‹ L'émigration bretonne en Armorique du Ve au VIIe siècle de notre èreChapitre 4 sur 8 · S BRETONS INSULAIRES AU T SIÈCLE · texte numérisé non relu

S BRETONS INSULAIRES AU T SIÈCLE

- cokséquenges de la conquête romaine en Bretagne.

upation romaine est loin d'avoir produit en 16 les mêmes résultats qu'en Gaule : les Rojnt conquis la plus grande partie de l'île ; ils vert le sol de leurs monuments, ils l'ont sillonné es, inondé de leurs soldats : ils n'ont pas assij Bretons. On peut faire remarquer, pour l'ex- , que l'occupation, commencée sous Claude et le vers 407, a duré cent ans de moins qu'en invoquer la différence de situation géographique, ement de la Bretagne devant être un obstacle à l'affluence des colons : peut-être faut-il en sr la raison principale dans le caractère même )itants. Prompts à se soulever et, comme les , d'une grande mobilité de caractère (1), les 1 paraissent avoir eu plus d'énergie et une plus

.cite, Agricoia, c. XI.

lente répulsion pour l'étranger : leur histoire, à tes les époques, le prouve. Très-divisées entre elles,

tribus bretonnes s'unissaient rarement pour reisser l'ennemi commun. Chaque tribu était déchirée

des factions ; les Romains étaient toujours sûrs de :ver un appui chez quelque chef mécontent (1). îite (2) ne fait pas difficulté d'avouer que cette désun a été le plus puissant auxiliaire de la conquête laine en Bretagne. A part la révolte de Boudicea 61, on ne voit pas éclater de soulèvement bien ndu. Les peuples de l'est, sortis de la Gaule belue pour la plupart, plus civilisés que les Bretons de térieur, après une résistance très-vive, déposent de ine heure les armes pour ne plus les reprendre. Qs l'ouest et le nord, la lutte a un autre caractère ;

défaites de leurs voisins, leurs propres désastres, battent pas le courage des Silures, des Ordovices [les Brigantes (3) ; leur résistance se prolonge trèsgtemps.

déditée par Auguste (4), préparée par Calignla (5), omencéô sous Claude en l'an 43 de notre ère (6),

;) Dio Cassius, Hiat. rom,, lib. LX, 19. — Cf. Tacite, vit.

•icol., c. XXIX.

i) Tacite, Agricola, c. XIl.

î) Tacite, Annales, lib. 11, 31-40; Tacite, Agricol., XVII,

III ; Tacite, Historiœ, lib. III, c. 44, fô; Pauaaniae, Graecise

cript., lib. VIII, c. 43; Juvenal, sat. XIV, v. 196.

i) Dio Caeaius, Hist. rom., XLIX, 38; LUI, 23, 25.

>) Suet., lib. IV, Caligula, c. 19, 43, 46, 47; Dio Cassius,

î) Suet., lib. V, Claud, Cœa., cap. 17, 21.

forces imposantes qu'on peat évaluer à immes (i), la conquête romaine atteint arec en 84, des limites qu'elle ne dépassera pas.

s'avança jusqu'en Calédonie et établit une postes retranchés entre les golfes de la Clota dotria (Glasgow-Edinburgh). Les Romains t leur impuissance à achever la conquête de raçant entre eux et les Calédoniens, en 122, rien, un valhtm coupant l'ile de i'ouest à l'est, rouée formée par les vallées de l'Eden et de fortifié de dix-sept castella, avec cinq forts de la ligne des retranchements, quatre-vingts •tiflés et trois cent vingt tours (2). En 142, e-Pieax reporte la limite de la domination )ù l'avait laissée Agricola : il construit un blable à celui d'Hadrien, défendu par dix (Stella, mais de moitié à peu près moins long, ?ne Clota-Bodotria (3). Sacrifié sous Carale terrain compris entre les deux murs est

de nouveau en 368 par Théodose (5), père ireur du même nom. Si les Romains se sont à s'arrêter ainsi dans leur conquête, ce ne

Hiibner, Eine roemische annexion (Deutsche rund-

tianus, Hadrien, c. 5, apud Hist, Aug. Bcriptores.

atav.,1671 ; Hûbner, Inscriptionee Brit. lat.,VII, p. 99,

s Capitolinua, De Ântonino Pio, c. 5, ap. Hiat. Âu-

pt. Lugd. Batav., 1671.

iliniis, Epitome Dionia Ganii, lib. LXXVII, c. 1.

r. Hamburg, 1753.

ùan. Marcellin. Histor., lii. XXVIII, 3, 7.

mt être uniquement par crainte des Calédoniens. 1rs du reste de l'île, ils auraient été en état, avec s seules forces cantonnées dans le pays, de réduire ors ennemis. Mais l'ouest et le nord exigeaient sans lute la présence des légions. Le nombre et l'âge des ;res militaires trouvés dans l'Ile, dit Htïbner (1), déontrent que la région méridionale, liée à la Gaule ir les relations commerciales et une plus étroite panté d'origine, a été soumise et occupée par les Roains, presque tout entière, au I*' siècle de notre ère, îs titres sont plus anciens que ceux du nord et de )uest. Chez les Brigantes, ils sont en général du mîïu ou de la fin du 11^ siècle ; chez les Silures, de la 1 du II* ou du commencement du III» siècle (2). 3S litres nombreux indiquent que Septime Sévère, l'Alexandre Sévère y ont continuellement gueryé. Les autres empereurs du III" siècle, Maxime, Drdien, Philippe, y ont aussi laissé de nombreuses aces ; de l'époque de Constantin, on n'a que des bornes illiaires{3). Il semble ressortir d'un passa ged'Ammien arcellin qu'en plein IV* siècle, les barbares de Calémie trouvaient des alliés parmi les Bretons. Vers 38, la Bretagne semble perdue pour les Romains : est un déchaînement général et une sorte de concert ï tous les barbares. Les Pietés divisés en Dicaledones Vecturiones, les Attacotti, les Scots, tandis que les rancs et les Saxons pillent le littoral de la Gaule, se

(1) HObner, Inscript. Brit. lat.,prief., cap. XXII.

(3) Ibid-, cap XIII, XV, XVII.

(3) Hûbner, Inscrip. Brit. lat.,prœf., cap. XXXI, XXXVI.

Dt par toute la Bretagne : le cornes mantimi Nectaridus est tué, le duœ FuUofaudus périt ;e embuscade. Théodose est envoyé avec des Mnsidérables en Bretagne. Pour arriver à , il est obligé de livrer bataille auz envahisles Pietés et les Scots n'étaient pas seuls dans ée de boucliers. Théodose, en effet, devant le et Tandace des ennemis, comprend qae la \i impuissante ; il propose l'impunité à cevsc abandonné la cause romaine (1). La plupart nt dans le devoir. Il est évident que l'impus'adressait pas aux Pietés et aus Scots, qui aient que faire. Un autre passage d'Ammien in nous apprend que les Areani (2), sorte d'éclaiabiis le long de la frontière pour annoncer aux s les mouvements de leurs ennemis, étaient de Qce avec les barbares. D'ailleurs, toute la région ;e entre le mur d'Hadrien et celui d'Antonin, ;nt agitée, était occupée, après le départ des 9, non par des Picles et des Scots, mais par tons qui surent résister victorieusement pendant *s siècles aux attaques redoublées des Pietés, ts et des Angles. Ënân, la place même des lé-

omian. MarceU., lib. XXVII, cap. VIII, 9 futuri

ur (TheodoBÎus) amliiguuB, diffusant varietatem gen- Cerooientem immaniter, non niai per dolos occultiores 3viaos excureus Buperari posse, captivorum confeBsiotrait sfugarum indicitB doctuB. Danique edictis propolunitatequepromissa, deeertoresadprocinctumvocabat, )s alios per diversa libero commeatu dispersOB. Qiio

at rediere plerique

im. Marcell., lib. XXVIII, 2.

