L'ENFANT
ÉRASME A HÉLÈNE
10 août ia5..
Tu me demandes où commence l'éducation de l'enfant.
On pourrait la faire remonter bien avant la naissance ; car il existe très-certainement dans les races humaines des aptitudes héréditaires. L'enfant du sauvage naît sauvage; l'enfant du barbare nait barbare ; l'enfant d'un père et d'une mère civilisés naïf préparé à la civilisation.
Qui ne voit par là que des énergies antérieures à la format ion de la vie déterminent jusqu'à un certain point pour chaque homme le rang et l'étendue de ses facultés? Ce que nous appelons idée$ innées, forces intuitives, dons de la nature, in-
fluence secrète, etc., etc., pourrait bien n'être que l'héritage de l'état social, c'est-à-dire une conséquence du travail intellectuel des générations qui nous ont précédés. Nous sommes, comme tu dis, les revenants de l'histoire.
Que la trace de ce que d'autres ont fait ou pensé avant nous se retrouve à notre insu dans un des plis de notre cerveau ; que la matière vivante se transmette de siècle en siècle de plus en plus façonnée par le travail de l'esprit ; que le nouveauné lui-môme apporte en venant au monde des organes élaborés par le progrès ; ce sont autant de causes de développement qui me semblent extrêmement probables; mais comme notre volonté n'exerce sur un ensemble de causes si générales aucun empire, il serait inutile de nous y arrêter.
Il est au contraire des conditions naturelles que la science pourrait, je crois, atteindre et modifier. Pourquoi la physiologie, par exemple, n'arriveraitelle point un jour à déterminer l'influence qu'exercent sur l'acte de la procréation l'âge de l'homme et de la femme, tel ou tel état de santé, tel ou tel régime diététique, etc., etc.? Des savants très-distingués ont déjà poussé leurs recherches dans cette direction utile. Or la physiologie ainsi conçue serait une branche de la pédagogie.
Quand il est si difficile de dire où commence l'éducation de l'enfant, il serait encore plus téméraire de déclarer où elle s'arrête. C'est l'oeuvre de toute la vie.
« En quoi, ajoutes-tu, consiste-t-elle? » Je pour-