LIVRE PREMIER
trouve quelquefois autour de lui des amis obscurs et dévoués.
A toi pour la vie.
HELENE A ÉRASME
20 janvier 185..
Ta lettre, mon ami, m'est parvenue par la poste secrète et m'a fait du bien. J'avais grand besoin de consolation. Oh! combien j'ai souffert depuis plus d'un mois I
Ma santé décline. Le médecin qui me soigne en ton absence et qui m'a beaucoup questionnée a une idée folle. Il prétend que... mais non, je suis bien sûre qu'il se trompe.
Quoi qu'il en soit, je veux te voir. Mariés depuis un an et déjà séparés, c'est horrible. Enfin je ne puis vivre ainsi. Je pars ce soir de Paris avec une permission signée du ministre de la justice. Il faudra bien qu'on me reçoive dans ta prison. Ce qui a été uni par l'amour ne saurait être séparé par l'arbitraire des hommes.
Ne crains rien de cette entrevue. Je ne viens point pour te prier de demander ta grâce. Si pénible que me soit ton absence, je respecte tes scrupules sans tout à fait les comprendre. Crois -moi,
j'ai toutes les faiblesses d'une femme; mais je n'ai point les lâchetés d'une maîtresse. Ton honneur fait partie de mon amour. Fier et digne, tu es plus à moi, dans un cachot et loin de ma vue, que tu ne le serais dans mes "bras après avoir menti aux principes et aux convictions de toute ta vie. En me mariant, j'ai épousé quelque chose de plus que toi-même — ta conscience. Reste-lui fidèle, et je jure d'être pour toi ce que tu es pour elle, jusqu'à la mort.
A bientôt. Je t'aime de toutes les tristesses de mon âme.
LA MÊME AU MÊME
15 janvier 185..
Je ne t'ai rien dit, et pourtant j'avais à te parler d'un monde de choses. Aussi je prends le parti de t'écrire.
Il était deux heures quand je frappai hier à la porte de ta prison. Après quelques moments de conversation avec le directeur, un porte-clefs dont les pas lourds retentissaient de dalle en dalle me conduisit dans la chambre où je t'attendais. Je m'étais bien promise de rassembler tout mon courage; mais j'eus beau faire : ce moment de soli-