LIVRE TROISIÈME
tivés on rencontre des champs de maïs, des plantations de cannes à sucre et de coton, les fruits de l'Espagne, l'orage, le citron, la grenade, la figue, l'olive, mariés à tous les fruits des tropiques, tels que la banane et l'ananas. Cette terre qui tremble est grosse de vie ; elle croît, elle monte, elle aspire, et il ne faut pas lui en vouloir si en faisant son œuvre elle trouble quelquefois par ses ravages le travail de l'homme.
La cote que nous visitions n'a point échappé à l'action des secousses souterraines, qui partent sans doute de la chaîne des Andes. Dans les crevasses, les renflements, les dépressions du sol qui s'affaisse pour se relever aussitôt, on reconnaît encore le champ de bataille des éléments volcaniques.
Lola toute fière de faire à Emile les honneurs de son pays, et ne tenant aucun compte des embûches que pouvait recouvrir cette cote inégale, tourmentée, poussa avec beaucoup trop d'ardeur son cheval en droite ligne vers la mer. Nous la suivions, mais à distance ; car mon fils et moi nous étions mal montés. Averti toutefois par mes cris d alarme du danger qu'elle courait, il piqua désespérément des deux.
Au moment où Émile atteignit la folle cavalière, elle n'était plus qu'a une centaine de mètres d'un précipice ouvert entre deux rochers et dans lequel les cheveux au vent, la cravache levée, elle allait très-certainement s'engloutir avec son cheval. Saisissant la bride de ce dernier, il le força de tourner sur la gauche. L'animal se cabra, résista, puis
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comme frappe d'une inspiration soudaine ne tarda point à s'arrêter.
Lola pâlit et trembla : elle avait vu le gouffre.
Avec la simplicité d'une sceur, elle remercia Emile en l'embrassant.
Cet incident n'a rien ajouté, j'en suis sûr, à l'affection qu'ils avaient déjà l'un pour l'autre. J'ai pourtant cru remarquer depuis ce temps-là une nuance plus tendre dans les attentions d'Emile envers Lola. Se dévouer, ne serait-ce point le commencement de l'amour?
Nous verrons bien. Comme Hélène et moi nous croyons toujours ces deux enfants sur parole, ils n'auraient point le courage de nous tromper.
28 juillet 18(5..
Nous rencontrons souvent de vrais Indiens. Les uns apportent à Lima sur le dos des mules la glace qu'ils ont été chercher dans les montagnes et qui est ici considérée comme l'une des premières délicatesses de la table. D'autres conduisent vers la côte un troupeau de lamas qu'ils ramènent ensuite chargés de sel.
Quel contraste entre l'état misérable de ces Indiens et leur ancienne grandeur I
Les temples des Incas dont on montre les ruines, leur fameuse route militaire, leur admirable système d'irrigation qui au moyen de tranchées conduisait dans les champs l'eau des petites rivières et fertilisait des terres aujourd'hui stériles, tout porte à croire que les races indigènes de l'Amérique