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ses conquêtes qu’il est devenu impossible à l’observateur de distinguer sur la ru€ l’homme à l’aise de l’homme vivant au jour le jour. A Îles voir tous deux sc promenant sur la terrasse Frontenac, par exemple, par un beau soir d’été, on les preudrait l’un et l’autre pour des rois de
la finance : ils portent tous les deux cha-
peau de soie, redingote de drap fin, pantalon de tweed anglais, gilet de toile blanche comme la neige, gants de chevreau, montré et chaîne d’or et canne à pommean d’argent. C’est bien le cas.de dire ici que ce n’est pas l’habit qui fait le moine. |
Dernièrement, je me promenais sur le chemin $ainte-Foyé pour respirer l'air embaumé de mon pays, comme dirait le poète. Je fis rencontre d’un étranger à notre ville ; et la conversation, après avoir erré çà et là, tomba sur la question qui fait le sujet de cet article : le luxe des citadins et des campagnards.
en Jtalie.
- A LA VILLE
—FEtes-vousjamais allé en France ? me ‘4 demanda-t-il. 148
Je lui répondis aftirmativement.
—Eh bien, dans ce cas, vous avez dû constater une énorme différence entre la toilette du riche, du bourgeois et celle de l’ouvrier, du pauvre.
-—Sans doute, je me trouvais à Rouen un = dimanche, il y a vingt-huit ans, et j'ai remarqué le contraste frappant que vous venez de me rappeler par votre observa- | tion. J’assistais à la grand’messe dans la i magnifique église de Saint-Ouen. A la Ë sortie de l’église, après l'office divin qui avait été célébré par Son Ém. le Cardinal de Bonnechose, je contemplai un instant la foule qui encombrait la place publique 00 non loin de l'endroit: où les Anglais firent ; brûler la Pucelle d'Orléans, et je ane suis bientôt convaincu qu’en France la richesse de la toilette était proportionnée à l’état de finances des individus. J’ai constaté le même fait en Irlande, en Angleterre el
a re RE his
—Oui, c’est cela. Le riche et le pauvre restent, sous le rapport de la toilette, chacun daus leur sphère. L'ouvrier des villess’aftuble de la vareusetraditionnelle, faite de grosse toile et teinte en bleu ; le pantalon sort da la même fabrique et est, généralement aussi, de la même qualité et dela même coùlcur. Les femmes sont habillées d’une étofte grossière, etleur coiffure consiste en un voile ou un simple foulard roulé autour de la tête. Ta toilette des campagnards est encoro moins recherchée que celle des citadins.
—La toilette, dis-je À mon interlocuteur, est'dévenue une véritable plaie sociale, Tenez, voyez-vous là-bas, près du monument des braves, cet homme habillé de drap des pieds à la tête?
—Je le vois ; c’est sans doute un des riches négociants de votre ville.
—Vous êtes dans l'erreur. C’est ‘un . débardeur qui ne travaille que deux à trois mois del’été et qui se chauffe bien nonchalamment près du poèle en hiver: .
A LA VILLE
| —Pas possible. Mais cet état de choses vre E : À " | tte, 4 est inexplicable. | ti) des - —C'est peut-être inexplicable, mais le le, © M fait existe. Il arrive très souvent qu’on le ‘+ fait petite nourriture pour porter grosse il st, L toilette, et lorsqu'on ne peut plus se: proté 4 eurer de riches habits par -un travail ont + raisonnable, on quitte la ville et même le ju eur M payspouraller s’enfermer dansunemanuple 1 facture américaine, Eù l’on sue sang et eau let- D dumatin au soiret où les poumons se ins b | fontuve provision quotidienne de poussière Ed nuisible et d’air vicié, qui altèrent et comur, L : promettent la santé en peu d’années, ale. | La toilette des femmes attire plus les us Là regards que celle des hommes, Et ce sont de E surtout les servantes et les filles des manu- M factures, comme on les appelle ordinairedes | ment, qui portént les robes les plus riches L ct les chapeaux les plus rares. Je vais Sn } | : citerun trait pour prouver que je n’exagère X à | Pure. |
J'étais un jour chez un marchand de
. nouveautés de Saint-Roch. Une jeunefille entre et demande un chapeau à acheter.