gions suffirait à indiquer que les Romains avaient toujours à surveiller les populations de l'ouest et du nord. A partir d'Antonin, il n'y a plus en Bretagne que trois légions, la 2®, la 6® et la 20«, la 9« ayant été rappelée sous Domitien, la 14® sous Vitellius. Or, la 2® est à Isca Silurum (Caer-Léon-sur-Wysc), la 20® à Deva (Chester), la 6® à Eburacum (York) (1). Appuyées par de nombreux auxiliaires, Gaulois, Bataves, Espagnols, Africains, Thraces, Dalmates, Daces, Bretons, les légions forment un arc-de-cercle du sud-ouest au nordest : c'est évidemment là qu'est le foyer de la résistance. La nature des titres prouve que l'occupation romaine a eu un caractère presque exclusivement militaire : peu ou point de traces de corporations, d'honneurs municipaux, en un mot de la vie municipale, si active dans les autres parties du monde romain (2) . Les inscriptions permettent, au contraire, de suivre sans difficulté l'histoire des légions, de se rendre compte de leur situation, du nombre des troupes auxiliaires. Ce serait aller trop loin néanmoins que de conclure avec Htibner que les Romains ont été simplement campés en Bretagne. Si on ne compte que deux municipes, on peut citer huit colonies, dix villes de droit latin, douze villes tributaires, en tout, avec Londinium, place de commerce très-importante, mais exclue par Tacite du nombre des colonies (3), trentetrois centres romains d'une certaine importance (4). On a

(1) Hûbner, Inscr. Brit. lat., nos 66, 68, 344, 167. Notitia dignit. occ. XL, éd. Otto Seeck.

(2) Htibner, Das roemische heer in Britannien. (Berlin, 188â^, besonderer abdruck ans der zeitchrift Hermès, band. XVI.)

(3) Tacite, Annal., XIV, 33; Amm. Marcell., XXVII, 87.

(4) Ricardus Corinensis. Trad. Giles, p. 456. (Six-old english chronicle. London, 1848.) — Nennius, Hist. Brit., cap. IL

trouvé des ruines romaines considérables à Verulam, à Aquae-Sulis (Bath), à Isca Silurum (Caer-Léon), à Deva (1 ) (Chester). Dans cette dernière ville, au XIP siècle encore, on voyait de nombreuses ruines et même des monuments bien conservés (2). Les voies romaines en Bretagne sont très-nombreuses. L'aspect du pays au V® siècle est assurément dijBférent de celui qu'il présente au moment de l'occupation. A l'arrivée des Romains, les Bretons n'avaient pas de villes : leurs oppida n'étaient autre chose que des fourrés défendus par un fossé et des retranchements (3). Ils vivaient de viande et de lait, étaient vêtus de peaux, se tatouaient (4), suivant Strabon et Pomponius Mêla ; ils ne connaissaient pas le fromage, et ne se livraient pas aux travaux de l'agriculture. Leur commerce consistait en échange de bétail, de peaux, d'esclaves, de métaux, or, argent, fer, contre des bracelets d'ivoire, des colliers, du verre et autres marchandises de peu de valeur (5). Ils connaissaient cependant l'usage de la monnaie (6). Au IV® et au V® siècle, sous les Romains, les villes, nous venons de le voir, ne sont pas rares. On vante la richesse et la fertilité de la Bretagne (7) ; elle se nourrit

(1) Ricard. Gorinens., trad. Giles, p. 123, 143.

(2) Giraldus Gambrensis, Gambrise descriptio, 5.

(3) Gsesar. De bello gallico, V, 27.

(4) Ibid., Pomponius Mêla, III, 6.

(5) Strabon., Geograph., livre IV.

(6) Voir là-dessus Pétrie, Monum. histor. brit., GII-GIII.

(7) Eumenii panegyrici Gonstantio Gsesari, 9-19; incerti panegyrici Constantino Aug., c. 25, éd. Arntzen, Traj. ad Rhe-

num, 1790.

elle-même et fournit à d'autres provinces (1). Matériellement, la Bretagne, au V siècle, apparaît assez changée. En est-il de même pour la langue et les mœurs ? Âgricola seul parait avoir songé ^rieusement à gagner et assimiler les Bretons. Il les pousse à construire des temples, des maisons; il fait instruire les enfants des grands, essaie de les amener à prendre les habitudes romaines (2). Cette tentative ne semble pas avoir rénssi; pent-être aussi la politique d'Àgricola a-t-elle été vite abandonnée. Le vers de Juvénal,

QalUa eausidicos docuit facunda Britannos, est empreint d'exagération poétique, comme le suivant :

De conducendo loquifur jam rhetore Thule (3). De même pour le vers de Martial :

Bidlur et nostros cantare Britannia versus (4). La Bretagne, en réalité, ne semble avoir pris aucune part au mouvement littéraire romain, si remarquable en Gaule, par exemple. La civilisation romaine en Bretagne est une sorte de vernis, suivant l'expression de Budinsky dans son livre sur l'extension de la langue latine dans les provinces romaines (5), qui disparaît aussitôt après le départ des Romains. Des monuments, quelques mots latins dans le langage du peuple breton, voilà tout ce que les Romains laissent après eux; ni les mœurs, ni la langue ne sont

(1) Amm. Marcell., XVIII, 23.

(2) Tacite, Agricol., c. 21.

(3) Juvénal, aat. XV.

(4) Martial, épigr. XI. 3.

(5) Budinsky, Die ausbreitung der lateiniacher aprache ûher Italien und die provinzen dea roemiachen reiches. Berlin, 1881, cap. IV.

■ieasement modifiées. Au V* siècle comme au I", la îtagne est ceUique. Quelques grandes villes romaines argent çà et là, comme des îlots battus de tous Otés : lesflotsdespopulations bretonnes. Dans l'est même, is romanisé, la langue est celtique. C'est la raison, urne le fait remarquer justement Budinsky, pour ;uelle les Saxons ont fait dominer si vite leur langue ns cette région. S'ils avaient eu en face d'eux une igue comme le latin, il se serait sans doute passé [nême chose qu'en Gaule : les conquérantsauraient été iquis par une culture et une civilisation supérieure, ne trouve ni dans la langue, ni dans le droit ïon (1) aucune influence romaine : fait d'autant is remarquable que les Saxons n'avaient pas détruit , grandes villes de l'est, Londinium et Eburacum, a plus sans doute que les autres centres importants.

§ 2. — État des personnes et des terres CHEZ LES Bretons insulaires.

Pour juger des moeurs et de l'état social des Bretons V et au VI^ siècle, nous ne pouvons recourir à Idas, qui ne voit le monde qu'à travers la Bible et nt le langage ne se compose guère que d'hyperboles, civent contradictoires, empruntées aux livres saints. Il it franchir plusieurs siècles et étudier le caractère les mœurs des Bretons de l'ouest, dans les œuvres

1) Phillippe, Versuch eîner darstellung der Geschichte der gelBaechsischen Rechta 67 anm. 313. — Savigny, Geschichte i roemiscben rechts im mittetalter, II, 159, ap. Budinsky, e ausbreit. der lat. Hprache, cap. IV.

deGiraldusCambreQsis(GirauddeBarri) (!) et les lois galloises, dont l'histoire religieuse et militaire de ces peuples forme en quelque sorte la preuve et l'éloquent commentaire, du VI" au XII' siècle ; rien n'est plus propre, en même temps, à faire comprendre les sousentendus de l'histoire et des inscriptions pour la période même de l'occupation romaine, et à donner une claire vision de tout le passé des Bretons.

