‹ L'émigration, ses principales causes [microforme]Chapitre 10 sur 25 · À A 2 08 0 0 A A NE MESA · texte numérisé non relu

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Une enquête sur cette question.—ÆEn 1892, comité 1h ; | de la législature de Québec pour examiner les LH causes de l’émigration.—L'opinion d’un prêtre qi! : en 1867.

À négligence des cultivateurs ! mais, 15 nous dira-t-on, que vient-elle faire dans cette galère ou, pour être plus juste, dans les, causes l’érmigration ?

É Avant de développer cette question, :

nous ferons connaître deux opinions sur Fe

ce grave sujet : la première a été émise par un journal qui, il y a quelques années, avait envoyé l’un de ses représentants dans plusieurs paroisses de la campagne pour recueillir des renseignements précis sur l’émigration canadienne. Voici ce que dit-ce journal :

“ Il est beaucoup de familles qui eussent pu rester sur leurs fermes, . si elles avaient été plus vaillantes, ou moins paresseuses. On m’a nommé des gens qui ont émigré aux Etats-Unis avec toute leur

famille et qui continuent là-bas la même vie d’oisiveté, de fainéantise qu’ils menaiïent ici. La femme, les filles et les garçons travaillent comme des mercenaires dans les manufactures et les fabriques de toutes sortes, et le père-de ces malheureux . passe les jours, les semaines, les mois à dormir, à se promener en désœuvré, dans les rues ou à courir les auberges.

‘ D’autres sont partis parce qu’ils n’aimaient pas la culture ou parce qu’ils trou-

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vaient la vice des champs trop dure et trop difficile. Si vous alliez les interroger aujourd’hui, ils vons diraient “peut-être qu'ils travaillent beaucoup plus aux Etats- . Unis que sur leur terre. ”

La seconde opinion que nous désirons citer est celle du comité spécial nommé par la législature de Québec, le-22 juin 1892, pour examiner les causes du mouvement d’émigration dans certaines parties de nos campagnes. Voici ce que nous trouvons dans le rapport de cette commission :

‘ On représente nos cultivateurs comme enelins à la paresse.

‘6 Ceci doit être considéré, sinon comme une calomnie, du moins comme une repré- ‘scntation fausse et exagéréc. Notre peuple est, au contraire, naturellement actif, vigoureux. Il est homme de‘travail. Ce qui lui manque, c’est la direction, l’impulsion : si on pouvait lui faire aimer sa profession et lui ôter l’esprit des illusions

et les autres sources de découragement moral, la perte de temps serait chose inconnue‘dans Îes campagnes. ”

Eu lisant attentivement ces deux opinions, on s’aperçoit bientôt qu’il y a antinomie entre les principes posés par le Journaliste et la commission. Cependant la commission, après avoir parlé comme on vient de le voir, semble avoir éprouvé . un peu de remords, car elle détruit sa première assertion par la suivante :

“ Iln’en est pas moins vrai que dans nos paroisses beaucoup de cultivateurs sont loin d’être des modèles d’assiduité au travail.”?

C’est ce qu’on écrivait en 1890 et en 1852 sur nos cultivateurs. Maïs qu’en disait-on plusieurs années auparavant ?

On se rappelle qu’en 1867,le comité permancnt de l’agriculture, de l’émmigration et de la colonisation de la législature de Québec adressa une série de questions à une

en

LA NÉGLIGENCE 65 foule de personnes bien renseignées dans différentes paroisses de la province, afin d’obtenir des informatious certaines sur ces trois grandesquestions. Dans la réponse que M. l'abbé Saucier fit parvenir au comité nous lisons le passage suivant :

‘ En général, on peut dire que nos habitants canadiens sont laborieux ; mais il y a de nombreuses exceptions. On travaille beaucoup pendant quelque temps et on flâne pendant une partie considérable de l’année. On emploie un temps important à la pipe, à la politique. : Pendant ce temps, les travaux utiles sont négligés ; la pauvreté vient à bride abattue: on est tout surpris, on en accuse le gouvernement, les députés, les conseillers municipaux, tout le monde’ enfin, le vrai coupable excepté.

‘ Si nos gens travaillaient en Canada * comme les Arnéricains les font travailler aux Etats-Unis, une bonne moitié de ceux qui sont pauvres seraient à l’aise.”?

Il ressort des citations que nous venons de faire que les Canadiens, tout en étant, en général, laborieux et actifs, sont quel* quefoïs portés à la paresse, ou mieux qu’ils sympathisent assez facilement avec le far niente des Italiens. Voilà pourquoi nous avons mis comme sous-titre et que nous alléguons comme une des causes de l’émigration : la négligence des cultivateurs.

