d'Orléans, il faut se rappeler que bôrésie des Wisigoths préoccupe à cette époque trèsivement les évâques et que Clovia se donne comme j champion de l'orthodoxie. Il est certain qu'il devait hercber des appuis contre ses ennemis dans le clergé atbollque des pays qu'ils occupaient. On peut donc, ans invraisemblance, supposer que Litharedus a été hassé de son siège comme suspect, ou qu'il a été ttiré à Orléans par Clovis dans un intérêt politique, u peut-être simplement amené par l'intérêt religieux, joutons que le nom de Litharedus (2) est un nom lanifestement wtsigotk et non franc. La voyelle Snale u premier terme dans les noms francs composés est n o; chez les Goths, ena.

Un fait extrêmement important et qu'on n'a pas tait sssortir, c'est qu'aux différents conciles de la province e Tours, au V et au VI' siècle, on ne voit paraître ucun évêque ni d'Aleth ou Saint-Malo, ni de Dol, ni e Léon, ni de Quimper. Au concile de Tours (3), en 61 , figurent Eusebius de Nantes, Athenius de Rennes; u concile de Vannes (4), en 465, Paternus de Vatmes, îunnechius de Nantes, Athenius de Rennes ; à An-

(1) PaBCual Madoz, Dictionario geographico-estadisticoiatorico de Espana. Madrid, 1849, t. XH, art. Osma; cf. Florez, Ispana sagrada, t. VII, p. 385-388.

(2) Le manuBcrit 12097 donne Litardus, mais c'est une faute vidente : il faudrait au moins Lithardus.

(3) Labbe, concU., t- IV, p. 1053.

(4) Ibid., p. 1054.

gers (1), pour l'érection d'une basilique, Melanius dô RenneSj Marsus de Nantes, Albinus A^ Angers, qui était du pays des Vénètes ; au !•' concile d'Orléans (2), les évêques de Vannes, Rennes, Nantes; au 2^ coûcilé d'Orléans (3), convoqué par ordre de Childebert, en 533, Eumerius de Nantes ; au 3« (4) concile d'Orléans, en 538, Marcellianus, prêtre, pour Eumerius de Nantes; au 4« et au 5® concile d'Orléans (5), en 541 et 552, Febediolus de Rennes ; au 2« concile de Tours, traitant de questions concernant la Bretagne, en 567, Félix de Nantes, Victorius de Rennes. En 560, saint Félix con- . sacre, à Nantes, une magnifique cathédrale, commencée par son prédécesseur Eumerius ; une grande fête est célébrée ; le métropolitain de Tours y assiste avec les évêques de Rennes, Angers, Angoulême, Le Mans (6) : pas un évêque breton. Qu'en conclure, sinon quefles autres évêchés de la péninsule étaient de fondation bretonne, et quelles évêques bretons ne se croyaient pas tenus d'assister à des conciles ou réunions tenus en pays étranger, en Remanie, suivant

(1) Labbe, concil., t. IV, p. 1818.

(2) Ibid., p. 1403.

(3) Ibid., p. 1780.

(4) Ibid., t. V, p. 294.

(5) Ibid., p. 380, p. 390. — Au concile de Paris, en 557, figure un évêque du nom de Samson, qui est probablement Tévôque de Dol, mais il signe sans désignation de siège ; son biographe nous apprend qu'il fit en eflfet un voyage à Paris pour réclamer à Childebert le jeune Judwal, fils de Jonas, roi de Domnonée.

(6) Venant. Fortun. Carmin., hist., lib. III, carm. VI, ap. dom Bouquet, t. II, p. 480.

pression du biographe de saint Samson? L'abîe de l'évéque de Vannes s'explique : Vannes, au siècle, est souvent aux mains des Bretons, et l'éae même est forcé de courber la tête sous la rude n des ctiefs bretons de Bro-Waroch ou Vannetais on (1).