La vie des Gallois du X*-XII' siècle présente à peu près les mêmes traits que celle des Bretons au moment où ils entrent en rapport avec les Romains. Ils n'habitent pas dans les villes; ils ne se groupent pas par bourgades, mais ils vivent isolés dans les bois; sur la lisière des forêts, leur habitude est d'élever non de grands palais, des constructions somptueuses faites de pierres et de moellons, mais de simples cabanes formées de branches flexibles, avec aussi peu de travail que de dépense (2). Ils mènent la vie pastorale, se nourrissent du produit de leurs troupeaux, de bouillie d'avoine, de lait, de fromage, de beurre; ils mangent plutôt de la viande que du pain (3). Le soir, du jonc

(!) Giraldus Cambrensis Opéra, édit. Brewer. London, 1861; 7 vol., particulièrement le 1. VI : Itinerarium cambrise. — Descriptio cambrise.

(S) Girald. Cambr. Cambriœ deacriptio, c. 17. Non urbe, non vico, non castris cohabitant, sed quasi solitarii silvis inhœrent; in quarum ejusdem margine non palatia magna, nec aumptuosaa et auperfluaa lapidum cementique structuras in altum érigera, veriim tecta viminea, usibus annuis aufficientia, modico tam labore quam aumptu consuevere.

(3) Ibid., c. 40. En Galles comme en Armorique, le nom de la charrue, aratr, plus tard aratkr, et aujourd'hui en Armorique arar, est emprunté au latin aratrum.

étendu sur la terre et recouvert d'une étoffe grossière fabriquée dans le pays leur sert de lit; le Gallois dort là-dessus, recouvert de son léger manteau, les pieds tournés vers le feu que chacun dans la demeure entretient tour à tour (1). Un des privilèges du roi en Nord-Galles est d'avoir un homme chargé d'entretenir le feu dans sa maison pendant la nuit (2). Les nobles euxmêmes marchent pieds nus (3). Leur seule occupation est la guerre. Ce ne sont pas seulement les nobles, comme ailleurs, c'est le peuple tout entier qui est prêt à courir aux armes; aussitôt que la trompette guerrière se fait entendre, le laboureur n'est pas plus lent à abandonner sa charrue que le courtisan le palais (4). En temps de paix et pendant la jeunesse, ils s'exercent à pénétrer dans les forêts et les lieux escarpés, à franchir les hautes montagnes; ils s'y emploient jour et nuit, et, ne rêvant que combats pendant la paix, ils préludent à la guerre en s'exerçant au maniement de la lance et en s'endurcissant aux fatigues (5). Le fils

(1) Girald. Gambrise descript., c. 10.

(2) Ancient laws of Wales, 96, 2, infra. — Cf. 97, 3. (Ed. de Aneurin Owen. London, 1841; v. plus haut, p. 31.)

(3) Girald. Cambrise descript., c. 8. — Cf. Itinerarium cambriae, II, 4.

(4) Ibid., c. 8: gens armis dedita tota. Non enim nolnles

hic solum, sed totus populus ad arma paratus est : bellica tuba sonanle, non segnius ab aratro ruricola quam aulicus ab aula, prorumpit ad arma. — Gualter Mapes, De nugis Gurialium distinctiones quinque. Edidit Th. Wiight. London, 1850. Distinct. II, c. 20 : Pacis neglectores bellicosi armisque prudentes. Gualter Mapes, né sur les confins de Galles, était contemporain de Giraud.

(5) Girald. Gambriee descript., c. 8.

rougit de son père sMl est mort sans blessures : aussi voit-on peu de Gallois avec des cheveux blancs (1). Ils regardent comme un déshonneur de mourir dans un lit, comme une gloire de périr à la guerre (2).

D'une grande agilité, ils ne redoutent pas la lutte sans armes défensives avec des hommes bardés de fer, sans armes avec des hommes armés, à pied avec des cavaliers, et dans ces luttes, la plupart du temps ils sont vainqueurs, grâce à leur agilité et à leur courage (3). Henri II d'Angleterre écrit à l'empereur Emmanuel de Constantinople : « Il y a dans une partie de l'île un peuple qu'on appelle Gallois, d'une si grande audace et intrépidité qu'ils ne craignent pas sans armes d'en venir aux mains avec des hommes armés, tellement ils sont prêts à répandre leur sang pour leur patrie et à sacrifier leur vie pour l'honneur » (4). Comme les Gaulois, ils sont d'une extrême mobilité d'esprit, « aussi légers de caractère que de corps » (5). Mais ils ont de plus qu'eux une indomptable énergie que rien ne peut abattre. Leur premier choc est terrible ; s'ils sont repoussés, ils sont prompts à la panique. Mais le lendemain ils sont prêts à revenir à la charge.

(1) Gualter Mapes, Dist. II, cap. 23. ... iraproperium ait filio, si pater sine vulnere decessit. Unde fit ut pauci canescant.

(2) Girald. Gambrise descript., c. 8. ... in thoro turpe, in bello mori decus reputant.

(3) Girald. Gambr. descript., c. 8.

(4) Ibid., In quadam insulae parte sunt gentes quse walenses dicuntur, tantae audaciae et ferocitatis ut nudi cum armatis cbngredi non vereantur, adeo ut sanguinem pro patria fundere promptissime, vitamque velint pro laude pacisci.

(5) Girald. Gambr., De illaudabilibus WalliEe, c. 1.

Rien ne les rebute, ni le froid, ni la faim, ni la fatigue, ni la défaite ; jamais ils ne sont découragés : aussi, si on peut les vaincre dans un combat, il est difficile de venir à bout d'eux dans une guerre (1). Une extrême sensibilité et mobilité, et une extrême énergie, voilà le fond du caractère breton. Personne ne Ta mieux peint que Giraud de Barri. Les Gallois étaient soutenus par deux sentiments qui respirent dans leurs lois et ressortent de toute leur histoire : l'amour pour la patrie et l'amour de l'indépendance (2), surexcités par l'idée qu'ils se faisaient d'eux-mêmes. Le Cymro croyait appartenir à une race supérieure, noble, pure, sans mélange : aussi évitait-il avec le plus grand soin toute union étrangère (3). De plus, le Cymro seul avait droit au sol britannique, et il ne doutait pas qu'il ne redevint un jour maître de l'île. Cette croyance se personnifiait dans le héros Arthur que les annales de Cambrie nous montrent portant la croix à la bataille du mont Badon, en 510 (4). Arthur n'était pas mort : il allait reparaître et, à la tête des Bretons, exterminer les Saxons. A la fin du XIP siècle, Alain Delille ( Alanus de Insulis) dit que si un étranger se permettait de douter devant des Bretons

(1) Girald. Gambr., De illaudabilibus Wallise, c. 3.

(2) Girald. Gambr. descript., c. 8. — Gualter Mapes, Distinct. Il, c. 20.

(3) Girald. Gambr., De illaudabilibus Wallise, c. 6. Ob generositatis etiam amorem, quam tantopere cupiunt et affectant, suse genti se jungentes, alienis omnibus, tanquam sanguine et origine juxta innatse prsesumptionis arrogantiam longe disparibus, modis omnibus copulari récusant.

(4) Annales Gambrise, ap. Pétrie, Mon. hist. brit., p. 830.

de la résurrection d'Arthur, il serait lapidé. Suivant Wace, les Bretons armoricains attendent toujours Arthur.

