‹ L'Emile du dix-neuvième siècleChapitre 179 sur 188 · LIVRE QUATRIÈME i · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME i

tirais plus tard d'avoir souillé tes lèvres par un mensonge.

Une autre erreur de la jeunesse, c'est l'idée que les aventures romanesques ajoutent un charme à l'amour. Non, l'amour est assez grand par luimôme pour se passer des ornements de la fantaisie. Le brave paysan qui au retour de son travail, le soir, en mangeant sa soupe, regarde du coin de l'œil sa femme filant ou cousant au coin du feu, qui passe la main sur la tAte de ses enfants joufflus en les appelant par leur nom, qui se souvient tout bas du temps où il attendait Jeanne, le dimanche, sous le grand orme de la ferme et la trouve toujours belle, toujours jeune, est souvent mille fois plus poêle que l'heureux favori d'une déesse à la mode.

La jeunesse est l'âge des songes dans le bleu. D'un autre côté, les lectures ne contribuent que trop souvent à pervertir le jugement du cœur; mais l'amour se passe très-bien de roman; c'est l'histoire de ce qu'il y a de plus vrai et de plus libre dans notre nature. Malheur à celui qui n'adore qu'en rêve : il sera bien vite désillusionné de son idole quand viendra le moment du réveil I

Avant de te préoccuper du choix d'une femme, tu as à conquérir ta place dans le monde. Tout ce que tu fais pour t'instruire, pour t'élever dans ta propre estime, pour résister aux penchants aveugles de l'égoïsme, pour atteindre à la dignité d'homme, est autant de gagné à celle que tu aimeras plus tard. Crois^moi, tu ne le lui offriras jamais

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trop si tu tiens à mériter .son respect pour qu'elle garde ton honneur.

P. S. — J'oubliais de te dire que Lola étudie la médecine en vue d'être reçue docteur par la Female maltcal Society de Londres. Nous t'aimous tous.

r.MM.K A SON PÈKE.

II< i ■it.-lberg, JN janvier l>»i..

J'ai quitté l'*onn et transporté mes livres [c'est à peu près tout ce que je possède) dans la ville d'Heidelberg. Les universités allemandes sont ainsi organisées que les étudiants peuvent très-bien passer de l'une à l'autre sans perdre les titres qu'ils ont acquis à certains grades. Ces mutations permettent d'ailleurs de suivre les cours des professeurs les plus distingués dans chaque branche des connaissances humaines.

11 me semble avoir beaucoup appris aux excellentes leçons de es maîtres; je reconnais pourtant de jour eu jour que tout l'enseignement des écoles ne saurait .suppléer au travail personnel et consciencieux de celui qui cherche la vérité.

Deux doctrines se disputent les esprits : ces deux doctrines je les rencontre partout, en science, en

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