LIVRE TROISIÈME
côté des dons de nature qui nous manquent, nous leur avons proposé un échange de services, et cet arrangement a été accepté par quelques-uns d'entre eux. Ils exercent nos enfants à endurer la souffrance sans sourciller, à faire usage de leurs yeux et de leurs oreilles pour déjouer toutes les embûches, à ployer vaillamment leurs membres sous l'empire de la volonté et à connaître les mœurs des animaux dans l'état sauvage. »
Comme nous parcourions l'intérieur de l'édifice divisé, je l'ai dit, en divers cycles d'éducation, j'assistai a l'une des fêtes qui se célèbrent de temps en temps dans chacun de ces départements de l'histoire Ou de la science. Nous étions, si je ne me trompe, à Athènes. Devant nous se drossait l'Acropole sur un rocher couronné de temples, de statues, de dieux en bronze et en marbre. A l'ouest s'étendaient les Propylées construits par Périclès. Des groupes d'adolescents habillés en Grecs dont ils reproduisaient au naturel les manières, et dont ils parlaient le langage se promenaient dans la Cité ou se dirigeaient vers les ports du Pirée, de Munychie et de Nialère. Quoiqu'ou s'étonne peu dans les rêves, je jurai par Athéné Promachos de pénétrer ce mystère.
« Ce que vous voyez, me dit le sage, est bien simple. Ayant reconnu par l'expérience que l'ombre de l'histoire glissait le plus souvent sur l'esprit de la jeunesse sans laisser de traces bien distinctes, nous avons cherché à lui donner un corps. Nos
élèves n'étudient point seulement les époques anciennes ; ils y vivent.
— Il faut, m'écriai-je, que la république soit bien riche pour subvenir à de telles institutions !
— La république est riche, parce qu'elle est industrieuse et qu'elle règle elle-même ses dépenses. Et d'ailleurs ne vous y trompez nullement : ce que vous prenez pour un sacrifice d'argent est au contraire une économie. Si ce qu'on nous dit est vrai, les sociétés de la vieille Europe paient très-cher pour leur gouvernement, et défraient à assez bon marché leur système d'enseignement public. Chez nou* les choses se passent tout autrement. Notre gouvernement ne nous coûte rien ou presque rien, tandis que nous concentrons toutes nos ressources sur nos écoles. En agissant ainsi, nous avons fait ce qu'on nomme en style de commerce une bonne affaire. C'est effectivement à notre manière d'élever la jeunesse que nous devons de n'avoir ni armée permanente, ni clergé officiel, ni aucune des charges qui ruinent les États. »
Les... (j'ai tout à fait oublié le nom de ce peuple) ne façonnent l'esprit ni le caractère de leurs enfants en vue d'aucun régime établi. Résolus à accepter d'avance le fruit qui sortirait d'une libre éducation fondée sur les lois de la nature et les principes de la science, ils ont courageusement confié l'avenir de leur pays aux lumières des générations nouvelles. L'école est chez eux une société en voie de forma mation ; elle a ses institutions comme l'État, et les