‹ L'émigration des femmes aux coloniesChapitre 3 sur 7 · ALLOCUTION DE M. LE COMTE D'HAUSSONVILLE · texte numérisé non relu

ALLOCUTION DE M. LE COMTE D'HAUSSONVILLE

de ces intolérances qui tendent à faire d'un certain nombre de Français, non pas des émigrés, mais au contraire des proscrits à l'intérieur.

Je sais, Messieurs les membres de TUnion coloniale, que ces idées larges et libérales sont les vôtres, et vous avez voulu en témoigner publiquement en appelant à la Présidence de cette réunion quelqu'un qui n'a pas craint, ces dernières années, de se compromettre par une politique un peu ardente, et qui, pour s'imposer aujourd'hui une certaine réserve, n'a point changé et ne changera jamais de conviction ni d'espérance. C'était là de votre part une pensée délicate et patriotique à laquelle je me serais reproché de ne pas répondre en acceptant avec empressement l'offre dont vous m'avez honoré.

Quant à l'objet même de cette réunion, il suffisait qu'il dût y être question de la condition des femmes pour qu'elle m'intéressât pai ticulièrement. Je n'ai cependant aucun titre à être rangé dans la catégorie de ceux qu'on appelle d'un nom un peu barbare les féministes. Je tiens à le déclarer, non parce qu'à ce mot s'attache un certain ridicule, — je redirai en effet assez volontiers le mot si connu de Lacordaire : par la grâce de Dieu, je n'ai aucune peur du ridicule, — mais parce qu'à la cause des femmes, personne n'a fait, suivant moi, autant de

mal que les féministes, et qu'à cette cause, je prends un grand intérêt. Je ne suis point partisan de ce qu'on appelle un peu pompeusement Témancipation des femmes, mais je suis partisan de l'amélioration de leur condition sociale, dans la mesure du possible, et il faut reconnaître que cette condition est dure. Elle est dure, parce que si nos mœurs, nos relations, nos manières d'être avec elles sont grâce à Dieu pénétrées de ce que la morale chrétienne est venue ajouter aux traditions de la courtoisie germaine, en revanche notre législation tout entière est demeurée empreinte de l'autorité absolue que le droit romain conférait au père de famille, et que ni la personne, ni les droits, ni les biens de la femme ne sont l'objet d'une protection suffisante. Elle est dure, parce que l'âprelé de la concurrence vitale est cause que les hommes leur disputent de plus en plus les professions qui jusqu'à présent leur étaient réservées, tandis que ces mêmes hommes s'efforcent de leur interdire l'entrée de celles où elles feraient tout aussi bien qu'eux. Enfin, elle est devenue plus dure encore depuis quelques années à cause de la fausse impulsion qui a été donnée à leur éducation.

A force d'entendre vanter les bienfaits de l'instruction, beaucoup d'entre elles se sont figuré

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