‹ L'Emile du dix-neuvième siècleChapitre 24 sur 188 · LIVRE PREMlF.lt C · texte numérisé non relu

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mande à la discipline que ce qui est absolument nécessaire pour maintenir l'ordre. Le chef d'un grand collège, contrairement à l'usage, avait fait surveiller ses élèves dans le play-ground, terrain des jeux, mais il ne tarda guère à se repentir de son erreur. « Cette contrainte, a-t-il avoué depuis, tendait visiblement à abaisser le moral de la jeunesse. »

Durant les heures de récréation les écoliers anglais s'appartiennent; ils peuvent sortir et se promener dans la ville ou dans les champs. Personne pour les conduire : ils vont chacun de leur coté. On ne leur demande qu'une chose , c'est d'agir en gentlemen. Ce mot, qu'il est très-difficile de traduire, représente l'idéal d'un homme bien élevé. C'est une qualité qui s'acquiert par l'éducation bien plus que par la naissance. On la perd, — du moins aux yeux des autres — en contractant des habitudes basses et avilissantes. La crainte de se dégrader et de déchoir dans l'estime des honnêtes gens exerce beaucoup plus d'empire, même sur l'esprit des adolescents, que toutes les surveillances imaginables. « Vous voulez que votre enfant devienne de bonne heure un homme, traitez-le comme tel. » C'est la maxime des Anglais.

Tu serais étonné, je crois, de rencontrer dans les bateaux à vapeur, les diligences, les trains de chemin de fer, nombre de très-jeunes garçons qui voyagent seuls durant les vacances avec l'autorisation de leur famille. Ils savent d'ailleurs très-bien se tirer d'affaire, éviter les dangers et trouver le lieu de leur destination. C'est le moyen, ajoute-t-on,

qu'ils fassent un jour par eux-mêmes leur chemin dans le monde.

La confiance qu'on accorde aux enfants est trèsgrande ; en abusent-ils quelquefois ? Ce serait mal connaître la nature humaine que d'attendre d'eux une sagesse au-dessus de leur tige. Seulement on trouve que les fautes commises peuvent toujours se réparer, tandis qu'il est très-difficile de relever un caractère courbé par la défiance et l'assujettissement.

Il faut bien qu'il y ait une force morale dans ce système ; car les jeunes gens se montrent ici capables de diriger certaines entreprises qui exigent beaucoup de maturité d'esprit. On me cite l'exemple d'un grand négociant de Londres qui, dès l'âge de quatorze ans, courait les rues de la Cité, portant sous le bras un portefeuille tout chargé de banknotest et qui traitait déjà lui-même, au nom de son père, avec plusieurs maisons de commerce. Ce n'est point seulement dans les affaires et dans l'industrie que l'on cherche à inspirer, dès l'âge le plus tendre, cette confiance en soi (self-reliance) ; c'est aussi dans les arts, les lettres et les autres professions libérales. Les Anglais ne sont sans doute ni meilleurs ni plus instruits que d'autres; mais, habitués dès l'enfance à se conduire par leurs propres lumières et à répondre de leurs actes, ils se montrent en tout plus eux-mêmes, et si j'osais dire toute ma pensée, moins moutons de Panurge.

Dans les écoles anglaises les heures d'études sont généralement moins longues qu'en France. On as-

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