§ 3. — La langue.

a langue gauloise dans la péninsule armoricaine a e même sort que dans le reste de la Gaule, 'opinion la plus commune au siècle dernier, et t-êti'e aujourd'hui encore, c'est qu'il était resté s la péninsule armoricaine, malgré la longue durée 'occupation romaine, à l'état de patois, un idiome lois que l'arrivée des Bretons insulaires a ranimé uquel elle a pu insuffler assez de vie pour qu'un ecte celtique s'y soit perpétué jusqu'à nos jours. riori, l'hypothèse n'a rien d'invraisemblable; non la péninsule armoricaine ait été moins romanisée le reste de la Gaule celtique, nous avons vu lie a subi le sort commun, mais il semble qu'au siècle le gaulois n'ait pas complètement disparu. it Jérôme nous apprend que la même langue se ait de son temps chez les Trévires et chez les ites (2). Quant à l'apostrophe placée par Sulpice ire dans la bouche d'un personnage de ses dialogues )n interlocuteur, > parle, même celtique, ou si

Grég. de Tonrs, hist. Franc, X, 10. Voir plus bas,

HieronTin. Comm. in epist. ad Galatae, II, 3 (oper. VIT, Migne, Patrol. Patr. lat.).

i veux, gaulois (4), • on peut l'entendre de la langue >maine vulgaire parlée en Gaule, à coup sûr fort ifférente à ce moment du latin classique. Les vers de laudien ne nous semblent pas plus probants : > Tu Étonnes qu'Orphée ail apaisé par la voix les bétes .uves, lorsque des mots gaulois conduisent des bétes î somme (2), - et plus loin : « D'une oreille docile, le (la mule) saisit les sons barbares (3). > Des mots aulois étaient encore certainement restés dans les vres des érudits et un certain nombre dans la bouche a peuple. Marcellus Empiricus , qui vivait sous héodore l", nous a conservé le nom celtique d'an ertain nombre de plantes (4). Ausone salue nne fonline de son nom celtique de Divona (5). Venantius ortunatus savait que le nom de Vememelum en aulois sigaitlait grand sanctuaire (6). L'interprétation st très-exacte et justifiée par le britannique et le

(1) Sulpit. Sev., Dial. I, 27 (oper. Lipa., 1709). « Tu vero, iquit Postumianua, vel Geltice, aut, ai mavia, gallice, loquere, ummodo jam martmum loquarie. >

(3) Claud., EpignuDm. I, de Mulabus gallicie 19 (ap. dom iQuquet, t. I, p. 771).

(3) Glaud., Ëpigramm. I, 8, Barbaricoa docili concipit aure onos.

(4) Jacob Grimm., ûlier Marcell. Burdig. (Âbbandlung, der tei-1. Akad., 1849; ûbet Marcellinischer Formeln, ib. 1856).

(5) Aus., Urb. XIV, 31 :

Salve, urbia geniuB, medico potabilie hauatu Divona celtanim lingua, fous addite divia.

(6) Venant. Fortun., 1, 9 :

Nomine vernemetis voluit vocitare vetustas Quod quasi fanum iiigens gallica lingua refert. Cf. ZeuBs, Gram. celUca, 3* édit., p. 10.

gaêliqne. Grégoire de Tours nous fait connaître trois termes gaulois encore en usage de son temps (1). De tous ces textes (2), un seul semble militer en faveur de l'existence du gaulois vers la fin du IV« siècle, celui de saint Jérôme, d'autant plus remarquable qu'il s'applique à un pays où les écoles romaines étaient très-florissantes, au pays des Trévires. Saint Jérôme, qui avait l'hyperbole facile, aura peut-être un peu forcé les termes et conclu d'un certain nombi'e de mots communs encore aux Gaulois et aux Galates, à la persistance d'une langue commune dans les deux pays. Peut-être aussi le gaulois ne s'est-il éteint complètement en Gaule que dans le courant du V« siècle. A cette époque, en tout cas, dans la péninsule armoricaine, c'est un fait accompli.

L'étude des noms de lieux et des noms d'hommes a conduit M. de Courson à cette conclusion (3). Partout où les Bretons insulaires ne se sont pas établis, les noms de lieux sont gallo-romains, les noms d'hommes

(1) Grég. de Tours, hist. Franc, I, 30 : Delubrum illud quod gallica lingua vasso Galatse vocant. — Ibid., IV, 31 : avis corydalus, quam alaudam -vocamus. — Vit. patr. XII, 2 : Brachio quod in eorum lingua (Arvernorum) interpretatur ursi catulus.

