LA SCIENCE EN ACTION
Nous avons visité hier, avec Emile et Lola, une fonderie d'étain qui se trouve à Penzanoe, sur les bords de la bai»? du Mont. Je ne me lasse jamais d'admirer cette courbe des eaux, à la fois puissante et gracieuse comme le sein de Thétis, et autour de laquelle le railway déroule son ruban de fer. La fonderie, qui s'élève en face delà baie, se compose de vieux bâtiments soutenus par des pièces de bois et recouverts de toits d'ardoise, qu'on prendrait volontiers pour des hangars , tant ils sont bas et ouverts à tous les vents.
Dans l'un de ces* hangars s'amoncelaient, divisés ça et là, des tas d'une poudre brune qu'on appelle le minerai. C'est à convertir cette poudre de couleur marron (oxyde d'étain) en un mét al fort recherché parle commerce, que consistent les travaux de la fonderie.
11 était à peu près neuf heures du soir, et le soleil avait disparu de l'horizon depuis longtemps. La nuit était noire et au milieu de cette nuit, les fours en briques, fermés d'une porte de fer, mais au centre de laquelle s'ouvre un trou rond et rouge comme une prunelle de feu, étineelaient dans l'ombre.
Le métal est fondu : grâce à diverses épreuves qu'on lui a fait subir, l'étain s'est a peu près dépouillé des matières impures, la silice, le soufre, le cuivre, auxquelles il était associé d'abord. Il s'agit maintenant de le couler : c'est le moment solennel. Le lourd liquide incandescent s'échappe par une bouche située à la partie inférieure de la fournaise et tombe dans une cuve de fonte. La ronde surface du métal luisant au fond de cette cuve rappelle un instant la blancheur et l'éclat de la lune par une nuit d'été.
La dernière fois que l'étain sort de la fournaise (car il faut le réduire plus d'une fois à l'état de fusion), on jette dans la cuve des branches de bois vert — surtout de pommier — qui le font bouillonner, frémir. Malheur aux ouvriers ou aux curieux qui ne s'éloignent pas aussitôt de cette chose en colère. Les bulles d'air qui se détachent delà masse soulèvent des gouttelettes de métal brûlant qui pétillent et jaillissent de tous cotés, comme le bouquet d'un feu d'artifice.
Emile et Lola n'ont sans doute point saisi la raison chimique de tous les changements que subit le minerai avant de devenir étaiu : peut-être môme ne se. font-ils de l'ensemble des travaux qu'une idée très-vague ; mais ils ont été intéressés par la nouveauté du spectacle, car ils m'ont prié de les ramener une autre fois à la fonderie.
Je me demande si dans l'éducation de la jeunesse on n'a pas beaucoup trop isolé la science des liens qui la rattachent à l'industrie. Les laboratoires, les