LIVRE TROISIEME
centrale ont été arrêtées dans leur développement par l'arrivée delà race blanche qui s'est abattue sur elles comme un vautour. Elles marchaient, et qui peut dire ce qui serait advenu si elles avaient eu le temps d'atteindre au vrai type de leur civilisation? Peut-être les rôles auraient-ils été intervertis ; peut-être un Christophe Colomb à peau rouge fût-il venu découvrir l'ancien monde?
Aujourd'hui les tribus iusoumises se défient des présents qu'on leur offre et des avantages qu'on leur promet. — Timeo Danaos... On a beau leur envoyer des missionnaires pour les convertir : ces Indiens savent que dans la bouche du blanc, Évangile veut dire asservissement de leur race et confiscation de leur territoire.
Quelques habitants de Lima croient qu'il existe encore d'anciennes cités péruviennes ou mexicaines qui n'ont jamais été atteintes par la conquête des Espagnols. Où sont ces villes? Evidemment nul ne peut le dire. Comment se fait-il qu'elles n'aient point été découvertes parles voyageurs modernes? On répor.d à cela que des déserts, des forêts, des marais, des chaînes de montagnes, mille obstacles, entourent ces vieilles peuplades ayant gardé leur indépendance. Pour arriver jusqu'à elles il faudrait d'ailleurs pénétrer à travers des tribus sauvages qui défendent aux étrangers sous peine de mort l'entrée de leur territoire. Tels sont les Indios Bravos, race martiale, qui habite les hauteurs situées à l'est du Pérou, et les Cunchos qu'on dit être anthropophages.
D'autres Péruviens vont encore bien plus loin dans leurs assertions. « Non-seulement, disentils, ces cités existent ; mais elles ont été visitées de temps à autre par d'obscurs aventuriers, des porteballes, des trappeurs. Il y en a dont on n'a plus jamais entendu parler; d'autres au contraire ont raconté ce qu'ils avaient vu et c'est par eux qu'on sait ce qu'il en est ; mais étrangers à la civilisation et surtout à la science, ils ont fait part de leur découverte à des marchands nomades ou à des chasseurs qui n'ont pu donner à leur tour que des renseignements très-vagues. »
Que faut-il croire de tels discours? Depuis les découvertes très-réelles de Stephens et d'autres voyageurs qui ont parcouru l'Amérique centrale ; depuis les fouilles entreprises au milieu d'épaisses forets et n'ayant pour témoins que les perroquets et les singes ; depuis surtout que les ruines de Oopan, de Quiché, d'Ocosingo, de Palenque et de tant d'autres cités ensevelies depuis des siècles sous les racines des arbres, ont clairement prouvé au monde l'authenticité de certaines traditions, il est bon d'v réfléchir à deux fois avant de reléguer parmi les fables, des récits qui n'ont après tout rien d'invraisemblable.
Il ne s'agit plus, il est vrai, cette fois de cités mortes ; il est question de cités vivantes où l'on retrouverait en chair et en os l'histoire d'une race, — ses temples, ses dieux, ses prêtres, ses lois, ses usages.
Émile et Lola dont de pareils récits enflamment