(2) Le glossaire gaulois, connu sous le nom de glossaire d'Endlicher, du nom de celui qui l'a découvert dans un manuscrit du IXe siècle et publié en 1836, se compose de dix-sept mots gaulois, mais dont les terminaisons sont latines : les terminaisons sont les mêmes que celles de l'Itinéraire d'Antonin, contenu dans le môme manuscrit. M. Whitley Stokes a voulu y voir des terminaisons celtiques (Revue archéoL, t. XVII, 1868).

(3) De Cours., cart. de Redon, prolég., CGXV.

sont latins on germaniques. Le pays de Rennes^ celui de Nantes^ moins la zone de Gnérande^ sont dans ce cas. Le Vannetais oriental même, vers la fin du V® siècle, présente le même phénomène. Le tyran de Vannes, dans la vie de saint Melaine(l), s'appelle jfft^* sebius, sa fille Aspasia, et la villa où il réside Prima villa. Partout, au contraire, où les Bretons s'établissent, les noms d'hommes et de lieux présentent le caractère celtique. Les noms d'hommes sont les mêmes qu'en Galles et en Cornouailles ; les noms de lieu2 sont généralement précédés d'un premier terme bretwi, comme dans l'île : tref (hameau), ploi, plou, pl&u, plo (plebs), caer (lieu fortifié et simplement village), lan (le plus souvent monastère), etc. Les terminaisons sont également différentes. Les Bretons ne tirent pas de noms de personnes des noms de lieux en acum (ac), formation très-fréquente en pays gallo-romain (2). En un mot, dans la zone occupée par les émigrants, tout est transformé, tout est celtique : on est en Bretagne ; à Rennes et à Nantes, on est en Remanie (3). Ce qu'il nous importe d'ailleurs de savoir, ce n'est pas si quelques restes de patois celtiques végétaient encore dans les forêts de la péninsule, mais bien si le gaulois est la souche du breton continental et s'il entre pour une part quelconque dans sa formation. A cette question nous pouvons répondre hardiment : non. Pour plus de clarté^

(1) Aa. SB. Boll., janv., I, p. 331-332.

(2) Voir pour plus de détails le g 3 de notre chap. IV.

(3) Vit. Sams. ap. Mabillon, aa. ss. o. s. Bened., sasc^ I, }. 165, 166, 180.

quelques mots sur la situation des idiomes celtiques vers le V* siècle de notre ère.

Les idiomes celtiques se divisent en trois grands groupes : le gaulois, le breton, langage des habitants de l'Ile de Bretagne, le gadélique ou goidêîique, langue des habitants de l'Irlande. Le bret(»i était-il plus étroitement apparenté au gaulois qu'au goidéliqueî Les restes de la langue gauloise ne sont pas assez importants pour nous permettre de trancher la question. Tout ce qu'on peut constater, c'est qu'au IX* siècle encore, malgré de nombreuses et graves divergences, la parenté du goidélique et du britannique est très-frappante, tandis que dès le premier siècle de notre ère, les différences entre le gaulois et le 'bvitannique étaient assez saillantes pour que Tacite en ait eu connaissance : le langage des Bretons, dit-il, n'est pas très-différent de celui des Gaulois (I). Il faut

(1) Tacite, vie d'Agricol., c. 7. ZeusB, qui penche pour une plus étroite parenté entre le breton et le gauloia, n'en donne qu'un argument de quelque valeur : c'est que le groupe qv devient p en gaulois et en breton, tandis qu'il persiste en goidélique et devient plus tard c : ex. : breton et gaulois epos (cheval), pour eqvos, irlandais ech = eqvos. Or, cette transformation a dû s'accomplir graduellement et n'est pas terminée en Gaule à l'arrivée des Romains : ex. : Sequana. Sur le littoral de la Bretagne occupé par les Belges, elle a lieu à cette époque: ex. :Pe(wari'(i, ville des Parisii de l'Humber, pour Quetuaria; mais nous ne savons ce qui se passait chez les peuples de l'intérieur. On avouera dés lors que cet argument, le plus fort de ceux qu'apport^ Zeuss, n'est pas très-probant. La même transformation a eu lieu en ombrien et en grec ; personne ne soutiendra cependant que l'ombrien est plus apparenté au grec qu'au latin, qui a conservé qv intact.