Henri II, montrant avec complaisance à un vieux seigneur breton les puissants préparatifs qu'il fait contre ses compatriotes, lui demande ce qu'il en pense : « Cette nation, répondit le Breton, pourra aujourd'hui comme auparavant être maltraitée, en grande partie détruite ou affaiblie par tes forces, ô roi, et celle des autres ; mais la colère de l'homme, si celle de Dieu ne vient s'y joindre, ne la détruira jamais entièrement. Ce ne sera pas une autre nation, je le crois, que celle des Cymri, ni une autre langue qui, au jour du jugement décisif, quoi qu'il arrive ailleurs, répondra devant le juge suprême pour ce coin de terre » (1). Cette constance dans l'enthousiasme patriotique et l'exaltation des plus nobles sentiments était soutenue, à tous les instants de la vie du Cymro, par la poésie et la musique. Les représentants officiels en quelque sorte de ces arts, les Bardes, jouent un rôle considérable chez les Bretons. Au VP siècle, au témoignage de Nennius (2), florissaient Talhaern Tataguen (père de

(1) Gamden. Britannia. London, 1586, p. 19, d'après Giraldus Gambrensis : « Gravari, inquit, plurimaque ex parte destrui vel debilitari vestris, rex, aliorumque viribus, nunc ut olim et pluries gens ista valebit. Ad plénum autem propter hominis iram, nisi et ira Dei concurrerit, non delebitur. Nec alia, ut arbitrer, gens quam cambrica, nec alia lingua pro parte majori in die districti certaminis coram supremo judice, quidquid de ampliori contingat, pro hoc terrarum angulo respondebit. »

(2) Nennius, hist, Britonum. Genealogia, éd. Pétrie, p. 75.

aspiration), Aneurin, Taliessin, Bluchbard (?), et an, surnommé Guenith Guaud. Au XII' siècle, leur aation, en Bretagne, est encore privilégiée. La Bregne a été sans aucun doute le foyer du druidisme et s institutions religieuses et poétiques qui ont ûeuri

Irlande et en Gaule. Le témoignage de César (1) ncorde avec celui des plus anciens textes irlandais. 1 des plus célèbres héros légendaires de l'Irlande, ichulain, va étudier en Grande-Bretagne; il y apend même la guerre sous un maître du nom de imnan (2). Le chef des File d'Irlande (corporation issante de littérateurs exerçant en même temps les lotions de juges) envoie également son flis étudier

Alba, c'est-à-dire en Bretagne. Frappé à mort par destruction du sanctuaire de Mena en 59 (3), réduit se cacher dans les montagnes et les forêts, le druiïme a dû être achevé par le christianisme. Au X« siècle, ■sque les Bretons veulent exprimer l'idée qu'éveille eux le nom des Druides, ils créent un mot : dorguid

darguid {qui sait d'avance), prophète (do-areios) (4). Les Bardes, au contraire, déjà fort déchus Gaule dès avant Jésus-Christ (5), méprisés en Iride où toute l'influence est aux Druides et aux File,

If Gœsar. De bello gallico, lib. VI, cap. XIII.

3) Livre de Leinater, p. 186, eol. I (Bibl. de l'Académie roy.

rlande, fac-similé publié en 1878).

3) Tacite, Annales, XIV, 30.

4) J. Loth, vocabulaire vieux- breton, au mot dorguid (sous jsse).

5) PosJdonius chez Athénée IV,ap.domBouquet, t.I,pi705.

corporation de poètes-juges (1), restent en Bretagne les chantres des espérances nationales et résistent, comme la nationalité bretonne elle-même, à laquelle leur existence est liée, à tous les orages. Au X* siècle encore, le Barde de famille (Bard teulu) occupe le huitième rang parmi les vingt-quatre personnages principaux formant la cour du roi (2). Dans le palais, au moins aux trois grandes fêtes de l'année, il est assis à côté du chef de la maison (Penteulu), le premier personnage après le roi (Brenin) (3), toujours fils ou neveu du roi, ou tout au moins d'une naissance à pouvoir aspirer à la dignité royale; c'est le Penteulu qui lui met la harpe en main (4). Il a droit à une terre libre, à un cheval à sa disposition chez le roi, à un vêtement de toile de la part de la reine et à un vêtement de laine de la part du roi (5), à un logement avec le Penteulu (6), à une part du butin (7) ; il a aussi un certain droit de protection (8).

(1) File est le nominatif singulier et suppose un thème viled (voyant).

(2) Ancient laws, 15, 1, infra.

(3) Brenin, au IXe siècle et quelquefois plus tard Breenin, serait au VIII« siècle Brigentin. Les gloses d'Orléans du X« siècle donnent au pluriel Brientinion, glos. ingenui; cf. Brigantes. Ce mot n'a rien de commun avec Brennus,

(4) Ancient laws, 16, 3.

(5) Ibid., 16, 2, — 323, 3. 4, supra.

(6) Ibid., 16, 9.

(7) Ibid., 16, 7, — 185, 2, infra, — 322, 1, infra, (8)- Ibid., 16, 10,

Son^«iamM(prixdumeurtre)etsoûsarao!d(compensation poar l'outrage) sont doubles de ceux d'un simple Cymro ou homme ]ibre(I). Lorsqu'on veut entendre chanter, le Pencerd (ou chef musicien) commence et adresse le premier chant à Dieu, le second au roi ; suit le Barde de famille avec trois chants sur des sujets différents (2). Si la reine le désire, le Barde de famille s'approche d'elle et chante, mais à voix basse, de façon à ne pas troubler la salle (3). Le Barde va à la guerre ; avant le combat et pendant le partage du butin, il doit chanter l'hymne Unpenia et Prydain (monarchie de Bretagne) (4). Le Barde avait aussi le soin de la généalogie des grands (5). La musique et le chant étaient une partie essentielle de l'éducation de tout Cymro. Le premier des arts, dans toute famille, était celui de la harpe et du chant (6). L'art du chant était plus perfectionné en Galles qu'en aucun autre pays d'Europe. Tandis que partout ailleurs on chantait Ik l'unisson ou tout au plus à deux parties, les Gallois ont l'habitude de

(1) Ancieot lawa, 16, 13. 13, — 332, 1, 3. 3.

(2) Ibid., 16, 5, — ^, 4, — 188, 4, — 323, 5, — 331, 6.

(3) Ibid-, 16, 6, — 188, 5, - 331, 7.

(4) Ancient lawe, 16, 7, — 185, 2, infra, — 323, 1, infra. Pour plus de détails sur lee classes de Bardes, leur enseignement, V. Walter, Das alte Walea, cap. XII.

(5) Girald. Gambr. deacript., c. 3. Hoc etiam mihi notandum videtur, quod Bardi cambrenses habent prEedictorum princi' pum genealogiam în libria eorum antiquis et autbenticis sed tamen cambrice scriplam.

(6) Ibid., c. 34. Omnis quoi^e de curia seu familia viri ultra doctriiiam omnem cytharizandi per ee peritiara tenet.

chanter à plusieurs parties (1). La musique instrumentale est à la hauteur du chant (2).

« Il y a trois joyaux de la race, disent les triades de Dynwall Moelmud, tirées de vieux livres en 1685, par Thomas ab Ivan, et publiées dans la Myvyrian archaeology of Wales : le livre, la harpe, l'épée ; ce sont trois choses qu'il n'est pas permis de saisir par arrêt de la cour ni des lois (3). Trois arts faisaient d'un esclave un homme libre et lui donnaient les droits d'un Cymro : science, métallurgie, bardisme. Aussi un esclave ne pouvait-il les apprendre sans la permission

(1) Girald. Gambriae descript., c. 13. In musico modulamine non uniformiter ut alibi, sed multipliciter multisque modis et modulis cantilenas emittunt adeo ut in turba canentium, eicut huic genti mes est, quot vîdeas capita, tôt audias carmina discriminaque vocum, varia in unam denique sub B mollis dulcedine blanda consonantiam et organicam convenientia melodiam. — Nec arte tantum, sed usu longsevo, et quasi in naturam mora diutina jam converse, hsec sibi gens banc specialitatem comparavit. — Pueris etiam (quod magis admirandum) et fere infantibus (cum primum a fletibus in cantus erumpunt) eandem modulationem observantibus.

(2) Ibid., c. 12. Giraud applique aux Gallois ce qu'il a dit des Irlandais : Mirum quod in tanta tam prsecipiti digitorum rapacitate musica servatur proportio et arte per omnia indemniter crispâtes modules erganaque multipliciter intricata, tam suavi velecitate, tam dispari paritate, tam discerdi concerdia censona redditur, et cempletur meledia, seu diatesseren seu diapente cherdae cencrepent. Tam subtiliter medules intrant et exeunt, sicque sub ebtuso gressieris cherdae senitu gracilium tinnitus licentius ludunt, latentius délectant, lasciviusque demulcent, ut pars artis maxima videatur artem velare.