Une courte promenade à la campagne suflira pour nous convaincre de cette vérité.

M. l'abbé Saucier avait raison de dire, en 1867, qu’on travaille beaucoup pendant quelque temps, qu’on flâne pendant une partie considérable de l’année et qu’on emploie un temps important. à la pipe et à la politique. Ce qui était vrai alors l’est encore aujourd’hui. Mais il ne faut pas tomber duns l’exagération et croire que tous les cultivateurs se rendent coupables de ces fautes. Non, c’est le petit nombre qui appartient à cette triste catégorie—mais le petit uombre cest encore

trop grand.

= memes + mme

On ne niera pas qu il n’y ait des cultivateurs dans presque toutes les paroisses qui négligent leurs travaux d'exploitation pour vivre plus à leur aise. En effet, pendant les jours pluvieuxde l’été, on se livre au sommeil pendant deux à trois heures de laprès-midi—que'quefois même lorsque le temps est beau—; ou bien on fume la pipe, on va chez le voisin, on parle de celui-ci ou de celui-là, on signale les défauts cet les vices d’autrui, en un mot on se constitu? le vrai reporter des com-

mérages qui circulent dans la paroisse.

Et pourtant on pourrait très bien utiliser tout ce temps. Voici un harnaiïs qui est en mauvais état, pourquoi ne pas le réparer? Une ridelle manque à la charrette à foin, la faulx aurait besoin d’être aiguisée, le râtelier est privé de plusieurs dents, il faut des mitaines pour la récolte des grains, pourquoi ne pas exécuter tous ces travaux lorsque la température nous empêche d’aller aux champs? Non; on attend le retour du beau temps pour faire .

toutes ces améliorations, et. pour cela on néglige l'exploitation de la ferme. Quelle est la conséquence de cette négligence ?

Une perte de produits pour le cultivateur. Cette perte occasionnera un déficit dans le revenu annuel et l’on ne pourra combler cette lacune qu’en achetant les grains qui manquent dans le grenier. Dans ce cas, la négligence sera la source de nouvelles obligations.

Nous pouvons faire les mêmes considérations sur les jours de chômage en hiver.

Il arrive bien souvent que nos cultivateurs se contentent de charroyer leur bois de chauffage et de battre leurs grains pendant la froide saison, et ils passent le reste du temps à se chauffer près du poêle et À faire la jaserie. Que de travaux utiles ne pourraient-ils pas exécuter alors ? Le cultivateur, soucieux de ses intérêts, ne perd pas une seule minute même pendant la plus grande bordée de neige ou le froid le plus intense.. Il se rend à sa grange ou à son hangar et répare tous les

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instruments aratoires endommagés dont il aura besoin pour la culture du printemps. Les charrues, les herses, les semoirs, les traits de cuir, etc., tout est examiné avec soin et mis dans l’ordre le plus parfait.. Quand vient l’époque des semailles il est prêt, et il se met aussitôt à la besogne. Pas une heure n’est perdue, Ayant fait ses semences plus à bonne heure, il termine:sa récolte bien avant les’ cultivateurs qui n’ont pas su profiter des mauvuis jours de l'hiver. Si tous les cultivateurs suivaient l’exemple de cet homme prudent et laborieux, on ne verrait pas tant de malaise parmi la classe

agricole.

Nous avons connu deux cultivateurs dans une paroisse du comté de Kamou-

raska, ayant la imême étendue de terre

dont le sol était aussi de même qualité — ils étaient voisins. L’un employait continuellement son temps à améliorer sa culture,à donner fous ses soins À ses animaux et à tenir en bon état ses instruments

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30 x. L'ÉMIGRATION

aratoires. J’autre était, comme on dit dans noscampagnes, un Roger bon temps ; il ne cherchait pas du tout à entrer dans la voie des améliorations, il soignait ses animaux au bout de la fourche, et ses instrumentsaratoires avaient presque tous perdu leur forme primitive et n’étaient pour ainsi dire d’aucunc utilité. Le premier marchait de succès en succès, et la plus grande prospérité régnait au foyer domestique.

Le second avançait d’un pas rapide vers

la ruine, ct la misère. se lisait sûr toutes les figures de cette malheureuse famille.

Il y a six ans de cela, et, depuis, Roger bon temps a dû abandonner sa ferme à ses créanciers et se jeter dans les bras de lémigration.

Quelle a été la cause des désastres de ce cultivateur ? La négligence, et pas autre chose.