Le patron exhibe sa marchandise et lui montre un chapeau de douze piastres.
La jeune fille dévore ce chapeau de ses yeux, tant il est beau ; mais sa bourse . me lui permet jas de faire une dépense aussi élevée. J’aimerais bien ce‘chapeau, lui dit-elle, maïs je n’aï pas les moyens de le payer comptant. Se travaille dans une manufacture, et je ne gagne que cinquante cents par jour.—Nous allons faire des affaires, répondit le vendeur. Donnezmoi deux piastres comptant et vous me payerez ensuite une piastre par semaine ; et lorsque vos paiements hebdomadaires auront atteint le prix de vente, vous viendrez chercher votre chapeau. Je vais le mettre à part, avec votre nom dessus.
— À cette condition-là-je le prends.
Ainsi la jeune fille achète le chapeau, objet de ses convoitises ; elle ne pourra se le mettre sur la tête que dans dix semaines, lorsque l’été sera presque écoulé ; mais
* A LA VILLE 21
n'importe, il lui faut à tout prix ce bijou.
importé de Paris.
Quelques instants après le départ de la jeune fille, arrive une dame. de haute position qui demaude à voir un chapeau.
Le marchand s’empresse d’étaler sur le comptoir ses chapeaux de douze piastres.
—C’est trop cher, lui dit l’acheteuse. Un de cinq piastres fera mon affaire ; la mode des chapeaux change tous les ans, et c’est toujours à recommencer.—Et pourtant cette dame avait bien le moyen de payer un chapeau douze piastres.
Comme on le voit, lés rôles sontici intervertis : la femme riche achète un chapeau ordinaire, et c’est un chapeau de luxe qu’il faut à la fille de l’ouvrier. Il n’est donc pas étonnant après cela que bien souvent la servante passe aux yeux des étrangers pour la maîtresse du logis.
Au lieu de suivre l'exemple de la fourmi et de thésauriser dans les années d’abondance, on consacre toutes ses éco-
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nomies à des dépenses inutiles ; et lorsque le chômage fait sentir ses tristes effets, le père de famille, qui n’a pas su mettreun frein au luxe de ses enfants, est obligé de s’endetter pour se procurer le nécessaire à la vie. De dette en dette, il roule bientôt dans la misère la plus noire, et finit presque toujours par s’expatrier pour tâcher d'améliorer son sort.
N’avons-nous pas raison de conclure, après les faits que nous venons de relater, que leluxe est une des principales causes de l’émigration ? |
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Les ameublements d'autrefois et les ameublements d’aujourd'hui.—Des salons partout.— L'achat du piano. ,
ANS un chapitre précédent, nous
avons posé la proposition suivante :
Le luxe sur la personne, l’ameublement et les voitures cest une des principales causes de l’'émi gration. Nous avons prou- vé la première partie de cette proposition, savoir : le luxe sur la personne. Il nous
reste à faire la démonstration de la seconde partie : le luxe sur l’ameublement ; c’est ce que nous’nous proposons d’établir dans cette étude. Dansle bon vieux temps, comme l’on ditordinairement, les maisons des èampagnes étaient meublées avec la plus grande simplicité. Tout Pameublement sortait de l’atelier de menuiserie du cultivateur. Ce dernier confectionnait de £es propres mains ses couchettes, ses tables, ses chaises, ses armoires, ses buffets et ses sofas, et il sc faisait peintre et bourreur. Les chevilles de bois remplaçaient les clous. Il'ne s’agissait que de se procurer du bois, et il n’y avait rien de plus facile que d’aller en chercher dans la forêt pendant l'hiver. Le cultivateur fabriquait ses meubles pendant les jours de chômage forcé que nous amènent les pluiestorrentielies de l’été ou les froids de la saison des frimas et des glaces. Desorte que la seule dépense de l’ameublement se bornaîit à une perte de temps.
