L1VHE PREMIER
tude, le silence des voûtes, le bruit des verrous que j'entendais ouvrir et fermer dans le lointain des corridors me glacèrent. Quand tu parus, j'achevai de perdre tout à fait la tête. La joie de te revoir, la tristesse de te voir en un pareil lieu, toutes les émotions me bouleversèrent à la fois. Je n'eus que la force de pleurer et de me jeter dans tes bras.
Toi aussi tu m'as semblé pâle. Souffrais-tu T Mon Dieu I j'ai même oublié de te le demander. Je ne songeais plus à rien, je ne voyais plus rien, je ne disais rien â force de sentir ta présence.
Sais-tu, d'ailleurs, une des pensées qui me troublaient intérieurement? Il me semblait que ces affreux murs avaient des yeux et des oreilles. Si je te touchais la main, ils le sentiraient; si je faisais un geste, ils le verraient; si je te confiais un secret à voix basse, ils le rediraient.
Quand le porte-clefs revint et nous fit observer que le temps accordé à notre entrevue était écoulé depuis quelques minutes, je tressaillis. J'aurais juré de très bonne foi que je venais d'entrer et que l'horloge se trompait. Oh ! ma vie, le peu que je possède au monde, tout, j'aurais tout donné pour obtenir une heure de plus.
Il fallut pourtant te quitter. Morne, sans larmes, sans voix, presque sans connaissance, je traversai la place d'armes, précédée par un guide qui tenait une lanterne. Il paraît qu'il faisait déjà nuit. J'avais beau m'éloigner : il me semblait à chaque pas entendre ta voix qui me rappelait. Une fois, je re-
tournai la tôte et me trouvai face à face arec un visage de pierre... c'était une des deux portes massives qui gardent l'entrée du village.
Le guide, qui connaissait bien la côte, me conduisit en longeant le bord des grèves vers le petit village de la **** où je devais passer la nuit dans une cabaue de pécheurs. Ce chemin est dangereux. Accablée de tristesse et de fatigue, je manquai par deux fois de rester dans les sables. Pardonne-moi I je désirais presque qu'il en fût ainsi, t Du moins là, me disais-je, je dormirai près de sa prison, et si les vagues m'emportent, elles m'emporteront avec son nom sur les lèvres I •
Pour me donner du courage, je regardais de temps en temps du côté de C'était une nuit calme, mais affreusement sombre. Ni étoile, ni lune. Une pluie fine et froide épaississait encore le rideau de l'atmosphère et la mer rugissait à distance, chargée de vapeurs grisâtres. Je distinguai néanmoins une petite lumière qui étoilait à une fenêtre du côté du mont : il me serait bien impossible de dire si cette clarté vacillante venait de la prison ou d'une des maisons du village. Et pour* tant je la contemplais d'un œil d'amour, et si elle se fût éteinte, je crois que je serais morte avec elle.
Grâce aux soins et à l'expérience de mon guide, nous arrivâmes enfin en face de dont nous n'étions plus guère séparés que par une petite rivière qu'il nous fallait passer en bateau. Epuisée d'émotions, je m'assis sur le banc de bois que me désignèrent les rameurs. Ce repos et le silence qui