uer que les Bretons dont parle ici Tacite sont 1 littoral qai regarde la Gaule, en général d'ori- Ige. Les différences à l'intérieur devaient être ip plus profondes.

jltique des îles britanniques se divise nettement ï groupes : le breton et le gaélique.

aêlique se partage en gaélique d'Irlande et en e albannach ou A'Alba, ancien nom de la Grande- 16 (Albion), aujourd'hui restreint anx hautes l'Ecosse. Le dialecte de l'Ile de Man est très- :hé du gaélique albannach : ces trois dialectes ailleurs, très-près les uns des autres. Le breton nd le gallois, le comique, éteint au siècle der- I, parlé dans la Cornouailles anglaise, elVarmo-

leuples parlant les différents dialectes gaéliques îns s'appellent eux-mêmes, les uns Gaëls, les Bretons : le nom de Celtes est inconnu aux deux s. Les Gallois se donnent aussi le nom de On a identifié les Gaéls d'Irlande et d'Ecosse lUs (Galli), premiers habitants celtes de la Gaule la Bretagne, les Cymri de l'ouest de l'Angleà de fabuleux Cymri, qui auraient envahi la 3t les îles britanniques après les Galls. Or, le e Gaèl n'a rien à faire avec celui de Gall, pas [uo celui des Cymri de Galles avec les Kymri raient envahi la Gaule après les Galls, plusieurs avant notre ère.

a dernière personne qui ait parlé comique, DoUy Peneet morte en 1778, à l'âge de 103 ana. (ZeusB, Grammat. s éd., prœf., VIII.)

Le nom moderne Gaël est dérivé d'une ancienne forme Gaidel ou GoideL Ce mot s'écrit encore aujour* d'hui en irlandais Gaidhely mais on prononce Gaihel ou Gaèl. La disparition du d tient à une loi de l'irlandais moderne, qui veut que tout d entre deux YPyelles s'aspire et finisse même dans la prononciation par disparaître ou ne laisser qu'une légère aspiration (1).

Le nom de Cymri est assez récent et ne parait pas remonter, comme nom national, au-delà du IX« siècle. On ne le trouve ni dans Gildas, ni dans Nennius. Le poème gallois du Gododiriy tiré d'un manuscrit de la fin du XIIP ou du commencement du XIV® siècle, mais dont la langue est du XI« siècle et la composition primitive sans doute plus ancienne, ne connaît pas les Kymri : il n'y est question que de Brython (Breton) (2). On trouve le terme de Cymro, pour la première fois, dans les lois d'Howell-da, dont le plus ancien recueil est du XII« siècle, remontant à une source du X® siècle (3).

(1) Zeuss, Gramm. celtic, 2e éd., p. 62-63. En breton, le d dans cette situation, depuis le XlIIe siècle, devient z, et les Irlandais portent, en effet, en gallois, le nom de Gwyddel. Le dd représente à peu près la spirante dentale douce anglosaxonne ou le z armoricain.

(2) Skene, Four ancient books of Wales, p. 62, 68, 83.

(3) Le mot est composé de com (avec) et de &ro (pays). La forme dans les lois est kemro. Le pluriel kymri est, pour cimbri^ pluriel en i interne : ex. escyb des évêques, singulier eS' cob ; kyrn des cornes, sg. korn ; mein des pierres, sg. maen, etc. Com, en composition, est affaibli en cem ou cym, suivant une loi d'accentuation particulière au gallois : ex. hen (vieux) ; hinham (le plus vieux) ; cimadas (convenable), à côté de Tarmoricain comadas. Le b de bro s'est assimilé à Vm précédent : ex. cymmwd pour combot, armoricain compot (subdivision

Is.