(3) Myvyrian archseelegy ef Wales. Denbigh, 1870, 2e édit., p. 922, 54.

) son maître (1). La harpe du chef des chanteurs ait estimée aussi haut que celle du roi (2). Ce n'est is seulement la poésie qui témoigne chez les Gallois une culture élevée ; le droit a atteint chez eux un iveloppement inconnu aux peuples de cette époque (3) : isprit était chez eux à la hauteur des sentiments. L'état des terres et des personnes, au premier abord, irait à peu près le même que dans les autres pays Europe à la même époque.

Les Cyrari, ou hommes libres du même pays, se disent en simples Cymri (gtor ou di/n ryd, homme ire), et en grands (uchelior, homme élevé, ou breyr, ivilégié, ou gwrda, homme bon) (4).

Uuchelwr est une sorte de baron féodal, entouré une foule de vassaux, clients et serviteurs. L'homme jre peut se mettre à son service (5). L'étranger peut rer fidélité au roi ou à l'uchelwr (6).

Los non libres se divisaient en deux catégories : le eawg ou taiawg, ou hilain (vilain), et les esclaves. es premiers étaient établis sur les terres du Cymro mtre services et redevances, et pouvaient être vendus rec la terre, eux et tous leurs enfants nés et à naître,

(1) Andent laws, 37, 11, — 213, 7.

(2) Ihid., 36, 9, — 312, 5, — 143, 8. 10, — 144, 21.

(3) Walter, Dae alte Wales, cap. XV,156.— Girald.Cambr., 12, 15, 14.

(4) Ancient laws, 36, 23, — 273, 56, — 239, 2, — 240, 9, — '6,1,-339, 31.

(5) Ibid.,3i9,29,— 338,18;— cf.436,151(GyvreithiauCymru). .

(6) Ibid-, 5^, 26 (Cyvreithiau Gymru).

avec leurs biens, comme il résulte de plusieurs actes (1).

Un vilain pouvait devenir libre, comme nous l'avons vu, par la science, la métallurgie (2) et le bardlsme, on une charge à la cour (3).

Les non libres de dernière catégorie, caetkion, singulier caeth, étaient de véritables esclaves. Ils appartenaient à leur maître en toute propriété. La justice du roi n'avait pas plus à s'occuper de l'esclave que d'un animal, même en cas de meurtre (4). Le maître ne devait jamais lui permettre de porter lesarmes (5). (Le nom même de caeth indique l'origine de l'esclavage chez les Bretons : 'caeth signifie prisonnier et répond exactement au latin captus.)

(1) Rowlands antiquitatea paroehialea dans : Archteologia cambrensia, vol. I-IV, London, 1846-1849. Supplément, London, 1850. New eeries, vol. I-V, London, 1850-1854. Third séries, yol. I-III, London, i^. v. T. I, 390 (acte de 1399) : Rhys ap Gryffyth ap lorwerth ap Dicua, et Evan ap Dicus, etc... dedlmus, conflrmavimuB et vendidîmus in perpetuum Gulielmo ap ' Gryffydd ap Gwilym de Penmynydd, etc.. hos Bcilicet natives, Engan goch ap lorwerth ap Cynwric, Dicum ap Ëngan goch ap lorwerth ap Cynwric, cum fîliis et filiabus dictorum Engani et Dici, naturaliter procreatis et procreandis cum eorum sequelie, terris, bonis, et catallia quibuscumque, pro quadam summa pecunise, etc... habendis eidem Willmo ap Gryffydd ap Gwilym heredibus et aasignatia auis in perpetuum. Dat. apud Bangor secundo die maji anno regni régis Henrici IV primo.

(2) Ancient laws, 37, 11, — 213, 7; — cf. 554, 1 (Cyvreithiau Cymru).

(3) Ibid., 216, 28.

(4) Ibid., 387, 33.

(5) Ibid., 555, 16 (Cyvreithiau Cymru).

Le caeth, lui aussi, pouvait, par la science, la méilurgie, le bardisme, acquérir les droits d'un vénale Cymro, mais ses enfants restaient esclaves (1). I caeth pouvait être attaché à la terre, et alors il avait valeur d'un vilain (2). L'étranger établi dans le pays nt lui aussi assimilé au vilain (3).

La distinction entre ces classes est bien marquée r la différence du galanas (prix du meurtre) et du raad (prix de l'insulte ou de la violation corporelle). ! meurtre étant presque toujours produit par des ups, par une lésion ou violation corporelle, au galanas goûtait régulièrement le saraad. Dans le cas d'emisonnement, il n'y avait pas de saraad (4).

Le galanas et le saraad de Vucheltcr sont doubles (5), ux du chef do famille ou de clan, triples de ceux du oople Cymro (6) ; ceux du simple Cymro sont doubles I ceux du vilain, à moins que ce ne soit un vilain ou lalltud (étranger) du roi, assimilés au Cymro; doubles issi de ceux de l'étranger domicilié (aillt, alltud, tron) (7). Pour l'esclave, assimilé à l'animal, il n'y a galatias, ni saraad (8).

(1) Ancient lawe, 554, 1. 2 (Gyvreithiau Gymru).

(2) Ibid., 4S9, 113, — 387, 16.

(3) Ibid., 116, 32, — 2», ^, — 339, 37, 29.

(4) Ibid., 294, 9, infra, — 520, 13. 14, — 750, 7.

(5) Ibid., 115, 29, infra, — 249, 26, — 338, 13. 14.

(6) Ibid., 115, 37, supra, — 115, 28, infra, — 743, 5.

(7) Ibid., 249, 3a, — 339, 23. 24, — 249, 30. Si, — 338,

(8) Ibid., 294, 8, — :fâO, 38, — 339, 30, — 697, 18.

Il y avait diverses classes de terres, comme diverses classes d'hommes. Le pays se divisait en cantref (cent tribus) ; chaque cantref en deux ou plusieurs commot pour com-bot (réunion) (1).

La terre appartenait en partie au roi. Dans chaque commot ou cymmwdj il y avait un maer ou meirydd (du latin major) et un canghellawr ou chancelier, chargés de l'administration des biens royaux et du règlement des différends entre les tenanciers (2). Une partie des terres royales était affectée spécialement et directement à l'entretien de la maison royale ; l'autre était partagée entre taeawg et aillt moyennant redevances (3) ; d'où le nom de tir cyllid (pour collot du latin collata) (terre à contribution), de tir cyfrif (terre co-partagée) (4) (cyfrif= com-rim; rim signifie nombre). La terre qui ne dépendait pas du roi appartenait en grande partie à des monastères ou églises, ou à des uchelwyr ou grands (5). Elle était partagée, comme la terre royale, entre taeawg et aillt (6). La terre libre du simple Cymro portait souvent le nom de tir gwelyawg ou terre de famille, terre héréditaire (7). Chaque commot se subdivisait en douze maynaul ou m^aynawr, quatre pour

(1) Girald. Gambrise descript., c. 4.

(2) Ancient laws, 91, 14, — 91, 1, — 517, 34.

(3) Ibid., 697, 5, — 522, 1.

(4) Ibid., 82, 6. Pour toute cette partie, cf. Walter, Das alte Wales, cap. IX, X.

(5) Ancient laws, 262, 2, — 372, 8, — 538, 1, — 82, 8.

(6) Ibid., 249, 32. 35, — 339, 23. 24. 27.

• (7) Ibid., 82, 5. 6.

