ÉPILOGUE
— « Mon Dieu ! » fit-elle. « Pourvu qu'en te conseillant de lui écrire seulement, je ne t'aie pas donné un mauvais avis?... J'ai tant cru qu'il fallait le laisser revenir de lui-même?... Mais j'espérerai jusqu'à la dernière seconde... Tu auras une lettre, un mot, quelque chose... 0
Ils se turent, attentifs aux plus légères rumeurs de l'escalier sur les marches duquel résonnaient les pas hâtifs des locataires de cet hôtel, habité à la façon d'une gare, — entre un de ces rapides de l'Océan, comme la Cambria, et un de ces trains de bateau — un spécial, comme on les appelle en Angleterre — qui courent incessamment de Liverpool à Londres et de Londres à Liverpool. A chacun de ces bruits, Landn frémissait d'un tressaillement que la main de Valentine calmait d'une étreinte plus tendre. Le passant ne s'arrêtait pas devant la porte, et les images de ces deux mois affluaient à l'esprit du jeune homme, pour redoubler en lui ce besoin d'un autre adieu, venu de celui que, mentalement, il appelait toujours son père. Il se revoyait, s'en allant de l'hôtel de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à leur dernier et cruel entretien, et sa recherche d'un appartement meublé où s'installer pour plusieurs semaines. Il revivait les jours qui avaient suivi, et son étrange existence dans Paris, quand il vaquait aux préparatifs de son mariage et de son départ, en évitant les rues et les figures connues. Quelques épisodes se détachaient plus nets : — des visites chez Métivier, une entre autres, où le notaire, en le regardant avec des yeux si inquisiteurs, en dépit de la discrétion professionnelle, lui avait parlé de la vente de Grandchamp, — une rencontre par hasard avec Pierre Chaffin, où celui-ci avait détourné la tête, victime innocente de la honte paternelle, — une autre avec Altona, où le futur baron l'avait salué d'un coup de chapeau de gentilhomme à gentilhomme, familier,
presque protecteur ! Il se revoyait recevant une enveloppe recommandée de l'écriture du marquis, dans laquelle se trouvait le reçu d'une somme de près de trois millions versée à son compte à la Banque de France. C'était la fortune de Jaubourg. Et il retrouvait le battement de cœur qu'il avait eu pour aller, après bien des réflexions, chez un prêtre de l'église Saint-François-Xavier, qui était le confesseur de Mme Olier. Quel autre contraste avec le matin, où, s' élançant de son automobile, il gravissait les marches de la même église, pour dérouter l'observation du chauffeur ! Il y entrait, cette fois, troublé de préoccupations plus graves que celles d'assurer le secret de ses visites rue de Monsieur ! Il venait demander à l'ecclésiastique d'être son intermédiaire pour un don anonyme qu'il voulait faire de cet argent à la « Société de secours aux blessés militaires des armées de terre et de mer ». Quel orgueil il avait eu et quelle espérance, lorsqu'il avait pu, après une semaine, ce difficile projet une fois réalisé, envoyer lui-même à M. de Claviers, par une lettre, recommandée comme la sienne, les pièces qui prouvaient ce versement ! Cette Croix-Rouge Française, c'était encore l'armée. Quelle tristesse que le marquis ne lui eût pas répondu 1 II n'avait pas répondu non plus à une nouvelle lettre, par laquelle Landri lui annonçait et son mariage et la date de son départ. Et le jeune homme se revoyait aussi, dans une des chapelles de cette même église Saint-François, agenouillé devant l'autel avec Valentine, n'ayant auprès de lui que les deux témoins de la jeune femme, des parents venus de province, et ses deux témoins à lui : le capitaine Despois avec le lieutenant Vigouroux. Il se revoyait enfin, écrivant au marquis de Claviers une dernière lettre où il lui disait le détail de son voyage, la date de son arrivée à Londres, la durée de son séjour, l'adresse de son hôtel, la date de son arrivée à Liver-