raison de dire que si ce terme n'était né vasion saxonne, c'est sous la forme Come les Romains l'eussent entendu. Il n'est,

nnllement nécessaire de recourir ici à une

de forme : la forme primitive existe à peu te dans un manuscrit armoricain, dans la vie linnoc, insérée au cartulaire de Quimperlé (1). u'elle était née en Grande-Bretagne, et que Brochan, était un homme noble, in Combrocme. Ce nom de Cymri est un nom de guerre it donné les Bretons des diverses tribus de tolues à lutter contre les Saxons, comme une rotestation contre les envahisseurs, auxquels imais voulu reconnaître la qualité d'enfants ;annique : le Cymro, dans les lois galloises, it du pays, le maître du sol, le noble, par à Valltat ou Vaillt, l'étranger, l'esclave. Les uigrés en Armorique n'ont pu y apporter le ymri, né après leur départ, mais ils y ont

langue de l'ouest de la Grande-Bretagne.

1 en vieux-breton donnant un millier de mots ont une moitié insulaire et l'autre moitié le, gloses du IX* au XI* siècle (2), les nom-

; cytnmer pour com&er, armoricain Xemper (conli une loi déjà en gallois moyen. Le g de hrog a mme c'est la règle pour le g final, au X« siècle, onc pour combrig, qui sort lui-même de combroges. nat., lat. 1437, p. 57. Combronensi est probable- :o)nbrogensi.

h, vocabulaire vieux-breton avec commentaire, préntroduction sur la langue jusqu'au XI* siècle. (Bibl. is Hautes -Etudes.) V. introduction (sous presse).

îux noms d'hommes des cartulaires, les noms épars as les historiens et les vies des saints, les noms de ux, noua permettent d'étudier avec précision le bre- 1, aux IX* et X* siècles, des deux côtés du détroit. Entre le comique et l'armoricain â cette époque, us n'avons pas trouvé de différence certaine en hors de l'écriture. Le comique adopta de bonne ure certains signes anglo-saxons : c'est à cette seule irque que l'on peut distinguer, avec certitude, les oses comiques des gloses armoricaines. Pour le .llois, il existe des différences insignifiantes, suffintes cependant pour permettre, après un examen rieux, de reconnaître la provenance d'une série assez nsidérable de mots. Voici les principales et à peu es les seules d'ailleurs ;

i" En armoricain, l'a long devient o; en gallois, 1 est accentué au, atone o; ex. : armor., matoc; ili., matauc.

2° L'o et Ye brefs, dans la dérivation ou par suite i voisinage de Vi ou de Te, se comportent un peu fféremmeut dans les deux groupes ; ex. : colcet en ■morieain, cilcet en gallois (du latin culcita) ; comadas i armoricain, cimadas en gallois, etc.

3° Les Gallois écrivent partout o une préposition diquant l'ablatif, les Armoricains partout a; les illois partout di une préposition répondant à ad en tin, les Armoricains do.

4" Le V initial paraît être devenu, dès le commeniment du IX* siècle, gic, en gallois ; il ne l'est devenu igulièrement en armoricain que dans les dernières inées de ce siècle ; arra., Wenran (IX" siècle), wenran (X* siècle).

prants latins sont nombreux dans les closes -breton : ils forment à peu près le dixième ; plusieurs se retrouvent identiques dans les jartenant aux deux groupes, et tous, ou peu

existent dans les différents dialectes moies termes de la langue d'église, empruntés 1 au latin, sont aujourd'hui encore les mêmes côtés de la Manche. On trouve une liste de comparés en comique, gallois et armoricain, hseologla cambrensis (tome V, p. 88, 1" série); jrme différent est le nom du prêtre : en 3, baelec pour baclac (qui porte un bâton); , offeiryat (celui qui offre), du latin offense. lot armoricain offem (messe) est emprunté . à offerre : offem est pour offerenda. Le jours de la semaine est emprunté -au latin et dans les deux groupes. Les appellations des

en partie latines : les mêmes mois sont de ine chez les Bretons insulaires et les Bretons ue. Les notas de lieux et d'hommes sont

les mêmes (voir plus bas, chap. III, § 1).

ludions le système de la conjugaison dans , nous arrivons aux mêmes conclusions, s'est fait en gallois et en armoricain quelques nouvelles, mais on peut en indiquer la date Lver le germe et la raison dans l'évolution le la langue. Les gloses se composant de mots is ne pouvons comparer la syntaxe des deux u X* siècle, mais il devait y avoir la même 8 pour le vocabulaire, la phonétique et la mor- Les particularités les plus caractéristiques, B la syntaxe galloise se font remarquer au-

jourd'hui encore dans la syntaxe bretonne armoricaine.