Aujourd’hui, ce n’est plus la même
chose. : L’ameublement d’autrefois ne convient plus au goût des jeunes filles et souvent de la mère ; il faut le remplacer par des meubles importés des villes ou des grands centres commerciaux. Ce sont des chaises couvertes en crin ou en damas ;
ce sont des tables en noyer noir; ce sont des couchettes, des chiffonniers, des
bureaux de toilette de même bois ou d’acajou, ou de bois de rose; ce sont des buffets et des sofas de la plus grande richesse. Puis, on rencontre aujourd’hui un salon dans la plupart de nos maisons de campagne, et ce salon respire le luxe le plus effréné. Le parquet est couvert de tapis de Bruxelles d’un prix exorbitant, et les rideaux qui ornent les fenêtres sont vraiment riches. Et le piano ! il ne faut pas l’oublier, La jeune fille sort du couvent, où elle a appris un peu de musique, et conjure son père de lui acheter un instrument pour continuer de pratiquer et de développer son vaste talent de musi.
cienne. Le père, qui bien souvent manque 2É
d'énergie, cède aux caprices de son enfant gâtée et lui donne l’objet de ses convoitises.
Mais, pour cela, il sera forcé de contracterune dette de quatre À cinq cents piastres, sans compter les dépenses générales de son ameublement, que l’on peut évaluer à six ou sept cents piastres. À la fin, notre cultivateur se trouveen face de nouvelles obligations de $1,000 à $1,200. Le créan” cier, sachant que -l’acheteur possède-une bonne terre qui lui permettra de se faire payer quand il le voudra, accente bien volontiers une hypothèque sur les propriétés du cultivateur avec un intérêt de 6 À 8 pour cent, quelquefois à un taux plus élevé. Le temps de l’échéance arrive, mais le cultivateur se trouve dans l’im-
-possibilité de faire honneur à ses affaires ; il se voit obligé de renouveler son hypothèque en capitalisant l'intérêt échu.
Plusieurs années s’écoulent ainsi ; mais, un bon jour, le créancier va trouver le cultivateur en question ef lui signifie qu’il
nfant a absolument besoin d’argent et qu’il ne itises. JS peut pas attendre une semoine de plus 4 pour son règlement de comptes. Et le
ntrac- ‘ . ! *
L débiteur de s’écrier : Je suis dans l’impospias- 1 VS Lt ; ai érales sibilité de vous payer au temps fixé ; je
: n’ai, pas un sou dans mon gousset, At- :
aluer Û 3 tendez donc encore un an.
notre + velles + — Voilà dix ans que vous me devez cette réan® JW somme, et jé ne vous ai jamais taquiné. eune "W Aujourd'hui, j'ai de fortes obligations à faire ®æ rencontrer, ctje ne puis : vous accorder bien 2 un nouveau délai.
de 4 —Je vous le répète, je ne puis vous FEtCe MN payer.
taux E : | rive, —C’est bien ; mon avocat sera chargé l'im- | de vous demander, devant les tribunaux
de la justice, le paiement de tout ce que vous me devez.
Lires ; pe chu.
mais, r le qu’il
Le créancier s'éloigne rapidement de la maison du cultivateur,où les larmes remplacent bientôt la joie, et deux jours plus tard, le débiteur reçoit d’un avocat un
papier timbré, qui vient augmenter encore l'angoisse et les tortures morales de lin.
fortuné campagnard et de sa famille en pleurs. |
Un mois s'écoule; le débiteur a beau frapper à toutes les portes pour deman-.
der du secours, rien ne vient ; on le sait insolvable, et c’est un refus formel qui accueille partout ses ardentes supplications, Finalernent, sa propriété est vendue par l’ordre du shérif, et le produit de la-vente suffit à peine pour payer les dettes et les frais de la justice. Le malheureux cultivateur s’efforcera alors de sortir du précipice où son imprudence l’a plongé.
Pour atteindre ce but, il vendra à des amis les quelques meubles et ustensiles de cuisine qui sont exempts de saisie de par la loi et, avec la petite somme qu’il aura pu amasser de la sorte, il prendra, avec sa famille, la route de l'exil et se dirigera vers la république américaine. :
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cultivateur? C’est le luxe sur l’ameublement de sa maison.