Est-ce qu’on ne rencontre pas au moins quatre ou cinq cultivateurs de ce tempérament dens chaque paroisse de la province ? Nous n’hésitons pas à répondre

affirmativement. Si nous multiplions le nombre des paroïsses par quatre ou cinq, nous arrivons à un chiffre assez respectable pour le contingent que la négligence a fourni À l’émigration.

L’ivrognerie chasse les cultivateurs de nos campagnes.—Un remarquable article d’un journal: ÿ —Un sombre tableau.

E comité spécial, nommé le 22 juin 1892, pour examiner les causes du

mé mouvement d’émigration dans certaines k parties de nos campagnes, dit, dans son

premier mémoire, qu’ila soumis à la légis- 4É

lature de Québec, aux derniers jours de la session :

‘Ona prétendu que l’ivrognerie et la

paresse ont fait chasser plusieurs cultivateurs de nos campagnes. Sans accepter cette cause d’une manière trop générale, nous constatons que dans les trois quarts dés réponses que nous avons reçues, ces deux vices sont signalés comme cause de ruine pour le cultivateur.”

Cette commission, après avoir pris des renseignement précis snr la matière, conclut, suivant les réponses qu’elle a reçues, que l’ivrognerie ou l’intempérance est une cause de ruine pour le cultivateur.

Le Moniteur Acadien publiait, il y a quelques années, sur le même sujet, un remarquable article dont nous reproduisons les passages suivants :.

‘ Parmi les vices qui rongent. notre

pauvre nature déchue, je ne crois pas qu’il en existe de plus dégradant et de.plus

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contraire à la protpérité générale que le vice de l’ivrognerie.

“ Jetez ies yeux, pour un moment, sur les malheurs de l’humanité ; pénétrez dans cet obscur réduit, vous y verrezune épouse étendue sur un misérable grabat à peine revêtue de haïillons. Son visage pâle, ses yeux abattus,sa voix à peine intelligible vous révèleront une de ces maladies que la misère seule occasionne. A ses côtés, sales, à moitié vêtus, vous y verrez de pauvres petits enfants criant après le pain quotidien. Où donc est le père de cette malheureuse famille ? Allez au cabaret, vous le rencontrerez avec ses compagnonsde débauche, buvant joyeusement le pain de sa famille.

“Ouvrez les portes des nombreuses bâtisses où sont détenus des milliers d’êtres humains, demandez-leur- ce qui les a conduits si bas. Tous, presque tous du moins,

vous répondront que c’est l’alcool.

‘ Interrogez cet homme, hier vivant ho-

norablement, occupant une position avantageuse et aujourd’hui forcé de quitter sa patrie, de se séparer d’une épouse chérie, de parents aimés ; demandez-lui ce qui l’oblige à s’exiler ainsi : presque toujours on vous répondra que c’est l’ivrognerie.

‘ Qu'ils sont nombreux les ravages de ce vice infâme, qui, non content de dégrader et d’abrutir l’homme, lui fait commettre tant de crimes ?

‘“ Heureusement que le peuple canadien n’est pas an peuple d’ivrognes, et je m’en glorifie commeCanadien français,mais cela n'empêche pas qu’il consomme beaucoup trop de spiritueux. Il n’y a pas un village, quelque petit qu’il soit, qui ne compte trois, quatre, même cinq débits de liqueurs!

Or, un village d’une population de deux ou trois mille âmes, renfermant autant de cabarets, peut-il être prospère ? Ses habi tants peuvent-ils jouir d’une bonne santé ?

La jeunesse surtout peut-elle être ce qu’elle devrait être ? Non, et mille fois non. <On crie bien haut que les temps

avanter sa hérie, ce qui ujours rie.

ges de dégracom-

adien , m'en is cela ucoup Ilage, ompte ueurs | ux ou nt de habi anté ?

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sont durs, que l’ouvrage manque, que les enfants ne veulent plus aider les parents, ete., ete, et À qui la faute ? À vous, père infortuné qui vous êtes livré corps et âme à ce dieu infernal de l’ivrognerie, Comment voulez-vous que votre fils soit un homme sobre, chrétien, honnête, lorsque, chaque jour, du moins chaque semaine, vous portez au cabaret l’argent que vous avez péniblement gagné ! Chaque année, chaque jour, chaque heure, des milliers de cabarets et de boutiques soutirent des

millions de piastres. Etàqui? A de

pauvres ouvriers, journaliers, surtout à ces pauvres cultivateurs qui se plaignent si amèrement que les temps sont mauvais.

