LIVRE QUATRIÈME
par leur conduite timorée ! Ces situations officielles dont ils ne voudraient peut-tMre point pour euxmêmes, ils en veulent pour un neveu, pour un protégé de leur famille, et ils deviennent ainsi les complices du mal dont ils déplorent les conséquences.
Mon fils, je t'ai dit franchement ce que je pensais. Veux- tu réussir a tout prix? Le moyen est bien simple : rampe. A l'avantage de faire aisément et rapidement ton chemin dans le monde, préfères-tu le respect de toi-même, ton indépendance et ta dignité, je t'en félicite du fond du cœur; mais il faut que tu saches a quoi tu t'engages. En renonçant à la protection de l'État tu t'obliges à conquérir ton pain par le travail et la lutte. Nul ne te saura gré de tes efforts, beaucoup se moqueront de ton courage. Pourquoi les autres t'aimeraient-ils ? Tu les insultes par ta manière d'agir et de penser.
Sers le peuple : n'attends rien de lui. D'abord il n'a rien à te donner; il ne dispose ni des richesses du pays, ni des honneurs, ni des trompettes de la renommée, et ensuite il peut méconnaître tes intentions. Tu n'as donc à compter que sur tes bras et ton intelligence... et pourtant cette perspective n'a rien qui doive t'effrayer. La grande affaire de la vie n'est point d'atteindre dans le monde une haute situation, c'est d'être au-dessus de celle qu'on occupe.
Quelles nouvelles te donner de la maison? Lola me charge de te dire que tes oiseaux et tes fleurs se portent bien, que tes fossiles après s'être con-
:t:s l/KMILF. DU DIX-NEIVIFJJE SIECLE
s.'i i;:ta 'is dans lo sein do la terre durant deux ou trois millions d'années ont un pou souffert de la poussière et de la fumée de Londres, qu'elle a rais en ordiv ton h rbier et qu'elle ne t'oublie pas plus que tu ne l'oublies.
Ta mère et moi nous t'embrassons. Continue de nous tenir au murant de tes études, de tes projets, de ta manière de vivre. Tout ce qui te touche nous intéresse.