Par conséquent, nous avions raison de dire, au commencement de ce travail, que le luxe sur l’ameublemeñt des maisons de la campagne est une des principales causes de l’émigration, et nous croyons avoir établi clairement notre preuve par les faits que nous avons apportés à l’appui:
faits qui se renouvellent très fréquemment par.ni la classe agricole. |
Les harnais les plus brillants, les plus riches voitures et les plus beaux chevaux. En 1867, l’assemblée législative s’occupe de la question F du luxe. s:
terons sur les harnais et les chevaux —est encore une des causes de l’émi- $ grat'on. | } à
] Æ luxe sur les voitures—nous ajou-
Il y a quarante À cinquante ans, les voitures des cultivateurs portaient le cachet de Ja plus grande rusticité. On
L'ÉMIGRATION se contentait à cette époque du cabrouet et de la calèche aux ailes jaunes ; on voyait quelquefois un quatre roues couvert en.
toile, maïs il avait été fabriqué par le cultivateur lui-même, et nous pouvons vous assurer que les coussins étaient loin d’être .
aussi moelleux que ceux sur lesquels se
pavanent les riches de la terre. Et les ressorts donc ! ils brillaient souvent par leur absence. A chaque ornière, le promeneur devait se cramponner fortement à la voiture pour ne pas être lancé sur le sol. Ces espèces de véhicules étaient incommodes, il est vrai, maïs le coût était peu élevé.
Que de fois, dans les jours de notre ‘enfance, nous sommes allé en charrette à ‘ foin à l’églisé paroissiale pour entendre la grand’messe, les dimanches et les fêtes d'obligation. Toute la famille —nous étions quelquefois six à huit personnes -s’installait dans la charrette sur des chaiïses et se dirigeait ainsi vers le temple sacré.
Nous avions un plaisir à nous rompre les
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côtes, et nous n’éprouvions aucune fatigue pendant la grand’lieue que nous avions à franchir pour nous rendre à l’église.
Comme nous étions heurcux dans notre charrette à foin !
- De nos jours, tout a été transformé, ct la face de nos campagnes a été pour ainsi dire renouvelée. Si l’un de nos aïeux qui reposent dans la tombe depuis un
grand nombre d’années, faisait une nou-
velle apparition sur la terre, il se croirait dans le pays décrit avec tant d'élégance par l'illustre auteur du Télémaque, et dans lequel ne coulaïent que des rivières remplies d’or ct de pierres les plus précieuses,. Maïs son illusion ne serait que
- de courte durée ; car ilserait bientôt plongé -
dans la désolation, en constatant les ravages affreux que le luxe cause aux braves habitants de nos campagnes, en particulier le luxe sur les voitures. ‘
On ne voit plus de cabrouets ni de calèches aux ailes jaunes. Ces antiques véhi-
cules ont fait place aux carrosses, aux belles voitures couvertes, et toutes ces voitures portent l'empreinte de la somp.
tuosité et de la richesse. Le prix en est très. élevé, et les plus pauvres comme les plus riches cultivateurs n’hésitent pas à contracter de lourdes dettes pour se voi:
turer de la manière la plus confortable.
“Mais, quand on possède une belle voi.
ture, il faut un harnais à l'avenant.
Autremont, la disparité serait trop grande et l’on figurerait mal avec un vieil attelage devant la porte de l’église. Et puis, que vont dire les autres cultivateurs qui ont fait l’acquisition-mais à crédit—de splendides équipages qui, bien souvent, peuvent entrer en comparaison avec ceux des plus riches bourgeois des villes ? Le respect humain fait sentir son aiguillon mortel et finit par l'emporter sur la répugnance du cultivateur. *Les dettes s’accumuleront, mais n'importe ! il faut agir comme les autres et traîner le boulet forgé par les hypothèques.
Ce n’est pas tout. Avec une magnifique voiture et un harnais aux boucles d’or et d'argent, le cultivateur rougira
presque de honte s’il n’a pas un coursier
À l'allure pimpante, voire un trotteur de
grande renommée, pour traîner le carrosse
et revêtir le harnais en question. C’est un surcroît de dépenses de deux à trois cents piastres, quelquefois de quatre cents’ piastres; mais on ne reéule pas devant cette nouvelle obligation, et l’on hypothèque sa terre d’autant.. Une fois qu’un homme a commencé à glisser sur la funeste pente des dettes, il ne s’arrêtera que lorsqu'il aura atteint le fond de l’abîme et que la ruine la plus navrante lui aura enlevé le
‘bandeau qui lui recouvre les yeux. C’est
une espèce d’épidémie qui a envahi nos campagnes et dont les ravages ne peuvent être contrôlés que par la réflexion, la prudence et l’économie, trois choses indis-
pensables au succès de nos cultivateurs.
