LIVRE PREMIER
de M œ# Warington, et qui passe ici pour une autorité en matière de breeding. Elever les enfants, c'est, en Angleterre, la première science des femmes.
Est-ce une illusion de ma part ? mais il me semble qu'en Angleterre les nouveau-nés crient moins que chez nous. Pourquoi, d'ailleurs, me tromperaisje? Si l'enfant crie, c'est qu'il souffre; or, la liberté qu'on lui laisse, les soins hygiéniques dont on l'entoure, le régime alimentaire, tout, doit contribuer à lui faire une bonne santé. Les Anglais se sont beaucoup appliqués à l'amélioration des races animales. Ou trouver de plus beaux chevaux «t de plus beaux chiens que dans leur pays ? Comment donc alors auraient- ils oublié l'éducation matérielle de l'homme?
En général les mères anglaises nourrissent ellesmêmes leurs enfants. La reine ne leur en donnet-elle point l'exemple? Il résulte de cet usage que leur mot nurse n'a plus du tout le même sens que celui de nourrice. Il veut dire tout simplement une femme qui prend soin du bnby. Les nourrices se divisent alors chez nos voisins, en deux classes bien distinctes, les sèches (dry nurse*) , ou bonnes d'enfants, et les humides (toet nurses) , qui donnent le sein; mais ces dernières sont beaucoup moins nombreuses que chez nous et ne s'emploieut guère que dans des cas extrêmes, où la mère est tout à fait incapable d'allaiter elle-même son poupon. Encore plus d'une Anglaise aime-t-elle mieux, même en de telles circonstances, élever sou nouveau-né au biberon, ou, comme on dit ici, à la bouteille, que
de le confier à un sein mercenaire. On nous reproche, sous ce rapport, beaucoup de négligence, et a-t-on tout à fait tort? Combien de Françaises fort délicates abandonnent ce qu'elles devraient avoir de plus cher au monde — leur enfant — à des femmes de la campagne, grossières et malpropres, dont elles ne voudraient point elles-mêmes pour faire leur toilette !
En Angleterre, la propreté est, vis-à-vis des en- • fants, la base de l'hygiène, et même dans beaucoup de familles pauvres on les baigne tous les matins.
Ici comme ailleurs les médecins élèvent fort la voix contre l'usage du corset, et ne sont guère écoutés. Les Chinoises se mutilent les pieds, nous nous mutilonp la taille : ainsi le veut la coutume. Il faut pourtant dire que les Anglaises cherchent beaucoup moins que nous à dissimuler leur grossesse. Elles en sont fières; selon la comparaison d'une d'entre elles, la femme en voie de famille *, c'est l'arbre avec son fruit.
En nos jours heureux, quand j'errais à ton bras dans les Tuileries ou au jardin du Luxembourg, n'avons-nous pas gémi plus d'une fois sur le sort de ces petits martyrs de la mode qu'on promène en cérémonie? Avant de sortir de la maison paternelle, les bonnes les ont habillés des pieds à la tète pour l'honneur de la famille. Qu'en résulte-t-il? C'est qu'un enfant bien mis n'est plus un enfant; il ne
1. In Ihe family icay, expression anglaise pour désigner une femme grosse.