LIVRE TROISIÈME .JiT
mes premières impressions, les âmes sont aussi mêlées que le sang.
Les femmes blanches et les métisses se distinguent par de grands yeux noirs qui lancent du feu, de longs cheveux tombant en lourdes tresses, un teint dont l'éclat naturel défie l'ardeur du soleii. un nez qui n'a rien de grec quoiqu'il ne manque ni de dessin, ni de finesse, une bouche quelquefois un peu grande mais ornée de belles dents, une taille moyenne bien prise, des pieds merveilleusement petits et des mains délicatement modelées. En deux mots le portrait de Lola quand elle sera grande.
Je ne connais encore rien de leurs mœurs, sinon qu'elles me paraissent passer leur vie je parle des riches) au milieu des ileurs, des parfums, des pastilles aromatiques, deâ confitures et des sucreries. A en juger parce que j'entends dire autour de moi, elles partagent leur temps entre les intrigues d'amour et les exercices de dévotion. Qui ne s'étonnerait d'apprendre que les couvents et les églises occupent au moins un quart de la ville?
On m'assure que les hommes sont très-jaloux; mais je n'en crois rien : s'ils l'étaient véritablement, ils ne laisseraient point leurs femmes aller si souvent à confesse.
30 juin m>..
A peine arrivé à Lima, j'ai dû m'occuper des affaires de Dolorès.
Il fallait d'abord recueillir des détails certains sur sa naissance, ses parents, et voici en deux mots le résultat de mes recherches :
Son père descendait d'une ancienne famille espagnole qui était venue s'établir au Pérou quelque temps après la conquête. Sa mère était au contraire une femme de couleur; c'est le nom qu'on donne ici aux métisses. Quoiqu'elle eût du sang indien dans les veines, il fallait l'œil jaloux des véritables créoles pour découvrir les derniers traits d'un type plus qu'aux trois quarts effacé. Il n'y a qu'elles en effet capables de discerner à la première vue d'une belle personne ce que les Anglais appellent la « marque du pied fourchu de Satan, » et cette marque elles vont la chercher jusque dans la forme des ongles.
Il faut savoir qu'en dépit âe la constitution républicaine et du croisement des races, quelques anciennes familles espagnoles tiennent à honneur de prouver et de maintenir la pureté de leur sang. C'est à leurs yeux un signe d'aristocratie et pour les autres, il faut bien le dire, un objet d'envie. A la cinquième ou mAme à la sixième génération, les métis souffrent dans leur amour-propre dïtre reconnus comme tels, et que ne donneraient-ils point pour se délivrer des signes, d'ailleurs très-légers, qui trahissent, selon les idées reçues, une origine inférieure!
Je me suis souvent demandé si la société ne s'était point fondée à l'origine sur le besoin qu'ont les hommes de se mépriser entre eux.