— il7 —

ns, une pour le canghellatoi-.aae pour lemaer, • les hommes libres (1). Le maynaul affecté aux ;ontenait sept tref (2) (hameaux, bourgades). tref ryd ou tref libre, il y avait quatre rhanortions de terre, dont l'une affectée aux pâtu- J) ; dans chaque taeogtref ou tref à vilain, mdir, dont une pour les pâturages, et sur chacune s autres, trois vilains (4).

un peuple belliqueux comme les Cymri, la e des obligations était la guerre (5). LeCymro épondre, en tout temps, à l'appel dn roi pour 1% de la patrie, mais le roi ne pouvait l'emmener es frontières qu'une fois l'an et pour six is (6). Le service militaire était exigible a vingt ;ns (7), mais on pouvait aller à la guerre dès i quatorze ans (8). Les esclaves ne pouvaient les armes, mais les tenanciers non libres du 'nissaient des chevaux de somme (9) et toute ■f un homme avec une hache pour les retrants et les routes (10). En dehors de la guerre, les

cient lawB, 91, 14, 15.

d., ZTÔ, 7, supra. .

cient laws, 261, 5. — 374, 1. — 375, 5, sapra.

d., 375, 6, supra.

uient lawB, 543, 6.

dd., 37, 15. — 94, 2. — 238. 6. — 376, 7.

Cymri devaient pour toute tref libre au roi une redevance annuelle appelée gwestva. Les charges du Taeawg étaient assez lourdes.

En somme, la société galloise, d'après ce qui précède, marche au régime féodal pur. On ne saurait s'en étonner si l'on songe que ce régime était en pleine vigueur, en Gaule, du temps même de César. Les grands des cités gauloises, avec leurs nombreux clients et esclaves, ne différent guère des uchelwyr gallois. Ce serait cependant s'abuser que d'identifier la féodalité galloise avec la féodalité des pays non celtiques, par exemple avec la féodalité franque. Il est reconnu que la terre est la base du système féodal (1); or, la société bretonne, comme la société irlandaise, est encore toute pénétrée d'un principe très-différent : la consanguinité.

Les Cymri sont groupés par familles. La famille se compose de tous les parents jusqu'au neuvième degré, d'après les triades de Dyfnwall Moelmud (2). Les généalogies se tiennent avec le plus grand soin (3). En dehors des liens du sang, on peut devenir le parent de quelqu'un en s'engageant pour lui dans une affaire intéressant sa liberté, son honneur ou sa vie : les lois comptent jusqu'à neuf cas de ce genre (4). En tête de la famille, le pencenedl ou chef de clan; à côté de lui, sept anciens (henadwr), un vengeur (dialwr) et un

(!)• Sumner Maine, Etude sur l'histoire des institutions primitives, trad. par Durieu de Leyritz. Paris, 1880, p. 407.

(2) Myvyr., Archaeology of Wales, p. 927-936, nos 74^ 88, 165, 223.

(3) Girald. cambr. descript., c. 3, 17.

(4) Ancient laws, 547, 1-9.

sentant de la famille (ieisbantyle hardehor) (1). mcenedl marche au combat à la tête du clan. Son las et son saraad sont le triple de ceux d'an le Cymro (2). A chaque mariage d'un membre de uitle, il a droit a un don particulier (3). Sa charge

vie, mais non héréditaire (4).

s membres de la famille se prêtent une mutuelle tance, même devant les tribunaux (5). Si l'an : est fait prisonnier, tous les autres contribuent à ilivrance (6). Tous poursuivent la vengeance d'un tre ou d'une offense contre le meurtrier ou l'offen-

et tous les membres de sa famille. Si la somme

pour le galanas et le saraad n'est pas intégrant payée, manquât-il un seul ceiniog (penny), oursuit le meurtrier jusqu'à la mort (7). Le ;tère extrêmement irritable et fier des Cymri renies meurtres et les vengeances très-fréquents (8). r une conséquence nécessaire, la pureté de la race gardée avec soin et prisée très-haut. Celui-là seul : droit au nom de Cymro qui était de sang bre^n,

de père et de mère, sans aucun mélange non

Ancient lawB, 383, 38.

Ibid., 115, 37, supra; — 115, 28, infra; — 2fâ, 31 —24, —

Ibid., 92, 1.

Ibid., 386. 10.

Gualter Mapes, dist. II, cap. 23.

Ancient lawe, 547, 3.

Ibid., 395, 13.

Girald. cambrite descript., c. 17. — De illaud. Walliœ,

— Gualter Mapes, dist, II, cap. 95.

seulement avec le non-libre, mais même avec l'étranger (1). Seul noble et enfant du sol dans l'île de Bretagne, le Cymro avait seul droit à la possession de la terre : tout Cymro pouvait réclamer cinq parcelles de terre libre, maïs, même sans aîicune propriété foncière, il conservait tous les droits (2J et privilèges attachés à sa naissance. Ce dernier trait est caractéristique.

La famille n'est pas seulement Tunité politique dans la société galloise; elle joue un grand rdle dans la répartition des terres, et il est hors de doute, par ce qui se passe au X* siècle, que le lien de parenté a dû être, chez les Bretons de l'ouest, la base de la propriété ou, pour employer une expression plus juste, du groupement agricole. Quoique affaiblie, son influence est profondément marquée dans les lois concernant les

Les flls se partageaient l'héritage de leur père (3). Seulement, le plus jeune avait la principale résidence avec une certaine quantité de terre. Pour le reste de l'héritage, il est réparti par parts égales, mais le pins jeune choisit le premier (4).

Après la mort de tous les frères, leurs descendants, les cousins, procédaient à un nouveau partage (5). Le partage ne cessait qn'à la quatrième génération ; alors

(1) Ancient laws, 86, 1, — 249, 39.

(2) Ibid., 573, 1.

(3) Ancien! laws, 86, 3.

(4) Ibid., 81, 3, — 536, 1.

(5) Ancient laws, 81, 3. 4, D'aprèe 267, 3, le partage ne pouvait être exigé que par celui qui n'avait pas eu de part. G'eBt évidemment une addition au texte primitif des lois.

la propriété devenait fixe (1). Dans le cas où^ après un partage, un des co-partageants mourait sans héritier, sa part rentrait dans le patrimoine de la famille (2); tous les parentsjusqu'à la quatrième génération avaient droit à l'héritage du défunt en se réclamant non de leur parenté avec lui, mais de leur descendance commune d'un ancêtre considéré comme le possesseur de tout le bien patrimonial (3). Dans la tir cyfrif, terre appartenant, comme nous l'avons vu, au roi et administrée en son nom par un maer et un canghellawr, il n'y a pas de propriété fixe. La terre de la tref est la propriété commune de tous les pères de famille : chacun a une part de terre de même étendue (4). Aussitôt qu'un fils devient indépendant, il peut réclamer de la terre (5). S'il n'y a pas de part vacante, on procède à un nouveau partage ; autant que possible, chacun des chefs de famille conserve sa principale résidence (6). Les grandes propriétés des uchelwyr gallois devaient contenir bon nombre de terres soumises à un régime analogue à celui de la tir cyfrif royale. Le roi, dans les diverses principautés galloises, n'est qu'un chef un peu plus puissant que les autres. Il se faisait obéir des grands assez difficilement, surtout dans le sud du pays de Galles, où les uchelwyr éidiiexii particulièrement

(1) Ancient laws, 83, 5, — 536, 1, — 741, 12.

(2) Ibid., 590, 7.

(3) Ibid., 267, 4, — 590, 7, - 617, 56.

(4) Ibid., 536, 1, infra, — 741, 2. 3.

(5) Ibid., 536, 1, infra, — 741, 6.

(6) Ibid., 82, 6, — 742, 8.

puissants. Suivant Giraud de Barri, ils étaient continuellement en révolte et ne pouvaient supporter de maître (1).