On comprend facilement que les produits d’une terre ordinaire-et appauvrie
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par des cultures continuelles ne seront pas assez abondants'pour permettre au cultivateur de faire tous ses achats au comptant. Dans cette circonstance, il aura recours de nouveau aux hypothèques ou aux obligations, et, d'année en année les intérêts s’accumuleront et s’ajouteont au capital. La conséquence inévitable de ces folles dépenses sera la cession des biens de cet infortuné cultivateur à ses.
créanciers dont la soif de l'argent est devenue insatiable ; et”pour éviter un naufrage complet, le débiteur quittera le pays pour aller gagner à la journée, sur une terre étrangère ou dans une ville canadienne, sa vie et celle de sa femme et de ses enfants.
Voilà où le luxe sur les voitures, les harnais et les chevaux conduit un grand nombre de cultivateurs.
Nous avions donc raison de dire que le luxe sur la personne, sur l’ameublement et les voitures est une des principales
at
causes de l’émigration canadienne, et les
«lonnées que nous avons apportées à lap-
pui de la thèse que nous soutenons, con- Yaincront facilement le lecteur de l’exactitude de notre assertion.
La question que nous avons traitée dans plusieurs chapitres précédents, n’est pas nouvelle. En 1867, l’Assemblée législative de Québec, alors que feu l’honorable M. Chauveau était premier ministre, nomma une commission pour s’enquérir de tout ce qui avait trait à l’agriculture, à la-colonisation et à l’émigration, et cette commissign se composait des honorables MM. Cauchon, Chapais, Chauveau, Dun-
kinet Irvine, et de MM. Bessett, Church,
Clément, Dugas, Fortin, Garon, Hamilton, Ilearn, LaRue, Lavallée, Mailloux, Picard, Ross, Tremblay, Joly, Beaubien et Robertson. Cette commission expédia, dans toutes les parties de la province, une
série de questions à un grand nombre de
personnes qui étaient en état de lui donner des renseignements sur l’agriculture, la
colonisation et l’émigration. M. l'abbé Saucier, curé de Ristigouche et missionnaire des Acadiens de Matapédiac, fit parvenir à la commission d’enquête des
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réponses très détaillées aux différentes
questions qui lui avaient été posées. Voici
ce qu’il dit en parlant du luxe :
‘“ Le luxe a pris dans nos campagnes une proportion alarmante : maintenant nos cultivateurs veulent briller comme de grands seigneurs ; il leur faut de magni fiques voitures, des harnais argentés, des maisons splendides, notre belle étoffe du pays ne leur va plus. Les @oieries, les ôrnements précieux, les beaux meubles sont considérés comme choses nécessaires, Mais à côté de ces belles choses se trouve la page noire. Pour solder ce compte, il faut vendre une partie de la récolte ; si on ne peut payer, 1l faudra donner un billet portant un intérêt de 8, 10 ct 12 pour cent ; après quelques années, si on ne peut liquider la dette, on passera une obliga tion ; viendra, peu de cemps après, le rôle
ET
des usuriers, finalement l’émigration. On émigre ainsi des anciennes paroisses ; et on émigre ainsi, pour la même raison, des nouveaux établissements.”
Eh bien ! le mal que signalait M. l'abbé Saucier, il y a près de trente ans, est-il disparu ce notre province ? Non ; au contraire, ses ravages ont augmenté d’année en gnnée—nous l’avons prouvé-—et sont passés, pour ainsi dire, à l’état d’épidémie. Le luxe est devenu, au Canada, une véritable plaie sociale et la cause de la ruine d’un grand nombre de cultivateurs.
7 ARBEDSEELen OR ue
Le rendement des terres diminue.—La science agricole cst nécessaire au progrès.—La routinc est une plaie.