Au XP siècle, le breton armoricain n'est donc pas seulement très-rapproché du breton insulaire : il lui est identique (1). Dès lors une conclusion s'impose : c'est que c'est une langue importée de toutes pièces, et que le gaulois, à supposer qu'il existât encoi'e dans la péninsule au V* siècle, n'a été pour rien dans la floraison subite, au VP siècle, d'un idiome celtique sur le sol de la péninsule armoricaine. Si le gaulois mourant avait été ranimé par l'arrivée d'un fort contingent celtique, il se présenterait certainement à nous sous un aspect très-différent du breton insulaire : les différences sensibles dès le P"^ siècle de notre ère seraient allées grandissant; le celtique insulaire et le celtique armoricain eussent été au X« siècle deux langues distinctes. En conséquence, ou le gaulois avait disparu à l'arrivée des Bretons, ou le breton l'a étouffé. Nous avons vu par l'étude des noms de lieux que c'est le premier terme de l'alternative qu'il faut choisir.

En résumé, la péninsule armoricaine au V® siècle, comme le reste du tractiis armoricamis , est un pays romanisé. Gouvernée par les Romains depuis cinq siècles déjà, au moment où elle va recevoir une population nouvelle, sillonnée de toutes parts de voies ro-

(1) A la fin du XII« siècle, le Gallois Giraud de Barri, qui avait voyagé sur le continent, constate que les Bretons de la GornouaUles insulaire et les Armoricains usent d'une langue à peu près identique, intelligible à peu près en tout aux Gambriens : Girald. Gambr. Gambriae descriptio, c. VI : Gornubienses vero et Armoricani Britonum lingua utuntur fere persimili, Gambri tamen propter originem et convenientiam in multis adhue et fere cunctis intelligibili.

, couverte de constructions par les conquérants ment occupée par eux, elle n'a rien conservé de

ilien du VP siècle, nom, lang^ue, mœurs, tout est . Le pays s'appelle Bretagne ; une lan^e celtique ne. Ce n'est pas une lente inflltration d'étrangers : e inondation. Au V« siècle, il n'est pas question tons (1) ; au milieu du VI', ils sont maîtres de la mde partie de la péninsule. Plus de Curiosolites ismes: aunord, duCouesnonjusqu'àrElûm,de3 iDomnonii; au sud des Domnonii jusqu'à TËllé int le long des collines jusqu'au centre de la pénin- Bs Bretons Cornovii ; à l'est des Cornovii, sur la jche de l'Ellé, une population guerrière, n'ayant nom que celui de Bretons, dont les flots battent ville de Vannes, et dont Tavant-garde, frant la Vilaine, se glisse le long de la mer jusqu'à la s'établit solidement dans le pays de Guérande : leront au pays de Vannes le nom de leur plus chef, le nom de Bro-Waroçh, le pays de Waroch. )pulation nouvelle semble ne respirer que guerre je. Les villes ont disparu. Les chefs nous appat au milieu de bois d'où ils s'élancent à chaque pour taire des incursions sur le territoire des tes et des Redones. Les Bretons de Waroch enavec les Francs une lutte acharnée qui se con- , avec des alternatives de succès et de revers, u IX* siècle, et se terminera par la victoire dédes Bretons sous Noménoé.

;é de ces populations belliqueuses, une foule de

ar les Bretons de Riothime, v. chap. III, % I.

nés, venus à leur suite de Grande-Bretagne, défrint les forêts, adoucissant l'humeur violente de s compatriotes et fondant des monastères dont les i importants deviennent le siège des évêchés bre- I, Si noua voulons comprendre cette prodigieuse isformation de la péninsule en un siècle, et avoir vue juste de l'importance des émigrations et de la >n dont les émigrants se sont établis en Armorique, ut aller les étudier chez eux, au moment oil ils tent leur pays, la Grande-Bretagne, comme l'inlerait suffisamment, à défaut du témoignage des oriens et des hagiographes, leur nom national et li des principales tribus émigrées.

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