Agitées par des luttes de famille à famille, des rivalités profondes, les principautés étaient encore, comme l'histoire des Gallois nous l'apprend, souvent en lutte les unes contre les autres. Ces divisions avaient déjà livré les Bretons aux Komains ; elles devaient faire succomber ces peuples un à un sous les efforts des Saxons et rendre inutile tout le sang versé pendant des siècles par de valeureuses populations pour la cause de la liberté et de l'indépendance. C'était déjà l'impression de Giraud de Barri : « La cause principale de la destruction de ce pays, dit-il, c'est que, contre l'exemple des autres peuples qui vivent heureux, ils refusent obstinément et orgueilleusement de se soumettre à la domination d'un seul roi et à un seul maître (2), » — «Si leurs cliefs voulaient être unanimes et inséparables dans la défense du pays, ou plutôt s'ils avaient un seul, un bon chef, dans cette contrée si abrupte, si bien défendue par la nature, cette nation vigoureuse entre toutes serait impossible à dompter entièrement (3). » Les rois semblent avoir compris le péril. Aussi, dans les lois, s'appliquent-ils

(1) Girald. cambrite deacript., e. 3. Sudwallia quanquam quantitate longe major, propter noblles tamen, qui uchelioyr, quaBî auperiores vocaatur, quibua abundabat, qui et domiais rebelles ease aolebant, dominumque ferre detrectabant, deterior esse videbatur.

(S) Girald. cainbr. De illaudabil. Walliae, c. 9.

(3) Ibid., c. 10.

à bien établir leur puissance suprême. Le roi est le seigneur de tous, tandis que les autres chefs n^ont aucun droit les uns sur les autres (1) ; les sujets lui jurent fidélité, obéissance, service de guerre (2). Pas de lois sans lui (3) ; sa juridiction domine toutes les autres (4). Lui seul a le droit de battre monnaie (5).

La dignité royale est héréditaire et, en cas de partage, elle va à celui des enfants du roi qui a la principale résidence, à Paîné, par une dérogation à la coutume générale. Ces lois ont un caractère moderne; il faut considérer la royauté galloise dans le recueil d'Howel-da comme un idéal qu'on aurait voulu atteindre, mais qui ne semble pas avoir été réalisé. Au fond, les privilèges du roi sont de même nature que ceux du Pencenedl ou chef de famille, avec cette seule différence qu'ils ne s'exercent pas sur une seule famille, mais sur toutes les familles de la principauté. Le Pencenedl marche au combat à la tête de sa famille ; le roi, à la tête de toutes les familles (6). Le Pencenedl est le père des orphelins et le protecteur des abandonnés de son clan; le roi doit veiller particulièrement à la défense de tous ceux qui sont sans famille. Comme chef de toutes les familles et défenseur de chacun de ses membres, il a droit au tiers de tout galanas et saraad (7).

(1) Ancient laws, 574, 1. — 576, 2. 4.

(2) Ibid., 542, 6.

(3) Ibid., 573, 2. — 588, 43.

(4) Ibid., 574, 1. — 576, 2. 4.

(5) Ibid., 573, 2.

(6) Girald. cambriae descript., c. 10.

(7) Ancient laws, 113, 20. — 689, 22.

le penoenecU reçoit ua présent à roccasion du mariage de toute fille de son clan (1); le roi, pour le mariage de toute le fille de sa principauté (2), etc. Il est probable que plusieurs autres privilèges fort importants, que le roi semble, au X* siècle, s'arroger exclusivement, ont autrefois appartenu à tous les chefs de clan. Un des plus caractéristiques est le droit du roi sur tous les objets sans maître (3), jusqu'aux maisons des Cymri qui meurent sans héritiers légaux (4). Ce droit nous explique l'énorme extension des terres cy- /y*//* habitées par des tenanciers du roi et administrées par ses officiers. Ces terres étaient sans doute, dans l'origine, des terres vaines et vagues dont pouvait seul tirer parti celui qui était assez riche pour y installer du bétail ou y établir des colons à ses frais. Le roi, le plus riche par les dons nombreux qu'il recevait, par la part plus grande qu'il avait au butin (il en prenait le tiers), s'emparait de ces terres et fournissait aux étrangers, aux fugitifs, aux gens de toute espèce qui se mettaient sous sa protection, les moyens de tirer parti de ces terrains, contre de lourdes redevances. Par suite de guerres continuelles et des conquêtes des Anglo-Saxons, le nombre des gens sans famille et sans foyer a dû être très-considérable, et les chefs qui ont pu leur donner asile et protection ont dû acquérir bien vite une puissance et une fortune énormes. Un des privilèges qui ont dû assurer aux rois ou chefs suprêmes

(1) Ancient laws, 92, 1.

(2) Ibid., 259, 52.

(3) Ibid., 82, 9. — 447, 69.

(4) Ibid., 98, 5, 9. — 519, 5.

des principautés galloises, aussitôt qu'ils ont pu se le faire accorder, une grande supériorité de richesse et partant de pouvoir, c'est le droit de transmettre leur dignité à leur fils aîné, tandis que la charge depencenedl ou chef de famille était seulement à vie.

On s'explique facilement que dans de pareilles conditions, le lien de vassalité, la subordination du pauvre au riche, du faible au puissant, de l'homme sans ressources et sans foyer à celui qui possède, devait fatalement, dans la société galloise, se substituer au lien de parenté. L'évolution est à peu près accomplie au XIP siècle.

Si nous examinons la situation des membres constitutifs de la famille, au sens étroit du mot, dans la société galloise, c'est-à-dire du mari, de la femme et de l'enfant, nous nous trouvons en présence de lois d'époque diverse, mais où l'élément moderne est facile à distinguer de l'élément ancien.

En ce qui concerne les femmes, l'ancien droit celtique a subi évidemment, dans le pays de Galles, d'importantes modifications. Chez les anciens Bretons, les femmes paraissent avoir joui de certains droits et supporté certaines charges généralement réservées aux hommes. « Les Bretons, dit Tacite (1), avaient coutume d'aller à la guerre sous la conduite de femmes. » L'assertion de Tacite est confirmée de la manière la plus frappante par un passage inédit d'un célèbre manuscrit irlandais écrit au XIP siècle et dont l'Académie royale d'Irlande a publié en 1870 un fac-similé, le Leabhar na-iiidre (2). Un des principaux héros du cycle hé-

(1) Tacite, AnnaL, lib. XIV, c. 35.

(2) Leabhar na-uidre, Biblioth. de l'Académie royale d'Ir-

, roïque payen d'Irlande, Concidain, demande en mariage la belle Emere. Le père de la jeune fille la lui promet, à condition qu'il aille perfectionner son instruction en Alba (Bretagne). Conculain accepte, passe plusieurs années chez les Bretons. C'est une femme du nom de Scathuch qui fait son éducation militaire. En Irlande, même après la conversion des Irlandais au christianisme, les femmes allaient au combat. L'abolition de cette coutume est attribuée à Adamnan d'Iova. Un jour qu'il promenait sa mère infirme, Ronait, sur ses épaules, ils aperçurent deux troupes aux prises. Tout-à-coup, Ronait, mère d'Adamnan, vit la faulx d'une femme s'attacher au sein d'une combattante du parti opposé, car, dit l'auteur irlandais que nous citons (1), femmes et hommes allaient également à la guerre. Saisie d'horreur, Ronait déclara à son fils qu'elle ne quitterait pas la place avant qu'il ne lui eût juré d'abolir cette barbare coutume. Il y réussit, suivant les traditions irlandaises.

Il ne faut pas naturellement s'attendre à trouver trace de pareilles coutumes dans les lois galloises. Les lois concernant les femmes portent la trace d'époques différentes. D'après les lois galloises, le mari est maître de sa femme (2). Elle ne peut ni vendre, ni

lande, 23 E, 25, fol. 121-127 (Tochmarc EmerCy demande en mariage d'Emere).

/ (1) Felire Oengus (The cçilendar of Oengus by Whitley Stokes,

transactions of the royal irish academy. Irish manuscript séries. Dublin, 1880, vol. I, p. 146); — cf. ibid., p. 64.