Si on calculaït tous ces millions de pias-

tres, que l’usage des boissons nous a fait

gaspiller, le temps qu’il nous a fait perdre, les procès, les malheurs, les ruines et les banqueroutes qu’il a provoqués, on serait étonné de voir le pays encore aussi prospère et l’émigration si peu considérable.”

. Les deux opinions que nous venons de

citer s’accordent parfaitement à dire que l'usage excessif des liqueurs enivrantes conduit le cultivateur à la ruine et à l'exil. Il ne peut yavoir de doute là-dessus. Quoique les Canadien-français ne soient pas un peuple ivrogne, nous ne pouvons cependant nous dissimuler le fait que l’imtempérance exerce des ravages terribles et tout à fait désastreux dans notre pays, surtout dans les grandes paroisses, les centres populeux et les vieilles localités. Les désastres causés par l’ivrogunerie sont moins considérables dans les nouvelles paroisses.

Comme le dit le correspondant du Moniteur,il n’y a pas un village où l’on ne compte deux ou trois débits de liqueurs ; et tous les cabareticrs semblent faire de bonne affaires, du moins si on en juge par les apparences. Ils tiennent leurs maisons sur un haut ton ; ils se promènent dans des voitures de gala traïnées par de superbes chevaux ; leurs femmes et leurs enfants portent une riche toilette ;

> que antes et à à-desis ne us ne le fait vages dans andes t les AUsÉS rables

t du on ne eurs ; re de juge leurs omèînées mes ette ;

L'INTEMPÉRANCE 79 leurs tables sont abondamment servies ; en un mot, rien ne leur manque. Où prennent-ïls tout l'argent qu’il leur faut pour mencr ce train de vie? Dans la bourse des cultivateurs ; ce sont eux qui alimentent ce déplorable commerce, aux dépens de leur fortune et de leur honneur.

Un célèbre auteur français nous fuit la peinture suivante d’un cultivateur qui se livre à l’intempérance :

‘“ Au jour du dimanche, le père, qui devrait être un modèle d'économie, de vie rangée et de respect à la loi de Dieu qui bénit ses champs. .....part pour la ville ou le bourg voisin, entend une petite messe, on même ne l’entend pas, puis 80 dirige vers le cabaret du lieu, fait un déjeuner qui bien souvent se prolonge bien avant dans la journée, traite ses affaires avec plus ou moins d'intelligence, et, après avoir dépensé une somme considérable, rentre chez lui, dans quel état !

& Son fils a hâte d’avoir seize ou dix-

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80 L'ÉMIGRATION sept ans pour s’en aller dépenser de son côté. Les domestiques se mettent de la partie, pourquoi pas ? On passe une partie du jour dans je ne sais quels lieux qu’on appelle lieux de plaisir ; on boit, on danse ; la nuit s’avance, et on rentre à la maison.

Le lendemain matin on se remet au travail, le corps brisé, l’âme mécontente ;or aurait besoin de ne rien faire pour se reposer des fatigues de la veille. La journée est mauvaise pour l’ouvrage, et voilà une perte considérable ; il est impossible de calculer à quelle somme elle peut s’élever dans le courant de l’année. De cette façon, la ruine vient bien vite. ”

Ce tableau est bien sombre, maisil n’est, ‘hélas ! que trop fidèle. Au lieu de surveiller leurs fermes, un grand nombre de cultivateurs abandonnent le soin de leur exploitation agricole à des mains étrangères, et passent leur temps à se promener et à s'amuser avec de prétendus amis qui ont toujours la bouteille à la main. Ces viveurs dépensent de fortes sommes tous

L'INTEMPÉRANCE Bt

les ans, et, à la fin, ils ont recours aux emprunts etaux hypothèques pour assouvir leur soif dévorante ; ils empruntent À tout le monde : à leurs ouvriers, à leurs domestiques même ; ils empruntent au banquier des campagnes, à ce terrible petit prêteur, à ce chancre de l’agriculture, à cette hideuse plaie des champs. La catastrophe arrive bientôt. Les haissiers, les avocats et les agents d’affaires s’abattent sur cette victime de l’intempérance ; tout y passe ;le champ paternel, la maison des ancêtres, les instruments de travail, le linge de l’armoire ; pius rien, la place est vide ; la proie est jetée nue sur le chemin de la misère, de la honte, du désespoir, de l'exil, du crime peut-être ! Oui, il faut bien l'avouer, c’est l’agriculteur lui-même qui se déshonore et se ruine, en se plongeant dans les excès des boïssons enivrantes.

Tous les auteurs que nous avons lus sur ce sujet ct toutes es personnes que nous avons consultées et qui sont parfaitement renscignées sur les ravages de l’intempé-

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