(2) Ancient laws, 252, 5,

acheter (1), ni faire aucune convention sans lui (2). Pour le reste, la femme, dans le mariage, paraît à peu près régale du mari. Le mari peut battre sa femme dans trois cas : si elle lui dit des injures, mais la femme peut se racheter moyennant trois vaches ; si elle vend sans sa permission ; s'il la surprend en adultère. Dans ce dernier cas, il a le droit de la renvoyer; mais s'il prend ce parti, il n'a pas le droit de la frapper (3). Il ne peut la battre qu'avec un bâton de la longueur de l'avant-bras et de l'épaisseur du doigt du milieu ; il ne peut la frapper sur la tête (4). Frappée sans motif, la femme a droit à un saraad (5). En cas d'adultère de son mari, elle a droit à une amende considérable, wynebwerth (vente du visage ou de l'honneur). A. la troisième fois, elle peut se séparer de lui : si elle ne le fait pas, elle n'a droit à aucune indemnité (6). Si elle rencontre la concubine de son mari, elle peut la battre de sa main, jusqu'à la faire périr sous les coups, et dans ce cas, on ne peut exiger d'elle aucune compensation (7).

Les liens du mariage étaient des plus fragiles. Sur ce point essentiel, le droit gallois échappe à l'influence religieuse et romaine (8). Le mariage consistait sim-

(1) Ancient laws, 46, 60.

(3) Ibid., 594, 3. 5.

(3) Ibid., 44, 39.

(6) Ibid., 44, 39. - 255, 22. — 366, 30. — 385, 47.

(7) Ibid., 220, 61.

(8) Walter, Das alte Wales, p. 409. Walter exagère quand il étend cette réflexion à tout l'ensemble des lois et usages concernant le mariage.

plement dans la cession de la jeune fille à l'homtoepar le père entouré des parents, en présence des invité8(l). On faisait, à cette occasion, un don au chef de clan (2) et on payait au roi une contribution appelée amobyr (3). Il n'est jamais question de bénédiction religieuse. Les mariages entre proches étaient fréquents (4). La femme n'avait aucun droit à l'héritage de sa famille, mais elle recevait en se mariant une sorte de dot (agweddi ou gwaddol) (5), Le mari, en reconnaissance de sa virginité, lui faisait le matin de sa première nuit de noces, avant qu'elle ne se levât, un don appelé cowyll (6), usage identique au morgengabe ou don du matin des Germains.

La rupture du mariage était chose facile. Les deux époux pouvaient se séparer méine sans motif. Si la séparation sans motif avait lieu avant sept ans, du chef de la femme, elle perdait agweddi et argyvreu (paraphernalia), ne gardant que le cowyll, le wynebwerth et le saraad; après sept ans, elle en emportait la moitié (7). Si le mari provoquait la séparation sans motif avant sept ans, il rendait agweddi, argyvreueicowylliè) ; après sept ans, il partageait avec

(1) Ancient lawa, M, 36. — 698, 12. — 701, 30. — 338, 7. — 371, 4. —430, 120.-559, 31. —690, 4.

(3) Ibid., 93, 1.

(3) Ibid., 396, 30. —559, 31.

(4) Girald. cambr., De illaudab. Walliœ, c. 6.

(5) Ancientlaws, 233, 73. —256, 26. 38. 1. — 365, 28. 44. 37. — 225, 18.

(6) Ibid., 44, 39.

(7) Ancient laws, 39, 9. — 2^, 31.

(8) Ibid-, 38, 1. — 39, 9. — 252, 1. — 256, 26. — 364, 5. 6. 9.

la femme (1). Les motifs de séparation pour la femme étaient : Padultère du mari, même sans flagrant délit, sur soupçons graves (2), la lèpre, l'impuissance, la mauvaise haleine ; dans ces quatre cas, elle emportait tout ce qu'elle avait apporté (3). Le mari pouvait renvoyer sa femme pour un baiser : dans ce cas, elle perdait tout, moins le cowyll, le wynebwerth et lesaraad(4).

Le concubinage était très-fréquent. Si la femme restait trois nuits, l'homme lui devait trois bœufs (5); si elle restait sept ans, l'homme partageait avec elle comme avec la femme légitime (6). L'enfant naturel suivait la condition de la mère (7). Reconnu, il avait les mêmes droits que l'enfant légitime, même le droit d'hériter de son père (8).

L'enfant, j usqu'à l'âge de quatorze ans, est sous l'autorité absolue du père (9). A cet âge, il est conduit au chef par son père, qui dès lors perd tout droit sur lui (10).

Tels sont les traits principaux de la législation galloise aux X*-XIP siècles. Les influences étrangères

(1) Ane. laws, 38, 1. — 42, 30. 31. — 252, 2. —256,26. — 364, 12.

(2) Ibid., 216, 24. — 257, 30.

(5) Ibid., 42, 31.

(6) Ibid., 42, 31.

(7) Ibid., 102, 14. 15.

(8) Girald. cambr., De illaudab. Walliae, c. 9.

(9) Ancient laws, 98, 5. — 99, 2. — 586, 31. — 594, 5.

(10) Ibid., 98, 8. — 43, 34. — 238, 1.

ne s'y font guère sentir. L'influence romaine n'y a pénétré qu'avec les idées chrétiennes et y tient peu de place. Si les ressemblances avec les coutumes germaniques y sont nombreuses et frappantes, cela ne tient pas à une pénétration mutuelle des deux races : tous les traits caractéristiques des lois galloises se retrouvent dans les lois irlandaises, qui n'ont pu subir à aucune époque l'influence germanique. La cause en est dans la communauté d'origine des Celtes et des Germains; on ne saurait s'étonner qu'ils aient, les uns et les autres, conservé intactes un certain nombre de traditions et d'institutions faisant partie du patrimoine ario-européen. Il ne faudrait pas même en conclure qu'ils aient formé un groupe plus étroitement apparenté au sein de la famille ario-européenne. Ils sont arivés à peu près en même temps, en partant du même point, à un degré de civilisation que d'autres peuples de la même famille, par exemple les Latins et les Grecs, avaient depuis longtemps dépassé. Les différences, d'ailleurs, ne manquent pas dans les deux législations. Une seule suffirait à montrer la différence de tempérament des deux peuples : l'institution du bardisme et son existence en plein moyen-âge chez les Bretons. César signalait déjà chez les Gaulois, comme une institution qui leur était particulière, l'existence d'une caste sacerdotale; une caste de lettrés devait exister à côté d'elle ; en tous cas, son existence est certaine en Bretagne et en Irlande. Chez les Bretons, au moyen-âge, le prêtre a remplacé le Druide ; le Barde conserve sa place dans la société galloise, comme le Filé, à la fois poète et juge, chez les Irlandais. Le Celte, à toutes les époques, aussi loin que

lil de l'historien peut le suivre, ne s'incline pas iquement devant la force et la richesse; il n'a pas ir seules jouissances la guerre et l'ivresse : la harpe est aussi chère que l'épée. La musique et la poésie it pour le Celte plus qu'un plaisir : c'est un besoin ; 3n a fait ane institution.

ttetranchons du tableau de la société galloise au siècle certains traits modernes : nous avons devant fls les Bretons d^s V*-V[* siècles. Le clan est l'unité itique et territoriale; c'est un petit Etat, presque aulome, sous la direction d'un chef élu à vie. Tous les imbres sont solidaires les uns des autres et mettent ■dessus dft tout l'honneur de la famille. Le dernier clan porte aussi haut que le chef l'orgueil de son n. Si la haute idée que le Breton libre se fait de sa blesse le porte aux rivalités et aux luttes intestines, iddifficile tout effort commun et suivi, même contre les aemis de la patrie, en revanche, elle ne lui permet s de courber le front devant l'étranger. Seul noble as l'Ile de Bretagne, seul maître du sol, il n'a que ine et mépris pour les envahisseurs.

Page 1